12122017Headline:

Les Africains de New York face aux violences contre les jeunes Noirs/ Diaby, un chauffeur de taxi ivoirien témoigne

ebola new york

Comment les immigrés africains de New York réagissent-ils à la vague d’indignation suscitée par les violences policières contre de jeunes Noirs ? Les réponses sont contrastées. Et la solidarité entre communautés peu évidente.

Michael Brown, 18 ans, est tombé le 9 août 2014 sous les balles de la police à Ferguson (Missouri). Freddie Gray, Rekia Boyd, Andy Lopez, Tamir Rice, Eric Gardner ont connu le même sort,  alors que ces jeunes de la communauté noire – 12,6 % de la population américaine – étaient désarmés. Un tract du mouvement de protestation Black Lives Matter (Les vies noires comptent), mené entre autres par Cornel West, un universitaire noir américain, égrène ainsi les noms des jeunes Noirs tombés sous les balles de la police lors de « bavures » qui se sont répétées ces dernières années.

Black Lives Matter a organisé le 27 août à Harlem un rassemblement pour préparer une manifestation monstre prévue pour le 24 octobre prochain. La salle de laFirst Corinthian Baptist Church, une église située sur la 116e Rue, était pleine à craquer. Les familles des victimes sont venues témoigner dans une ambiance chargée d’émotion. Une grand-mère en larmes a raconté le meurtre de sa petite-fille de 7 ans par des policiers qui ont fait irruption chez elle, provoquant les applaudissements de soutien du public.

Dans la salle, très peu d’Africains mais surtout des Américains, en majorité Noirs avec quelques Blancs. Dehors, sur la 116e Rue, un immigré burundais installé depuis huit ans à New York bat la semelle, des chaussures Versace avec boucles dorées aux pieds. « Je ne me sens pas concerné, dit-il. Je suis venu pour me faire ma place au soleil. La souffrance que j’ai connue avant de venir ici m’empêche de commettre des actes négatifs. Les Africains-Américains ne sont pas disciplinés et recherchent l’argent facile. Sur 10 jeunes Noirs, 8 veulent devenir rappeur, mais aucun ne veut devenir charpentier. »

Le débat sur Obama

Diaby, un chauffeur de taxi ivoirien qui réside à New York depuis 1998 n’est pas de cet avis : « Bien sûr que je suis concerné ! Un jeune Guinéen de 22 ans, Amadou Diallo, a été l’une des victimes de ces violences dans le Bronx. En 1999, les policiers lui ont tiré plus de 40 balles dans le corps. Il a été tué pour rien, juste parce qu’il était noir et parce que les policiers ont peur pour leur vie ».

Le débat lancinant sur ce qu’a fait ou non Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis, en faveur de la « communauté » est balayé d’un revers de la main par Dame Babou, correspondant à New York du journal sénégalais Sud Quotidien. « Barack Obama a fait énormément pour les Noirs : il leur a montré qu’ils peuvent « y croire », en quelque sorte, et qu’il n’y a pas de limites dans les rêves qu’ils peuvent poursuivre ».

De son point de vue, les discours qui prévalaient avant sur l’impossibilité de réussir pour les Noirs sont devenus caducs, « ce qui n’arrange pas forcément les leaders d’opinion de la communauté qui tirent un parti financier important des « problèmes noirs », comme le révérend Jessie Jackson qui a le droit de se porter avocat pour assister des accusés noirs devant la justice. Cornel West dénonce Obama, ajoute-t-il, mais il est de plus en plus critiqué par d’autres voix de la société civile noire ».

Préjugés africains

Un Ivoirien aux longs dreadlocks et à la barbe blanchissante vend des masques africains sur la 53e Rue, aux portes du Musée d’art moderne (MoMa). Présent depuis 1987 aux Etats-Unis, il échange en anglais, dans la rue, avec un commerçant ambulant sénégalais, évoquant la saison des pluies dans leurs pays respectifs.

Immigré de longue date aux Etats-Unis, un pays qu’il sillonne en voiture pour faire les marchés, François ne mâche pas ses mots : « Les jeunes Noirs américains commettent des délits tous les jours parce qu’ils préfèrent aller en prison où ils n’ont rien à dépenser plutôt que de rester dehors. Ils ne veulent pas travailler dur. Et s’ils gagnaient leur argent comme nous à la sueur de leur front, ils ne dilapideraient pas leurs dollars dans de grosses voitures ».

Et François de poursuivre : « Des femmes passent devant moi à Manhattan en serrant leur sacs sous leurs bras quand elles me voient. Ça me fait mal, en tant que Noir, mais je les comprends ». Quand il en discute avec ses amis Africains-Américains, ces derniers lui demandent s’il « n’est pas du côté des Blancs ».

« De quel côté êtes-vous ? »

Which side are you on? « De quel côté êtes-vous ? », tel est le slogan qu’a justement choisi le mouvement Black Lives Matter pour mobiliser avant sa grande manifestation, dénonçant le racisme d’une société toujours prompte à acquitter les policiers blancs, comme si la vie des Noirs pesait peu dans la balance.

Le journaliste sénégalais Dame Babou souligne, lui, que les poursuites engagées contre des policiers qui ont commis des bavures débouchent rarement sur des peines de prison. Un conflit d’intérêts qui existe au sein même du système judiciaire. « Le procureur compte tous les jours sur les policiers pour faire son travail, explique-t-il. Il ne pousse pas les jurés à prononcer des condamnations lourdes lors des procès. Et les procédures pénales n’aboutissent pas. Les litiges se règlent au civil, à l’amiable. »

Pour Mamadou Niang, journaliste sénégalais lui aussi, et producteur audiovisuel installé depuis des lustres à New York, « les deux communautés, africaine et noire américaine, ne se sentent pas solidaires parce qu’elles ne viennent pas du même monde et n’ont pas la même histoire », résume-t-il.

Rien, sans doute, ne peut effacer ce qui sépare les Africains de leurs « frères » américains. La traite transatlantique a fait de ces derniers des esclaves puis des descendants d’esclaves, alors que les immigrés africains arrivent aux Etats-Unis en hommes libres. Ils ne portent pas le même héritage.

.rfi.fr

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