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Jihadi John,le grand exécutant exécuté par les Américains à Raqqa/Réaction des parents des victimes

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Jihadi John

Mohammed Emwazi, responsable de nombreuses décapitations, aurait été tué par les Américains à Raqqa. Elevé à Birmingham, il était considéré comme l’un des meilleurs pirates informatiques de l’Etat islamique.

Jihadi John, l’exécutant exécuté
Il avait disparu. Depuis février, les visions de ses harangues enragées, de sa main gauche brandissant un couteau de boucher, de son corps dissimulé dans des voiles noirs, et, souvent, à ses pieds, d’un corps sans vie décapité, avaient cessé. Pas de présence sur les réseaux sociaux, rien. Mais depuis cette date, il avait un nom : Mohammed Emwazi. Et le Britannique de 28 ans se savait sur les écrans-radar américain et britannique, inscrit sur une «kill list». Sa mort probable jeudi soir, au cœur de Raqqa (Syrie), via un drone dirigé par les Américains qui se disent «raisonnablement certains» de l’avoir tué, a été qualifiée par le Premier ministre du Royaume-Uni, David Cameron, de «geste d’autodéfense» réalisé grâce au travail «main dans la main» de Londres et Washington.

Qui était Mohammed Emwazi ?
Depuis août 2014, il jouait un rôle de propagandiste pour l’Etat islamique (EI). C’est lui qui, devant une caméra, a décapité les travailleurs humanitaires britanniques David Haines et Alan Henning, l’Américain Abdul-Rahman Kassig, les journalistes américains Steven Sotloff et James Foley et le japonais Kenji Goto. Ces otages avaient été emprisonnés avec les journalistes français libérés l’an dernier, Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres. Comme Emwazi et ses trois acolytes avaient un accent britannique, les otages les avaient affublés des prénoms des Beatles : Paul, George, Ringo et John. Très vite, Mohammed Emwazi, à l’identité alors inconnue, était devenu «Jihadi John».

Quelles sont les réactions à cette attaque ?
Bethany Haines, la fille du travailleur humanitaire David Haines, a ressenti «un soulagement immédiat». Avant d’ajouter : «Autant je souhaitais le voir mort, autant j’aurais aussi aimé obtenir des réponses. Pourquoi a-t-il fait ça ? Pourquoi mon père ? En quoi est-ce que cela a fait une différence ?» Stuart Henning, le neveu d’Alan Henning, s’est dit «partagé». Sa fille Lucy Henning qui, par coïncidence, se confiait vendredi dans une émission de télé-réalité, a rappelé avoir appris la mort de son père par des «photos sur Instagram» montrant son corps décapité. Diane Foley, la mère de l’Américain James Foley, a regretté «un effort vraiment énorme pour traquer cet homme dérangé, rempli de haine, alors qu’ils [les Américains, ndlr] n’ont pas fait la moitié de cet effort pour sauver ces otages».

Côté politique, le chef du Labour, Jeremy Corbyn, a affirmé : «Il semble que Mohammed Emwazi ait payé pour ses crimes affreux et brutaux. Cependant, il aurait été mieux pour nous s’il avait pu être jugé.» Pour Cameron, sa mort, si elle était confirmée, représenterait «une attaque au cœur de l’Etat islamique». Opinion que ne partagent pas la plupart des experts, pour qui les responsabilités d’Emwazi dans l’EI restaient limitées à la propagande et au recrutement de jihadistes en Occident. Sur Europe 1, Didier François a expliqué qu’il était devenu «un peu le cerveau du recrutement en Europe» : «Il s’occupait de la sélection, puis de la formation des candidats jihadistes pour les renvoyer commettre des attentats chez nous.» Pour Shiraz Maher, spécialiste du radicalisme à l’université King’s College de Londres, sa mort a des implications «nulles, à part la symbolique».

Quel fut son parcours avant d’être jihadiste ?
Né en 1988 au Koweït, dans une famille d’origine irakienne, Mohammed Emwazi arrive au Royaume-Uni à 6 ans. Il suit ensuite une scolarité normale dans le quartier de Saint-John’s Wood (nord de Londres). D’anciens camarades l’ont décrit comme un ado souriant, buvant de l’alcool ou fumant un joint à l’occasion, fan de musique pop. En 2009, il obtient son diplôme d’informaticien. Puis son parcours suscite les interrogations des services secrets. Il voyage, beaucoup. Au Koweït, puis en Tanzanie, où il est interpellé à sa descente d’avion et renvoyé en Europe. Les autorités le soupçonnent de vouloir rejoindre les rangs des shebab, en Somalie. Il est interrogé plusieurs fois par le contre-espionnage du MI5. Qui, selon l’organisation Cage, aurait tenté de le recruter, en vain. En 2013, il disparaît. Puis ressurgit en août 2014 en Syrie, dans une première vidéo atroce. De sa vie d’avant, il existe peu de photos. Sur l’une des rares, il doit avoir 10 ans. En uniforme rouge et gris, assis à côté de ses camarades, il sourit timidement.

Comment les jihadistes sont-ils ciblés ?
Ce n’est pas la première fois que des membres britanniques de l’EI sont tués à Raqqa. Le 24 août, Junaid Hussain, alias Abu Hussain al-Britani, a péri dans une frappe de drone américain. Originaire de Birmingham, il était considéré comme l’un des meilleurs pirates informatiques de l’EI. Toujours en août, deux autres Britanniques, Reyaad Khan et Ruhul Amin, ont été tués par un drone Reaper de la Royal Air Force, qui a touché leur voiture.

«Lorsque la coalition a commencé à bombarder Raqqa il y a un an, elle visait des bâtiments ou des convois de véhicules. Mais depuis le printemps dernier, elle procède de plus en plus souvent à des frappes ciblées, sur une voiture, comme pour Reyaad Khan, ou même une moto», expliquait récemment à Libération un membre de Raqqa Is Slaughtered Silently («Raqqa se fait massacrer en silence»), organisation qui recense les exactions de l’EI.

Les Etats-Unis ont fait de ces bombardements ciblés l’un de leurs principaux modes de lutte depuis le 11 septembre 2001. Ils ont multiplié les frappes de drones en Afghanistan, au Yémen, en Irak ou dans les zones tribales pakistanaises. Ils s’appuient sur des renseignements humains ou techniques que se partagent les membres de la coalition.

«En Syrie, on manque de renseignements envoyés par des gens sur le terrain», reconnaît un expert français en contre-terrorisme. La période où les jihadistes donnaient des informations involontairement en communiquant sur Facebook ou Twitter est révolue, l’EI ayant interdit ce type de messages. Les services de renseignement peuvent en revanche s’appuyer sur des écoutes.«Ils profitent aussi du chaos créé par les frappes aériennes, poursuit l’expert. Quand un drone ou un avion bombarde Raqqa, il est suivi par un autre appareil qui surveille la zone. La panique aidant, des jihadistes communiquent entre eux, sans forcément être prudents. Ils peuvent parler dans leur langue maternelle, alors que d’habitude, ils communiquent en arabe. Cela permet de récolter des informations.» Les frappes provoquent régulièrement des victimes civiles. Celle qui a visé les Britanniques Khan et Amin a tué 17 Syriens qui ne combattaient pas avec l’EI, selon Raqqa Is Slaugtered Silently.

Comment être sûr que les jihadistes sont morts ?
En novembre 2014, des officiels américains s’estimaient convaincus que David Drugeon, jihadiste français d’Al-Qaeda, avait été tué lors d’une frappe de drone contre sa voiture dans la province d’Idlib (nord-ouest de la Syrie). Erreur : Drugeon avait survécu. En juillet, le Français était à nouveau visé. Cette fois, sa mort est jugée certaine : un responsable d’Al-Qaeda l’a officialisée dans une série de tweets. Parfois, l’EI informe par téléphone ou SMS les parents d’un jihadiste de la mort de leur fils, lors d’un combat ou d’une opération suicide.

Quel impact sur l’EI ?
Jihadi John n’appartenait pas au premier cercle des dirigeants de l’organisation, composé en majorité d’Irakiens. Il était avant tout une figure médiatique. Mais sa mort, si elle se vérifie, montre que la coalition peut localiser des cibles dans le fief syrien de l’EI. Depuis plusieurs mois, le groupe jihadiste semble craindre la présence d’espions et se montre de plus en plus méfiant vis-à-vis des étrangers vivant à Raqqa. D’après des témoignages recueillis par Libération, les accès internet sont cantonnés aux cybercafés et surveillés. Des «keyloggers», logiciels enregistrant les touches tapées sur les claviers, ont été installés. Les contrôles se multiplient. L’EI punit de mort ceux qui tentent de déserter.

L’organisation ne peut plus compter, comme en 2013 et 2014, sur un afflux de combattants étrangers depuis la Turquie. Ankara, qui laissait circuler les jihadistes, verrouille désormais sa frontière avec la Syrie. Les passages sont dangereux, les soldats turcs tirant parfois à vue. Signe que l’EI a plus de difficultés à recruter des étrangers, ses commandants se reportent sur les Syriens de Raqqa. «Ceux qui acceptent le font pour l’argent : la plupart ont perdu leur emploi depuis que l’EI contrôle la région. C’est aussi un moyen de ne plus subir leur harcèlement et de protéger leur famille», selon un membre de Raqqa Is Slaughtered Silently.

liberation.fr

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