10202017Headline:

«Panama Papers» : Des révélations d’un scandale mondial d’évasion fiscale

scandal fiscal

Une enquête réalisée par plus de 100 journaux a dévoilé dimanche des avoirs dans les paradis fiscaux de 140 responsables politiques ou personnalités de premier plan, parmi lesquels le cercle rapproché du président russe Vladimir Poutine, ou les footballeurs Michel Platini et Lionel Messi.

À l’issue d’une enquête qui aura duré presque une année, Le Monde, associé à 106 autres rédactions dans 76 pays et coordonnées par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) de Washington, ainsi que le journal allemand Süddeutsche Zeitung, destinataire de la fuite, ont révélé dimanche une nouvelle liste de propriétaires de comptes off-shore. Le collectif de journalistes a eu accès aux 11,5 millions de documents contenant les noms de nombreuses grandes personnalités liées au monde des comptes off-shore.

À l’origine de ces révélations, les archives d’un cabinet d’avocats panaméen, Mossack Fonseca, spécialisé dans la domiciliation de sociétés offshore depuis la fin des années 1970, qui auraient permis à plus de 300 journalistes d’établir des listes précises. Ces «Panamapapers» révèlent que des milliers de personnes anonymes, une dizaine de chefs d’État, des milliardaires célèbres, des grands noms du sport et certaines célébrités auraient recouru aux mêmes montages offshores pour dissimuler leurs actifs.

«C’est un crime, un délit», a déclaré à l’AFP Ramon Fonseca Mora, directeur et un des deux fondateurs de Mossack Fonseca, après la divulgation de ses archives. «C’est une attaque contre Panama car plusieurs pays n’apprécient pas que nous soyons très compétitifs pour attirer les entreprises», poursuit l’homme de 64 ans. «Il y a deux manières de voir le monde: la première est d’être compétitif et la seconde de créer des impôts», a-t-il déclaré, ajoutant qu’«il y a une guerre entre les pays ouverts, comme le Panama, et les pays qui taxent de plus en plus leurs entreprises et leurs citoyens».

François Hollande a pour sa part félicité les «lanceurs d’alerte», assurant que «toutes les informations qui seront livrées donneront lieu à des enquêtes des services fiscaux et à des procédures judiciaires». Avant de poursuivre: «Toutes les enquêtes seront diligentées, toutes les procédures seront instruites et les procès éventuellement auront lieu.» Le président a estimé que ces révélations étaient une «bonne nouvelle», «parce que ça va nous faire encore des rentrées fiscales de la part de ceux qui ont fraudé». Il a souligné qu’en 2015, «20 milliards d’euros ont été notifiés à ceux qui avaient fraudé» et que sur ces 20 milliards, l’Etat avait «déjà repris 12 milliards d’euros».

12 chefs d’État dont 6 en activité

Parmi les personnes listées par l’ICIJ, on trouve notamment six chefs d’État en exercice comme le président argentin Mauricio Macri, le premier ministre islandais Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, le président ukrainien Petro Poroshenko, le président des Émirats arabes unis Khalifa bin Zayed bin Sultan Al Nahyanet le roi d’Arabie saoudite Salman bin Abdulaziz bin Abdulrahman Al Saud.Le site du collectif de journalistes propose pour chacun d’entre eux une fiche explicative sur les raisons de leur présence au sein de cette liste.

Des associés de Vladimir Poutine auraient également détourné jusqu’à 2 milliards de dollars avec l’aide de banques et de sociétés écran, effectuant des virements pouvant atteindre 200 millions de dollars en une seule fois, selon l’ICIJ. Le Monde, qui a participé à l’enquête, détaille notamment le rôle joué par le violoncelliste professionnel Sergueï Roldouguine, parrain de la fille Maria du président russe. Sept sociétés basées dans des paradis fiscaux lui sont liées, toutes indirectement gérées par la banque Bank Rossia, un cabinet d’avocats en Suisse servant de paravent. «Des associés de Poutine ont falsifié des paiements, antidaté des documents et obtenu de l’influence occulte auprès des médias et de l’industrie automobile russes», détaille le consortium sur son site internet.

Les «Panamapapers» font aussi mention de l’ancien ministre français Jérôme Cahuzac, dePatrick Balkany, le député-maire LR de Levallois, de l’homme d’affaires franco-israélien Patrick Drahi et de certains cousins du président syrien Bachar el-Assad, du père du premier ministre britannique David Cameron, de la fille de l’ancien premier ministre chinois Li Peng et d’autres proches de haut-responsables d’Argentine, du Maroc, d’Égypte, du Ghana, d’Afrique du sud, de Côte d’Ivoire, de Guinée, du Pakistan, de l’Azerbaïdjan, d’Espagne, et de Malaisie.

Des proches de hauts dirigeants chinois, dont le président Xi Jinping et l’ex-premier ministre Li Peng, apparaissent également. Parmi d’autres, figure notamment Deng Jiagui, l’époux de la soeur aînée de Xi Jinping. En 2009, alors que son beau-frère était membre du tout-puissant comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois (PCC) mais pas encore président, Deng Jiagui est ainsi devenu l’unique actionnaire de deux sociétés écrans dans les Iles Vierges britanniques, révèle l’ICIJ. Dans les documents, figure également le nom de Li Xiaolin, fille de Li Peng (premier ministre chinois de 1987 à 1998). Elle était, avec son mari, bénéficiaire d’une fondation au Liechtenstein, elle même contrôlée par une firme enregistrée aux Iles Vierges britanniques, à l’époque où son père était en fonctions. Une petite-fille de Jia Qinglin, ex-membre du comité permanent du Bureau politique du PCC, était par ailleurs l’unique actionnaire de plusieurs sociétés «offshore», via lesquelles elle contrôlait discrètement des groupes en Chine même.

» À lire aussi:Le monde des paradis fiscaux en 5 questions

Les documents du cabinet d’avocats font aussi apparaître les noms d’une vingtaine de joueurs de football vedettes, évoluant notamment à Barcelone, au Real Madrid ou encore au Manchester United. Parmi eux, le multiple ballon d’or Lionel Messi, concerné pour une offshore créée en 2012 au Panama. Parmi les «stars», on trouve aussi l’ex-footballeur et ancien vice-président de la Fédération internationale de football (FIFA) Michel Platini, qui, d’après Le Monde.fr, aurait administré la Balney Enterprises Corp., une société offshore créée le 6 décembre 2007. L’ancien joueur français se serait ainsi vu remettre un «pouvoir général» en décembre 2007 – onze mois après son élection à la présidence de l’UEFA. Michel Platini s’est défendu dès dimanche soir en publiant un communiqué précisant que «l’intégralité de ses comptes et avoirs sont connus de l’administration fiscale suisse, pays dont il est résident fiscal depuis 2007».

.lefigaro.fr

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