07202017Headline:

Présidentielle iranienne: L’ancien president Mahmoud Ahmadinejad dépose sa candidature

L’ex-président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad a déposé sa candidature, mercredi, à la présidentielle iranienne du 19 mai, malgré l’opposition de l’ayatollah Khamenei. Sa candidature, qui sème le trouble, a très peu de chance d’être validée.

On le croyait définitivement écarté de la course à la présidentielle iranienne, mais Mahmoud Ahmadinejad est revenu sur ses paroles. Après avoir été dissuadé par le Guide suprême Ali Khamenei de se présenter à l’élection du 19 mai, il avait promis de ne pas se porter candidat. Pourtant, mercredi 12 avril 2017, l’ex-président ultraconservateur a semé la confusion en se rendant au ministère de l’Intérieur pour s’enregistrer officiellement.

Mahmoud Ahmadinejad a expliqué que cette initiative ne signifiait pas qu’il désirait retrouver le poste qu’il a occupé durant huit ans à partir de 2005, mais qu’il soutenait ainsi son ex-vice-président, Hamid Baghaie, lui aussi candidat. “Le Guide suprême m’a conseillé de ne pas participer à l’élection et je l’ai accepté (…) Je respecte ma parole. Mon enregistrement vise simplement à soutenir la candidature de mon frère Hamid Baghaie”, a déclaré à la presse Mahmoud Ahmadinejad mercredi. Il a précisé que “le conseil” de l’ayatollah Khamenei “n’était pas une interdiction”. Celui-ci était intervenu en septembre 2016, lui recommandant de ne pas se présenter afin d’éviter une “bipolarisation nocive” de la société iranienne, sans donner plus de précision.

“Arrêté en 2015 pour corruption et abus de biens sociaux, le protégé d’Ahmadinejad, Hamid Baghaie, qui a passé sept mois en prison, a peu de chance de voir sa candidature validée par le Conseil des gardiens de la Constitution”, explique à France 24 Azadeh Kian, professeure à l’Université Paris 7- Diderot et auteure de “L’Iran, un mouvement sans révolution ?” (Michalon). Cet organe, contrôlé par les religieux conservateurs, a jusqu’au 27 avril pour annoncer la liste des candidats autorisés à se présenter à la présidentielle. “Dans ces circonstances, le geste de Mahmoud Ahmadinejad vise à dénoncer une éventuelle éviction de son ex-bras droit. Mais c’est très osé, il désobéit au Guide et provoque le Conseil des gardiens de la Constitution”.

Ahmadinejad lâché par les siens

À ce stade, rien n’est encore joué et tous les citoyens iraniens peuvent se porter candidats. À chaque échéance électorale, le dépôt des candidatures est d’abord une occasion d’attirer l’attention des médias et de s’exprimer publiquement, certaines candidatures relevant même du loufoque. Mahmoud Ahmadinejad ne déroge pas à cette règle. Mercredi, à la mi-journée, 197 personnes s’étaient déjà inscrites, dont huit femmes.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’entrée de Mahmoud Ahmadinejad dans la course à la présidentielle iranienne paraît peu probable. “Il n’a plus le soutien du Guide suprême, ni même celui des Gardiens de la révolution avec qui il s’est fâché depuis qu’il les a qualifiés de ‘frères contrebandiers’ dans une allocution télévisée en juillet 2011, alors qu’il était encore président”, précise Azadeh Kian. Quand bien même sa candidature serait validée, il n’obtiendrait pas le suffrage des électeurs, estime la chercheuse. “Il n’a plus la même popularité qu’en 2005. Son électorat potentiel, les gens ordinaires qu’il a entretenus avec ses subventions sur les produits de consommation courante, ceux qui ont pu accéder grâce à lui à des postes officiels dans l’administration centrale et en province, où qui ont fait fructifier leurs affaires grâce aux privilèges accordés, lui préfèreront d’autres candidats conservateurs”.

D’ailleurs, les défections n’ont pas tardé à tomber. Dès mercredi, deux anciens députés ultraconservateurs l’ayant soutenu durant sa présidence ont expliqué que sa décision d’aller à l’encontre de l’avis du Guide suprême était inacceptable. “Avec ce geste, ma croyance en vous a été brisée”, a écrit l’un d’eux.

Les conservateurs lui reprochent aussi d’avoir pris ses distances avec la religion. “Il y a très peu de mention de l’islam dans les slogans de campagne d’Hamid Baghaie, c’est la grandeur de l’Iran qui est mise en avant, pour faire appel au nationalisme des Iraniens”, constate Azadeh Kian.

Présage de ce retour en politique, Mahmoud Ahmadinejad a ouvert un compte Twitter début mars.

La machine à scandales

Pour ne rien arranger, la candidature de Mahmoud Ahmadinejad vient s’ajouter à une cacophonie dans le camp des conservateurs iraniens, où faute de personnalité incontournable, un nouveau groupe appelé Front populaire des forces de la révolution islamique a été créé en décembre, avec l’objectif de s’entendre sur un candidat unique. Il a établi une liste réduite de cinq personnalités avant de choisir son candidat final, qui pourrait être Ebrahim Raïssi, un religieux conservateur bénéficiant d’un solide soutien.

Pire encore, le retour de l’ex-président aux affaires pendant huit années pourrait ouvrir la voie à une “guerre larvée” entre conservateurs, et avec elle son lot de révélations. “Lorsqu’il était président, il avait accès au ministère du Renseignement et à un certain nombre de dossiers classés. Et s’il est attaqué sur ses affaires de corruption, il va sans doute ressortir des dossiers”. Car si Mahmoud Ahmadinejad n’a jamais été jugé, l’étau s’est resserré autour de lui ces dernières années. Des proches et plusieurs des membres de son cabinet présidentiel ont été condamnés pour corruption. Jusqu’ici, les conservateurs étaient restés relativement silencieux à ce propos, mais le Conseil des gardiens de la Constitution va devoir évoquer les dossiers de fraudes de l’ex-président pour justifier sa décision de le désavouer, ce qui promet son lot de scandales avant même le lancement de la campagne officielle.

Avec AFP

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