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Guerre en Ukraine: le pont russe de Crimée en partie effondré après une violente explosion

ImageUn véhicule piégé a déclenché un vaste incendie sur le pont de Crimée, infrastructure clé et symbole de l’annexion de la péninsule ukrainienne éponyme, a annoncé samedi le Comité national antiterroriste russe, sans accuser dans l’immédiat l’Ukraine. Il y aurait moins trois morts selon Moscou.

« Selon les données préliminaires, trois personnes ont été tuées à la suite de l’accident. Il s’agit probablement des passagers d’une voiture qui se trouvait près du camion quand il a explosé », a indiqué le Comité d’enquête russe dans un communiqué.

Des images circulant en ligne du pont montrent la voie ferrée en flammes sur des dizaines de mètres et un tronçon routier effondré. Ce pont, construit à grands frais sur ordre de Vladimir Poutine pour relier la péninsule annexée au territoire russe, sert notamment au transport d’équipements militaires de l’armée russe combattant en Ukraine.

Si l’Ukraine est à l’origine de l’incendie et de l’explosion sur le pont de Crimée, le fait qu’une infrastructure aussi cruciale et aussi loin du front puisse être endommagée par les forces ukrainiennes serait un camouflet pour Moscou. D’autant que la Russie enchaîne les revers militaires depuis le début du mois de septembre, ses troupes étant forcées de reculer aussi bien au nord-est que dans le sud du pays, particulièrement la région de Kherson, frontalière de la Crimée, dont Vladimir Poutine revendique l’annexion.

« Aujourd’hui à 06h 07 (03h 07 TU) sur la partie routière du pont de Crimée (…) a eu lieu l’explosion d’une voiture piégée, qui a entraîné l’incendie de sept citernes ferroviaires qui allaient vers la Crimée », a indiqué le comité, cité par les agences russes.Le porte-parole du Kremlin a indiqué à l’agence Ria Novosti que Vladimir Poutine avait ordonné la formation d’une commission gouvernementale pour établir les faits. Selon le Comité antiterroriste, deux voies routières sont endommagées, mais l’arche du pont n’est pas touchée. Les trafics ferroviaire et routier ont été arrêtés, et des ferries ont été mis en place pour permettre la traversée, selon les agences russes.

 

L’ironie ukrainienne
Le Comité d’enquête de Russie, principal organe d’investigation du pays, a promis d’identifier « toutes les personnes liées à ce crime » et ouvert une enquête criminelle. Le chef de l’assemblée de Crimée, le Parlement régional installé par la Russie, Vladimir Konstantinov, a dénoncé un coup « des vandales ukrainiens ».

L’Ukraine a ironisé et multiplié les blagues samedi. Le ministère ukrainien de la Défense a comparé cette attaque à celle qui a coulé le croiseur Moskva en mer Noire en avril, autre « symbole du pouvoir russe en Crimée ukrainienne ». « Qu’est-ce qui vous attend encore, les russkofs ? », a-t-il écrit de manière injurieuse sur Twitter.

Les services de sécurité de Kiev (SBU) ont de leur côté publié sur Telegram des vers détournés du poète ukrainien Taras Chevtchenko sur « le Soleil qui se lève sur le pont en feu ». « Aujourd’hui est une parfaite occasion pour réviser quelques poèmes de Taras Chevtchenko », a ironisé le SBU. La poste ukrainienne a, elle, annoncé se préparer à imprimer des timbres à l’effigie du « pont de Crimée, ou, plus exactement, de ce qu’il en reste ».

Son patron Igor Smelyansky a publié sur Facebook le dessin de ces nouveaux timbres, montrant une explosion sur le pont de Crimée et un autre reprenant ironiquement une scène iconique du film Titanic.

La Russie a fustigé, elle, la réaction ukrainienne à l’explosion, signe selon elle de la « nature terroriste » de l’Ukraine.

Deux mois de réparation…
Ce pont est essentiel au transport des personnes et des marchandises vers la péninsule, mais aussi aux troupes déployées en Ukraine. Inauguré en 2018, le pont enjambe le détroit de Kertch, devenant le symbole de l’annexion de 2014.

Un responsable de l’occupation russe dans la région ukrainienne de Kherson, voisine de la Crimée, Kirill Stremooussov a publié sur son compte Telegram une vidéo-surveillance du pont montrant une violente explosion. Selon lui, les réparations pourraient prendre « deux mois ».

La Russie a toujours affirmé que le pont ne risquait rien en dépit des combats en Ukraine, mais elle a menacé par le passé Kiev de représailles si les forces ukrainiennes devaient attaquer cette infrastructure ou d’autres en Crimée. Le député russe Oleg Morozov, cité par l’agence Ria Novosti, a réclamé samedi une réplique « adéquate ». « Sinon, ce type d’attentats terroristes va se multiplier », a-t-il dit.

Plusieurs explosions ont eu lieu ces derniers mois sur des installations militaires russes dans la péninsule, résultat probablement d’opérations ukrainiennes, comme lorsque la base militaire de Djankoï a été ravagée en août par la déflagration d’un dépôt de munitions, provoquant un exode de touristes de la région.

Échecs en série
Les autorités russes ont été toujours avares en explications concernant Djankoï et d’autres incidents similaires sur des dépôts d’armements ailleurs en Russie, mais proches de la frontière ukrainienne. À Djankoï, Moscou avait admis finalement un « sabotage », et l’armée ukrainienne reconnu, des semaines plus tard, sa responsabilité.

Confronté à ces revers face à une armée ukrainienne galvanisée et forte des approvisionnements en armes occidentales, le président Poutine a décrété fin septembre la mobilisation de centaines de milliers de réservistes, des civils donc, pour inverser la tendance. Il a aussi décrété l’annexion de quatre régions ukrainiennes, bien que Moscou ne les contrôle que partiellement.

L’Ukraine a, elle, revendiqué la reprise de milliers de km2 depuis début septembre et le lancement de sa contre-offensive en plusieurs points du front.

Le seul champ de bataille où Moscou a actuellement l’avantage est aux abords de la ville de Bakhmout, dans la région de Donetsk (est), que les forces russes essayent de prendre depuis le mois d’août.

Les échecs des dernières semaines sont tels que même dans les médias d’État l’armée et de son commandement sont la cible des critiques de personnalités en vue.

Le pont de Crimée, un axe symbolique mais aussi un lien économique et stratégique

C’était pour la Russie un motif de fierté. Le pont de Crimée est le plus long pont d’Europe : 18,1 kilomètres d’un bout à l’autre, avec des axes de circulation pour les véhicules et pour les trains. Un défi de génie civil réalisé dans un délai relativement rapide : la construction a duré trois ans.

Son inauguration avait été célébrée en grandes pompes, par Vladimir Poutine en personne. Le président russe s’était installé au volant d’un camion et avait pris la tête d’un premier convoi traversant le détroit de Kertch entre la mer d’Azov à la mer Noire, reliant ainsi le territoire russe internationalement reconnu à la Crimée annexée quatre ans plus tôt. Il avait alors vanté la réalisation d’un « miracle » dont les gens avaient rêvé « à plusieurs moments de l’histoire », dès l’époque du tsar, soit un siècle plus tôt, avait-il assuré.

Mais au-delà de sa forte valeur symbolique, le pont a aussi un intérêt économique et stratégique pour Moscou. D’après les autorités russes, cinq millions de voitures et plus de 600 000 camions l’empruntent chaque année ; le pont a permis le développement des échanges entre la Crimée et la Russie. Et depuis le début de la guerre en Ukraine, il était aussi utilisé pour le transit de blindés vers le front sud ainsi que le ravitaillement en carburant. S’il est rendu inutilisable, ce serait donc un revers militaire de plus pour Moscou.

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