01162017Headline:

Etats-Unis-Les secrets des derniers plans de Ben Laden enfin révélés

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Les autorités américaines ont rendu public le contenu de documents récupérés dans la cachette pakistanaise de l’ancien chef d’Al-Qaïda. Une décision qui sert surtout à légitimer la stratégie de lutte anti terroriste des Etats-Unis.

Atlantico : Les documents retrouvés dans la maison de Ben Laden à Abbottabad au Pakistan, où il a été abattu en mai 2011, montrent le souhait du dirigeant d’Al-Qaïda d’essayer de capitaliser sur les révoltes dans les pays arabes à cette époque, et sur le Pakistan. Comment analyser ces directives ? Quelle stratégie cela dénote-t-il dans la réalisation des desseins d’Al-Qaïda ?

Alain Rodier : Comme tout le monde, Al-Qaida “canal historique” et son émir, Oussama Ben Laden, ont été surpris par les printemps arabes. Preuve est apportée que les activistes du mouvement implantés clandestinement à l’étranger n’ont rien vu venir et pourtant, certains se tenaient bien au fait des situations locales et régionales. Les manifestations populaires qui ont eu lieu provenaient, du moins au démarrage, d’un “raz le bol” des peuples qui ne supportaient plus la corruption généralisée des politiques et de leurs administrations.

Ensuite, les différents mouvements ont été récupérés par les seules organisations qui étaient un tant soit peu structurées, en particulier par les Frères musulmans. A partir de là, nous avons assisté à une course pour “monter dans le train en marche”: d’un côté les Américains via des fondations “privées” mais financées ou soutenues en partie par le Département d’État et Al-Qaida “canal historique” qui a essayé de profiter des désordres ambiants pour consolider, voire étendre ses positions. La nébuleuse initiée par Ben Laden a remporté d’indéniables succès en Tunisie et en Libye puis, un peu plus tard, en Syrie. Deux États lui ont posé problème: le Pakistan et l’Égypte. A savoir que les gouvernants (à partir de celui du maréchal Sissi en Égypte) ne se sont pas laissés faire et sont passé à la contre-offensive.

Bien que les médias en parlent moins que Daech, il faut se rappeler que l’objectif final d’Al-Qaida “canal historique” est : primo : le reconquête des terres musulmanes gouvernées par des “vendus” à l’Occident (selon les idéologues du mouvements) puis, à terme, l’établissement d’un califat mondial. En cela, l’idéologie “salafiste-djihadiste” des deux mouvements est la même. Seuls les moyens pour y parvenir diffèrent.

Les différents documents envoient aussi le signal d’une obsession contre l’Amérique, bien plus en tout cas que n’importe quel autre pays occidental. Alors que Daech, et même Al-Qaïda, frappaient le plus souvent en Europe quand ils voulaient s’en prendre à l’Occident, pourquoi Oussama Ben Laden continuait-il à pointer du doigt aussi clairement les Etats-Unis d’Amérique ?

Il est curieux de constater, mais sans s’en étonner tant les cas sont nombreux, que les dirigeants (d’États, de mouvements importants, etc.) mêlent à leur stratégie des sentiments personnels qui n’ont souvent rien à voir avec l’efficacité  de leur politique “étrangère”. En ce qui concerne Oussama Ben Laden, son anti-américanisme primaire provient de la première guerre du Golfe. Il a toujours reproché aux soldats “impies” d’avoir “envahi” les terres saintes d’Arabie saoudite (çà, c’est le prétexte) mais surtout, d’avoir été préférés par la famille Saoud pour lutter contre Saddam Hussein qui avait conquis le Koweït. Durant la guerre menée contre les Soviétiques en Afghanistan, il n’avait pas montré cette haine vis-à-vis des Américains. Ce sentiment de frustration d’avoir été “trompé” par les Saoud à qui il avait offert ses services se retrouve chez des responsables politiques qui ont été personnellement “blessés” par l’ingratitude d’autres individus vers qui elles avaient consenti des “ouvertures”, mais c’est une autre histoire. Le problème d’Al-Qaida, très bien retranscrit dans les documents cités, réside dans le fait que l’organisation n’avait plus les moyens techniques de frapper aux États-Unis. D’où l’appel de Ben Laden à trouver un opérationnel capable de le faire.

Beaucoup de ces documents emportés d’Abbottabad montrent un management constant et parfois complexe par Oussama Ben Laden de la nébuleuse Al-Qaïda. A-t-elle vraiment les moyens d’organiser de manière centralisée des actions ? Les projets d’Oussama Ben Laden sont-ils vraiment des indications sur des opérations construites ou des exemples de projets difficilement réalisables depuis son repaire pakistanais ?

Les documents cités montrent les difficultés qu’Al-Qaida “canal historique” rencontrait (et rencontre toujours) en raison de la “guerre déclenchée contre le terrorisme”  par les Américains : l’incapacité de communiquer rapidement avec les mouvements extérieurs car les transmissions peuvent être interceptées et décryptées d’où le recours à des “messagers” humains, l’impossibilité de former correctement des djihadistes en raison de la menace que font peser les drones armés et les services de renseignement ennemis sur des embryons de structures d’instruction (qui doit se faire “à l’intérieur” de maisons pour ne pas être détectée, donc beaucoup de théorie mais peu de pratique), la disparition de nombreux cadres transformés en chaleur et lumière par les drones américains, les difficultés de les remplacer par de nouvelles recrues inexpérimentées, la méfiance interne qui oblige à mener des actions de contre-espionnage pour détecter les espions à la solde de la CIA, etc.

L’indiscipline des nouveaux venus est même soulignée sans que de solution soit trouvée. Daech pour sa part répondra à ce problème en exécutant les militants récalcitrants.

Les autorités américaines ont choisi de dévoiler volontairement ces documents, énonçant au grand public des plans “secrets” d’une nébuleuse toujours en activité et toujours dangereuse. Quelle stratégie poursuivent-elles ? Vous semble-t-elle adéquate ?

Tout d’abord, ces documents prouvent le bien-fondé de la politique anti-terroriste menée par le gouvernement Obama, en particulier les opérations homo qui se révèlent d’une grande efficacité. Nous venons de le voir au Yémen où les trois responsables d’Al-Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA) qui ont fait référence (et revendiqué pour l’un d’eux) aux attentats de janvier en France ont été tués par des drones américains. C’est aussi un coup de chapeau indirect donné au dispositif de renseignement américain, en particulier à la NSA dont les actions se sont révélées très handicapantes pour la nébuleuse. C’est tellement mieux quand c’est l’ennemi qui l’affirme ! C’est une justification a posteriori de la stratégie menée par l’administration démocrate qui ne boude pas son plaisir avant les élections qui se profilent à l’horizon. Nul doute que d’autres documents allant dans le même sens vont être distillés savamment dans l’avenir. De plus, cela se traduit dans les faits. De nombreux responsables d’Al-Qaida “canal historique” sont neutralisés les uns après les autres au Yémen comme évoqué ci-avant mais aussi au Pakistan ou en Somalie, ce qui n’est toujours pas le cas pour Daech. Il semble que les services américains connaissent beaucoup mieux Al-Qaida que sa branche dissidente syrro-irakienne. De quoi en devenir parano pour les fidèles de la nébuleuse.
.atlantico.fr

 

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