Certaines compagnies de croisières demandent aux passagers de ne pas serrer la main des membres de l’équipage lors des évènements officiels. 

En croisière, serrer la main au commandant est un peu un honneur. À bord, c’est l’équivalent d’une poignée de main avec le président. C’est drôle mais un jour, peut-être, il sera plus facile de serrer la main au président qu’à un commandant de bord. En effet, sur certains bateaux, on a interdit aux passagers de serrer la main au commandant lors d’événements officiels.

(Photo : iStock)

Charles Moore se souvient de son séjour sur le Serenity (Crystal Cruises) dans Spectator magazine. Il écrit qu’un bulletin d’information avait informé les passagers qu’il était totalement interdit de serrer la main au commandant lors des événements mondains à bord.

« Le commandant est enchanté de vous rencontrer » disait le document, selon Charles Moore « mais lui et les autres membres d’équipage qui vous reçoivent, déclinent toute poignée de main afin de respecter les mesures sanitaires de prévention les plus efficaces ».

Il ne s’agit pas d’un ordre donné par un commandant qui aurait la phobie des bactéries. Crystal Cruises confirme à Yahoo que c’est bien la politique officielle de la compagnie de croisières.

Un passager du Crystal Serenity a parlé d’une note d’information diffusée sur le navire pour rappeler aux passagers que les poignées de main entre eux et les membres de l’équipage n’étaient pas souhaitables aux événements officiels. (Sid Mosdell/Flickr)

« Chez Crystal Cruises, nous donnons priorité à la sécurité et à la santé de nos passagers et de notre équipage », explique le porte-parole de la compagnie, Paul Garcia. Il souligne que la compagnie de croisières maintient d’importantes mesures sanitaires conformément aux Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). « Le commandant est enchanté de rencontrer nos hôtes », dit-il mais « il décline toute poignée de main pour plus de prévention ».

Pourquoi tant de craintes vis-à-vis des poignées de main ? Vous pouvez remercier la peur du norovirus, cette vilaine maladie gastro-intestinale qui entache la réputation des compagnies de croisière. Les cas de norovirus pendant les croisières sont relativement rares. Selon le CDC, il y a eu neuf épidémies sur des navires de croisière l’année dernière, avec environ 1 600 passagers malades. Cela représente moins de 1 % des 11 millions de passagers de croisière en Amérique du Nord, pour l’année 2014, et une fraction encore plus petite sur les 20 millions de cas de norovirus enregistrés chaque année aux États-Unis.

Pourtant, lorsque le norovirus frappe une croisière, il fait la une de l’actualité dans le monde entier, faisant resurgir des peurs sur les conditions d’hygiène des croisières, rebutant les passagers passés et futurs de poser le pied à bord d’un navire. De ce fait, les compagnies de croisières dépensent des millions chaque année pour la prévention contre le norovirus et les effets négatifs qu’engendre la maladie sur leur image. Dans ces conditions, certaines compagnies interdisent les poignées de main comme une mesure supplémentaire de prévention contre une vaste et néfaste couverture médiatique.

Bien que les épidémies de norovirus à bord des navires de croisière aient fait les gros titres, comme celle-ci en 2008, les établissements de soins (hôpitaux, centres de soins) sont des lieux plus fréquents d’épidémies de norovirus. (Photo : AP)

« Environ 80 % des maladies infectieuses, dont le norovirus, peuvent se propager par les poignées de main traditionnelles », selon le docteur John Bradberry, ancien directeur médical de Carnival Cruise Lines et favorable à l’interdiction des poignées de main par la compagnie Crystal. « C’est une politique judicieuse et pragmatique d’un point de vue de la santé publique » explique-t-il. « La stratégie ne va pas contrecarrer le noro, mais réduira le risque de façon significative ».

Le Dr Bradberry fait remarquer qu’un commandant de bord peut serrer la main à des centaines de passagers lors d’une soirée officielle ou au moment d’accueillir les passagers. Selon lui, si un passager porteur du norovirus serre la main au commandant, cela risque de contaminer non seulement le commandant mais aussi chaque passager auquel il serre la main et, par conséquent, toute autre personne que ces passagers vont toucher tout au long de la soirée.

« Au final, cela équivaut à des centaines de passagers ou plus, touchant indirectement les mains contaminées de centaines de passagers ou plus », explique le Dr Bradberry. « Éviter que le commandant ne serre des mains en masse, assure la protection et le bien-être du commandant, mais également des passagers ».

Crystal n’est pas la seule compagnie de croisières à avoir une politique anti poignées de main. La compagnie britannique Fred. Olsen dissuade également ses commandants de serrer des mains aux événements officiels. Quant à la plus importante compagnie de croisière du monde, Carnival, un porte-parole confie à Yahoo qu’elle n’interdit pas catégoriquement les poignées de main, mais « nous allons ordonner à nos officiers de s’abstenir de serrer les mains aux événements officiels (pendant lesquels ils sont ordinairement amenés à serrer de nombreuses mains) si l’équipe médicale considère que nous sommes confrontés à un nombre croissant de passagers présentant des symptômes de maladie gastro-intestinale ».

Cependant, il y a peut-être de bonnes nouvelles pour ceux qui aiment serrer des mains : les autres compagnies de croisières ne semblent pas adhérer à des politiques aussi draconiennes contre les poignées de main. La porte-parole d’une autre compagnie explique à Yahoo que son entreprise n’a aucune politique similaire. Et d’ajouter : « C’est quelque chose que l’on ne m’a jamais demandé ».

Historiquement, serrer les mains des passagers fait partie du rôle du commandant. Ici, le commandant Dimitrios Flokos d’Oceania Cruises accueille des passagers, en 2011. (Photo : Oceania Cruises) 

Que votre compagnie de croisières interdise formellement ou non les poignées de mains entre le commandant et les passagers, et que l’on redoute ou non une épidémie, les experts conseillent d’opter pour la philosophie « mieux vaut prévenir que guérir » sur les navires. Et oui, cela concerne les poignées de main. Le Dr Bradberry suggère de les remplacer par des poings contre poings, ce qu’on appelle fist bumps. Selon lui : « Le salut poing contre poing est moins risqué ».

Si vous avez vraiment peur du norovirus, mieux vaut ne pas faire une obsession des poignées de main et ce genre de choses. Au lieu de cela, faites plus attention aux moyens les plus efficaces de rester en bonne santé sur un bateau de croisière : se laver les mains régulièrement au savon et à l’eau (les gels pour les mains sont moins efficaces mais c’est mieux que rien). Particulièrement si vous projetez de serrer la main au commandant ou n’importe qui d’autre pendant la croisière.

« Si tous les gens se lavaient les mains tout de suite après une poignée de main, surtout après plusieurs poignées de main, il n’y aurait que peu, voire pas du tout, de problèmes de transmission des maladies infectieuses », dit le Dr Bradberry. Mais il ajoute : « les gens ne s’y conformeront jamais à 100 % ».

C’est pourquoi les compagnies de croisières cherchent tous les moyens possibles de prévenir les épidémies de norovirus, comme l’interdiction des poignées de main. Nous pouvons sans doute nous attendre à d’autres mesures surprenantes, puisque vis-à-vis du norovirus, les médias ont la main lourde.

Sid Lipsey

yahoo