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«Avant le Covid, on donnait aux associations. Maintenant, c’est nous qui en avons besoin» : le témoignage de Karim et Amina

Depuis le premier confinement dû à la pandémie de Covid, un million de Français ont basculé dans la pauvreté. Les indépendants, étudiants, travailleurs à temps partiel sont les plus touchés par la crise économique. A Bobigny, en banlieue parisienne, Karim et Amina Tabchiche illustrent cette « nouvelle pauvreté ».

Les larmes perlent sur le visage masqué d’Amina Tabchiche, quand cette mère de cinq enfants parle des difficultés financières qu’elle et son mari traversent. « Je ne peux pas demander de l’aide, aller toquer aux portes. C’est une situation trop dure à accepter », décrit-elle. « Là, on est à peine au milieu du mois. Et le frigo est vide. »

« On fait en sorte que les enfants mangent à leur faim », ajoute Karim, son mari. « La situation est, je crois, plus difficile à vivre pour eux. Ils ne comprennent pas. Avant le confinement, nous vivions relativement bien. Mais depuis, avec la crise, on ne s’en sort plus. »

Six mois d’arriérés de loyers
Cet homme de 46 ans a longtemps travaillé comme comptable. Titulaire d’un Bac+2 dans cette spécialité, il est licencié en 2010 quand son entreprise fait faillite. Il retrouve rapidement un emploi à mi-temps, d’animateur périscolaire dans une école primaire de sa ville, Bobigny, en banlieue parisienne.

300 euros par mois, auxquels s’ajoute un autre poste à temps partiel de conducteur de véhicules pour enfants handicapés. Un peu plus de 700 euros mensuels. Les aides sociales permettent au couple de s’en sortir, même si Amina, invalide depuis cinq ans, a dû abandonner son emploi d’esthéticienne.

Tout change à la mi-mars 2020. La France est confinée. Amina voit son allocation fondre de 480 à 250 euros mensuels. Karim se retrouve au chômage partiel pendant deux mois. « Entre mars et septembre, on n’a pas pu payer notre loyer. Nous devons plus de 4 000 euros d’arriérés », précise Karim. « Notre bailleur est compréhensif, mais nous devons tout de même progressivement rembourser cette dette. »

Mon entreprise va faire faillite
Au mois d’avril, le couple bénéficie d’un chèque alimentaire exceptionnel de 50 euros. Ainsi que d’une aide au logement pour les plus précaires, débloquée par l’État. Insuffisant pour s’en sortir. Leur bailleur, l’association Emmaüs, les met en relation avec le Secours Populaire, qui leur offre quelques denrées.

« Avant le confinement, nous donnions aux associations. Aujourd’hui, c’est nous qui en avons besoin », constate Amina. « Nous avons emprunté de l’argent, nous sommes à découvert. Nous ne voyons pas le bout du tunnel », soupire son mari.

Si Karim a pu reprendre ses deux emplois depuis septembre, il ne voit que des nuages à l’horizon. L’entreprise qui l’emploie comme chauffeur pour enfants handicapés est en grande difficulté financière, « son activité quasiment à l’arrêt. Elle va bientôt mettre la clé sous la porte. »
Prêt à tout pour travailler
Amina Tabchiche est allée voir le maire de leur ville, Bobigny. Implorant son aide, lui donnant le CV de son mari, elle espère qu’il décrochera des heures supplémentaires à l’école primaire où il travaille, ou un emploi plus rémunérateur.

Et Karim d’insister : « S’il me propose ou si je trouve un autre boulot à plein temps, bien sûr, je le prendrai. Et je suis prêt à tout faire. Il n’y a pas de honte. Il faut bien gagner sa croûte. »

Avec RFI

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