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Catherine Colonna: «La France n’est pas partie prenante dans les évènements qui se déroulent au Burkina Faso»

La France dément une nouvelle fois toute implication dans les événements au Burkina Faso. La ministre française de l’Europe et des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a tenu ce dimanche 2 octobre à clarifier les choses. Dans une interview accordée à RFI, elle rappelle que la France n’est absolument pas partie prenante dans cette situation qu’elle qualifie de crise interne au pays.

Quelle est votre réaction après ce nouveau coup d’État au Burkina Faso ?

Catherine Colonna : Je voudrais surtout dire que la France n’est pas partie prenante aux évènements qui se déroulent au Burkina Faso depuis quelques jours. Il s’agit d’une crise. Il s’agit d’une situation intérieure qui est évolutive, mais c’est un sujet interne à ce pays, dans lequel la France n’a pas à prendre parti et ne prend pas parti.

À ce sujet, dimanche midi, les autorités putschistes ont appelé les manifestants à cesser tout acte de violence ou de vandalisme contre les représentations françaises au Burkina Faso, c’est un signal que vous jugez rassurant ?

Nous avons noté, bien sûr, que M. Traoré a fait dimanche des déclarations demandant à ce qu’aucune violence ne soit commise contre les intérêts français, l’ambassade ou d’autres emprises françaises, parce qu’il y avait eu, et c’était inacceptable, grave, des tentatives d’intrusions contre l’ambassade, un certain nombre d’actions menées contre des intérêts français. C’est inacceptable. Ça doit cesser. Donc, nous prenons note de ces déclarations, mais nous restons extrêmement vigilants et prudents, la situation est évolutive, et donc nous restons extrêmement précautionneux. Les consignes pour nos compatriotes n’ont pas évolué pour le moment, et on les engage à suivre scrupuleusement, je dis bien scrupuleusement, les consignes de prudence données par l’ambassade sur place.

 

Cet appel au calme est-il le fruit d’un échange entre Paris et le capitaine Ibrahim Traoré, est-ce que vous avez pu lui parler directement ? Ou est-ce que le président Emmanuel Macron a pu s’entretenir directement avec lui ?

Ce n’est pas à lui de le faire, et je redis que la France n’est pas partie prenante dans les évènements qui se déroulent au Burkina Faso depuis vendredi. C’est une situation interne, et donc elle n’appelle pas de notre part une prise de position au profit des uns ou au profit des autres. Notre priorité, c’est vraiment la sécurité de nos compatriotes. Ils sont près de 4 000 au Burkina Faso. Nous avons pris des mesures de prudence et de précaution, comme cela se fait toujours dans ces circonstances. Et pour assurer leur sécurité, ça suppose d’avoir des contacts avec tous, mais pour assurer leur sécurité, donc c’est l’objet de notre action uniquement.

Mais sans être partie prenante, il y a pu avoir, on l’imagine, des échanges avec soit le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba qui vient d’être démis de ses fonctions, soit avec le capitaine Ibrahim Traoré qui vient de prendre sa succession ?

On est totalement concentré sur la sécurité de nos compatriotes, toutes les actions que nous avons pu mener, tous les contacts que nous avons pu faire, ont ce seul objet. On a ouvert aujourd’hui un centre de crise au Quai d’Orsay à Paris, en complément de celui qui est ouvert à l’ambassade depuis le début, de façon à ce que les Français sur place puissent se renseigner, il est ouvert 24h/24h et je vous le redis, l’axe de notre action, c’est la sécurité de nos compatriotes et rien d’autre.

Ce samedi, les putschistes ont déclaré que la France avait accordé une protection au chef de la junte destituée, le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba, ce que la France dément, est-ce qu’il faut y voir la preuve d’un climat de méfiance entre Paris et les nouvelles autorités burkinabè ?

La France a démenti fermement samedi, tout de suite évidemment, cette fausse information, sans doute qui circulait de façon malveillante, selon laquelle nous aurions accueilli à l’ambassade ou ailleurs Monsieur Paul-Henri Damiba. C’est faux, c’est inexact, nous l’avons dit tout de suite. Jamais, il n’a été accueilli par les forces françaises ou à l’ambassade contrairement à ces fausses rumeurs. Les Burkinabè doivent trouver au sein de leur pays les voies et moyens de revenir à une transition démocratique, et de respecter le calendrier qui était convenu avec la Cédéao. Il y a eu déjà trop de manifestations se dirigeant sans raison, sur des intérêts français, cela doit cesser. Nous avons pris note d’un certain nombre de déclarations qui sont dans le sens d’un apaisement, mais ce qui se passe, c’est une crise interne. La France n’en est pas partie, ni pour les uns ni pour les autres. Et donc, elle assure la sécurité de ses ressortissants avant tout.

Vous êtes donc absolument formelle, la France n’a pas non plus aidé à l’exfiltration de Paul-Henri Damiba ? On a plusieurs sources qui nous confirment qu’il se trouve actuellement au Togo.

J’ignore personnellement où il se trouve, et je vous confirme volontiers que nous n’avons pas joué de rôle, ni de rôle à jouer, dans la situation qui est la sienne aujourd’hui.

On a vu également au cours de ces dernières 48h des manifestants brandir des drapeaux russes, notamment devant l’ambassade de France à Ouagadougou, ou sur l’avenue de l’Indépendance, qu’est-ce que ça vous inspire ces drapeaux russes ?

Ça m’inspire l’envie de vous dire que je n’ai aucun commentaire à faire sur ce sujet, aujourd’hui. C’est une question qui pourra se poser à un autre moment, mais la priorité du moment reste, comme tous ces derniers jours depuis vendredi, le moyen d’assurer la sécurité de nos compatriotes.

Le capitaine Ibrahim Traoré a déclaré sur notre antenne : « Peut-être qu’on va reparler des termes de notre partenariat avec la France ». Est-ce que vous craignez que le Burkina Faso prenne finalement la même direction que le Mali, à savoir un éloignement net vis-à-vis de Paris ?

Pour l’heure, je ne ferai pas de commentaire sur la situation intérieure au Burkina Faso. Il y a une situation dont vous devez continuer de voir qu’elle est évolutive, et nous, nous la suivons d’heure en heure, en temps réel, depuis le début de ces évènements. Mais nous ne sommes pas partie prenante à ce qui se déroule depuis vendredi au Burkina Faso.

Avec RFI

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