11152018Headline:

ONU : Les États-Unis claquent la porte du Conseil des droits de l’homme

Les États-Unis accusent l’institution basée à Genève d'”hypocrisie” et de parti pris contre Israël. Leur décision a été aussitôt dénoncée par des organisations de défense des droits humains.

« Un cloaque de partis pris politiques. » C’est ainsi que Nikki Haley, l’ambassadrice américaine à l’ONU, a défini le Conseil des droits de l’homme, le 19 juin, lorsqu’elle a annoncé à la presse la décision des États-Unis de quitter cette instance. « Nous prenons cette mesure parce que notre engagement ne nous permet pas de continuer à faire partie d’une organisation hypocrite et servant ses propres intérêts, qui fait des droits de l’homme un sujet de moquerie », a a-t-elle lancé.

Mme Haley et le secrétaire d’État Mike Pompeo, en compagnie duquel elle a fait cette déclaration, ont insisté sur le fait que les États-Unis resteraient un héraut des droits de l’homme dans le monde mais, pour beaucoup, cette décision reflète la défiance du gouvernement américain envers les organismes multilatéraux.

Cette annonce intervient au lendemain de vives critiques du Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, contre la politique « inadmissible » et « cruelle » des autorités américaines de séparation d’enfants de leurs parents sans-papiers à la frontière mexicaine.

Israël à l’ordre du jour de chaque session
Mais Nikki Haley et Mike Pompeo ont assuré que la décision était liée à l’échec des tentatives de réforme du CDH. « Malheureusement, il est maintenant clair que notre appel à la réforme n’a pas été entendu », a dit Mme Haley.

Le CDH a été créé en 2006 pour promouvoir et protéger les droits humains à travers le monde mais ses rapports ont souvent contredit les priorités américaines. En particulier, le fait qu’Israël soit le seul pays au monde ayant un point fixe (appelé point 7) à l’ordre du jour de chaque session, soit trois fois par an, provoque la colère des États-Unis.

Washington, dont le mandat au Conseil s’achevait en principe en 2019, avait aussi réclamé que l’exclusion des États membres commettant de graves violations des droits de l’homme soit votée à la majorité simple et non aux deux tiers, et que le processus de sélection des États membres soit renforcé.

Un départ regretté par le secrétaire de l’ONU
« Les pays (membres) se sont entendus pour saper la méthode actuelle de sélection des membres, a déclaré M. Pompeo. Et le biais continu et bien documenté du Conseil contre Israël est inadmissible. Depuis sa création, le Conseil a adopté plus de résolutions condamnant Israël que contre le reste du monde. »

Si l’ambassadeur d’Israël à l’ONU Danny Danon s’est réjoui de ce retrait et a remercié les États-Unis pour leur refus « de la haine aveugle à l’égard d’Israël dans les institutions internationales », le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a dit qu’il « aurait préféré que les États-Unis restent au Conseil des droits de l’homme », a déclaré son porte-parole.

Quant à l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW), elle a vivement critiqué ce nouveau repli. Le CDH a « joué un rôle important dans des pays comme la Corée du Nord, la Syrie, la Birmanie et le Soudan du Sud, a ainsi déclaré Kenneth Roth, le patron de l’ONG. Mais Donald Trump n’est intéressé que par la défense d’Israël. »

Multiples retraits
Le Conseil « est loin d’être parfait, mais il est une force importante pour la reddition de comptes et la justice. En se retirant, les États-Unis sapent délibérément les droits de l’homme de tous les peuples partout dans le monde et leurs luttes pour la justice », a de son côté critiqué Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

Depuis l’arrivée début 2017 du républicain Donald Trump à la Maison Blanche, les États-Unis se sont retirés de l’Unesco, ont coupé plusieurs financements à des organes de l’ONU et ont annoncé notamment leur retrait de l’accord de Paris sur le climat et de l’accord nucléaire avec l’Iran endossé par les Nations unies.

Le départ des États-Unis du Conseil des droits de l’homme n’est pas une première. Il y a douze ans, l’administration du républicain George W. Bush avait déjà boycotté le CDH, avant que le démocrate Barack Obama ne décide d’y faire participer son pays à nouveau.

 

 

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