08162017Headline:

Pornographie : «Un enfant ne doit jamais rester seul devant un écran»

INTERVIEW – Selon un sondage que nous révélons, de plus en plus de jeunes adolescents ont été confrontés à des images classées X. Marion Haza, psychologue, donne quelques recommandations.

Psychologue en cabinet, Marion Haza est également maître de conférences à l’université de Poitiers et chercheuse au sein de l’Arcad, une association de recherche clinique sur l’adolescence.

LE FIGARO. – Les enfants ont-ils facilement accès aux films pornographiques?

Marion HAZA. – Oui, il y a un phénomène de rajeunissement de l’accès à ces films car il y a plus d’écrans dans les familles et, dès le plus jeune âge, les enfants ont accès aux téléphones portables de leurs parents. Sur des plateformes comme YouTube, le visionnage de dessins animés peut les mener de fil en aiguille à des images qui ne sont pas faites pour eux. Depuis deux ans, je reçois des demandes de consultations pour des troubles liés à du visionnage accidentel de films X pour des enfants. Les plus jeunes ont six ans et sont en CP. Il faut rappeler aux parents qu’un enfant ne doit pas rester seul devant un écran, qu’il s’agisse d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un téléphone. Les parents peuvent aussi indiquer à leurs enfants qu’ils tomberont peut-être sur des choses qui ne sont pas de leur âge sur Internet, que ce n’est pas grave et qu’il faut pouvoir en parler afin de ne pas rester seul avec ces images.

Quel est l’impact de ces images et comment aider ces enfants?

À 6 ans, la représentation de la sexualité d’un enfant est bien évidemment très éloignée de celle des adultes. À ce stade de leur développement, ils ne peuvent pas donner du sens aux images qu’ils ont vu. Pour eux, c’est une effraction, une intrusion psychique. Ces enfants peuvent être très culpabilisés. Certains n’osent pas en parler à leurs parents par crainte d’être puni et ils gardent ce poids pour eux. Des symptômes peuvent alors apparaître comme des cauchemars, des accès de tristesse, un refus d’aller à l’école ou de voir leurs amis… Il faut avant tout leur expliquer que ce n’est pas leur faute et les autoriser à parler de ce qu’ils ont vu.

Beaucoup adolescents visionnent de la pornographie. Que faut-il leur dire?

Avec les adolescents, c’est différent. Chercher de la pornographie ou de se poser des questions sur la sexualité à l’arrivée de la puberté, c’est tout à fait normal. Ce n’est pas parce qu’un adolescent regarde une vidéo porno qu’il faut s’inquiéter. Ce qui pose problème, c’est le fait de considérer ces images pornographiques comme une représentation de la réalité. Chez certains garçons, le porno bloque d’ailleurs l’accès à la sexualité ou à la rencontre amoureuse, car ils ne se sentent pas à la hauteur.

Aujourd’hui, certains adolescents demandent s’il faut être à trois pour un premier rapport sexuel ou s’il est nécessaire d’utiliser un sex toy. À cet âge, c’est important de leur expliquer que les films X montrent une sexualité qui n’est pas toujours dans le respect de l’autre et qui est transformée par le montage et les trucages. Les adolescents qui ont eu quelqu’un avec qui échanger sur ce qu’est une relation sexuelle et une relation à l’autre, peuvent prendre du recul par rapport aux pratiques du porno. Mais pour des adolescents qui vont mal et qui sont déjà en souffrance, la pornographie peut avoir une influence plus importante avec des pratiques qui ne respectent par leur corps et qui peuvent les mettre en danger. Comme le fait d’accepter d’être filmé.

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