09302022Headline:

L’armée ukrainienne dit enchaîner les succès face aux bombardements russes des zones conquises

En Ukraine, la contre-offensive se poursuit, et l’armée de Kiev aurait même atteint la frontière russe. C’est en tout cas ce qu’a déclaré, lundi 12 septembre, le président ukrainien Volodymyr Zelensky qui, chaque soir, égrène les victoires et les territoires reconquis par ses soldats. L’équivalent de sept fois la superficie de Kiev aurait été reprise en un mois à l’armée russe. Tout se passe dans l’est et le sud du pays, des régions partiellement sous occupation russe depuis le début la guerre. Comment cette contre-offensive est-elle vécue sur place ?

L’optimisme est de retour parmi ceux qui ont dû fuir, racontent nos envoyés spéciaux Anastasia Becchio et Boris Vichith. Dans les rangs des militaires ukrainiens, certains vont même jusqu’à parler de tournant dans cette guerre. Il y a quelques semaines encore, il y avait une certaine fatigue, mais avec ces succès, le moral des troupes est au plus haut, confiait un médecin militaire de la garde nationale.

De telles percées relancent en tout cas l’espoir d’un renversement de la situation. Actuellement, les Russes ne contrôlent plus qu’une étroite bande à l’extrémité est de cette région de Kharkiv, la ville stratégique d’Izioum a été reconquise en fin de semaine dernière, ce qui ouvre la voie des républiques sécessionnistes de Donetsk et Louhansk. La partie nord de la région proche de la région russe de Belgorod a été reprise ce dimanche 11 septembre.

 

Ces opérations sont bonnes pour notre moral et cela joue en notre faveur face aux Russes, parce que même dans les zones qu’ils tiennent encore, ils voient ou ils entendent qu’ils sont en échec et c’est pour ça qu’ils s’enfuient en laissant derrière eux leur matériel et leurs positions…

Parmi les localités libérées, Kozacha Lopan’, au nord de Kharkiv, à 3 km de la frontière russe. Rencontre avec un militaire.

Anastasia BecchioBoris Vichith

 

Incendies et fuite de gaz
Ceux qui ont fui l’occupation doivent encore patienter un peu avant de rentrer. Dans de nombreuses localités, les Russes et leurs alliés séparatistes ont abandonné des stocks de munitions, des grenades, des armements, selon les militaires qui travaillent désormais à sécuriser ces zones. Plus à l’est, les combats se poursuivent donc, la ville de Kharkiv continue d’être frappée, causant des victimes civiles. Lundi, on a entendu des déflagrations tout au long de la journée, les bombardements ont causé par endroits des incendies, et même une fuite de gaz.

Dimanche soir, des missiles ont été tirés sur des centrales électriques, ce qui a provoqué des coupures d’électricité, le courant a été rétabli, mais des pannes ont recommencé dans la journée après de nouveaux bombardements. Et puis dans le métro, qui reste aujourd’hui le moyen le plus sûr pour se déplacer ici, des rames ont été arrêtées en plein tunnel, et les passagers ont dû gagner les quais à pied.

Et cette contre-offensive fait face, semble-t-il, à une certaine désorganisation sur le terrain. Selon l’état-major ukrainien, Moscou a visé des installations militaires et civiles ukrainiennes. Le Kremlin l’assure, l’offensive russe continuera « jusqu’à ce que les objectifs soient atteints ».

 

Analyse : une contre-offensive que le renseignement russe n’a pas su anticiper, selon Dimitri Minic, chercheur à l’Institut français des relations internationales

« C’est le renseignement militaire qui est en cause, c’est lui qui n’a pas su prévoir la contre-offensive de l’Ukraine. Quant au renseignement militaire sur le terrain, le renseignement basique, opérationnel, la Russie sait le faire, elle n’a fondamentalement pas de problème théoriquement avec ce fait. Mais là, on constate vraiment une défaillance. Alors, est-ce que c’est une défaillance technique ? Franchement, c’est assez peu probable. Et est-ce que c’est une défaillance humaine, une défaillance dans la prise de décision, dans le commandement, dans l’évaluation des informations et du renseignement ? C’est probablement plus ça qu’une défaillance technique, la Russie a des moyens de reconnaissance, des moyens d’infiltration. Malgré leurs très bons renseignements, souvent les agents du KGB prenaient des décisions d’abord et avant tout basées sur leurs croyances. Et là, on pourrait se retrouver avec la même problématique, c’est-à-dire un commandement qui refuse de voir cette réalité, ou une chaîne de commandement, une circulation d’informations qui ne se fait pas à cause d’une mauvaise interprétation ou d’une volonté probablement de nier la vérité. »

Pour compléter ses effectifs, Moscou qui, selon le Pentagone, a déjà perdu plus de 40 000 hommes, n’a d’autre solution que de décréter la mobilisation générale. Une option dangereuse pour le Kremlin, indique Dimitri Minic.

« C’est une option très dangereuse pour Moscou, parce que là, ce serait un test grandeur nature, la mobilisation générale. Et d’abord et avant tout un test avec ce que Moscou considère comme le principal terreau de déstabilisation qui est la jeunesse. Là, on mesurerait l’adhésion réelle de la jeunesse de ce pays aux entreprises belliqueuses du Kremlin. Quand on compare les chiffres théoriques de la conscription et les conscrits qui se présentent effectivement, et encore plus cette année, eh bien, on aurait plutôt tendance à penser que la mobilisation générale, loin d’être une solution, serait plutôt un accélérateur de l’effondrement, puisqu’on se rendrait bien compte que la jeunesse et la population russe, en fait, est réticente à s’engager directement dans ce conflit, ça serait un démenti pour la politique de Poutine, et probablement, on le voit déjà à la télévision russe, des interventions après cette offensive foudroyante de l’Ukraine. On voit bien que les langues commencent à se délier, on voit bien que même l’idée de la mobilisation générale est discutée, c’est inextricable en fait, c’est quitte ou double pour eux. »

Avec Rfi

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