12092021Headline:

Antony Blinken en visite en Équateur


Premier voyage sud-américain pour Antony Blinken : mardi 19 octobre, à Quito, le plus haut diplomate américain était accueilli en grande pompe par des gardes en uniformes bleu. Avant de féliciter son hôte, le président Guillermo Lasso, qui a rendu le pouvoir à la droite conservatrice en Équateur, avec sa victoire électorale en avril dernier.

“Nous applaudissons le travail que vous faites pour lutter contre la corruption, pour poursuivre des réformes qui profitent équitablement à toute la population équatorienne, celui que nous faisons ensemble pour lutter contre le narcotrafic et pour préserver notre environnement ainsi que notre climat”. “Plus que jamais, l’Équateur partage aujourd’hui les valeurs qui ont guidé les États-Unis vers la prospérité depuis leur fondation”, lui a répondu le président conservateur.

La visite du chef de la diplomatie américaine intervient moins de 24 heures après la proclamation, par le président, de l’état d’exception pour lutter contre l’insécurité et le narcotrafic dans le pays. Une annonce qui prévoit la mobilisation de militaires – dans les rues et dans 65 prisons du pays – pour une durée d’au moins 60 jours.

Le pays, sur la côte pacifique, est confronté à une grave crise pénitentiaire. Fin septembre, dans une prison de Guayaquil, 199 détenus ont été massacrés. Certains avaient été démembrés ou brûlés lors de violents affrontements entre gangs rivaux liés aux narcotrafics et aux cartels mexicains.

Selon des chiffres officiels, au moins 238 prisonniers ont trouvé la mort depuis début 2021 dans les prisons équatoriennes, surpeuplées et soumises à des violences récurrentes depuis des années. Entre janvier et août 2021, 1 427 homicides volontaires ont été enregistrés dans le pays, soit 55 meurtres de plus que ceux signalés sur l’ensemble de l’année 2020, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur

Mardi, les forces armées étaient visibles dans les rues de la ville de Guayaquil (sud-ouest), où ils procédaient à des fouilles et des vérifications d’identité, mais aucun déploiement particulier n’était signalé à Quito, la capitale.

“L’Équateur traverse une période d’insécurité”, s’est justifié Guillermo Lasso. “La souveraineté nationale est menacée par le trafic de drogue, la traite des êtres humains et la migration illégale”, a-t-il souligné. L’ancien général Luis Hernandez, nommé au poste de ministre de la Défense, a déclaré que “les menaces sont ici, à l’intérieur” du pays, évoquant les mêmes fléaux.

Situé entre la Colombie et le Pérou – les principaux producteurs mondiaux de cocaïne -, l’Équateur est en effet un territoire où est stockée, puis transite la drogue, vers les États-Unis notamment.

“Dans les rues il n’y a qu’un ennemi : le trafic de drogue”, et “ces dernières années, l’Équateur est passé de pays de trafic à pays également consommateur de stupéfiants”, a renchéri Guillermo Lasso.

Droits de l’Homme : inquiétudes et garanties

L’état d’exception “n’affectera en aucune façon le droit à la libre expression des personnes et des associations”, a déclaré, sur un média local, le vice-ministre de la Gouvernance, Juan Manuel Fuertes. “Son objectif et sa portée sont absolument clairs : l’insécurité qui sévit dans le pays (en) est à l’origine”, a assuré le vice-ministre, anticipant les éventuelles critiques sur le respect des droits de l’Homme dans le pays.

Les opérations doivent être “très ciblées dans ce qu’elles cherchent à atteindre, rester d’une durée limitée et, bien sûr, se dérouler d’une manière qui respecte les valeurs démocratiques”, a souligné Antony Blinken face aux journalistes. “Le président Lasso s’est engagé à respecter les valeurs démocratiques pendant cet état d’exception”, a-t-il toutefois assuré à l’issue de leurs entretiens.

Human Rights Watch s’est pourtant alarmé de la présence des militaires. “Les forces armées sont entraînées pour la guerre, pas pour l’ordre public et la criminalité. Cela doit être exceptionnel, temporaire et strictement nécessaire ou cela se prêtera à de graves abus”, a tweeté José Miguel Vivanco, directeur pour les Amériques au sein de l’ONG.

En octobre 2019, des mesures d’austérité avaient suscité les plus importantes manifestations de l’histoire du pays. Face à la colère de la rue, le président d’alors, Lenin Moreno, avait déjà lui aussi décrété l’état d’urgence, suscitant l’inquiétude d’Amnesty International. Les heurts entre les manifestants et les forces de l’ordre avaient fait une dizaine morts, plus de 1 300 blessés et donné lieu à 2 000 arrestations.

La guerre que mène Quito contre le trafic de stupéfiants s’inscrit opportunément dans l’agenda de Washington, dont l’une des priorités est la lutte contre le trafic de drogue sur le continent américain. “L’un des principaux enjeux pour les États-Unis en matière de coopération est précisément la lutte contre le narcotrafic. La visite du Secrétaire d’État répond au renforcement de ces liens, mais marque aussi sa “préoccupation” sur ce sujet, a décrypté pour l’AFP l’analyste équatorienne Karen Garzon Sherdeck.

Après l’Équateur, le diplomate américain s’envolera pour la Colombie mercredi, où il entend appuyer ces deux pays considérés par Washington comme des modèles de bonne gouvernance.  Le secrétaire d’État américain “montrera comment les pays comme l’Équateur et la Colombie ont pu s’appuyer sur leurs valeurs et engagements démocratiques pour en faire bénéficier leurs populations”, a indiqué Brian Nichols, le plus haut diplomate américain en charge de l’Amérique latine.

Ces déclarations d’amitié envers Quito et Bogota surviennent à l’heure de tensions renouvelées avec Caracas. Inculpé de huit chefs d’accusation, Alex Saab, un poulain du président vénézuélien Nicolas Maduro, a été extradé vers les États-Unis. Qualifiant l’extradition d’enlèvement, le président chaviste a suspendu la participation des autorités vénézuéliennes aux pourparlers avec l’opposition. 

avec AFP

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