06252022Headline:

Sanctions de l’UE contre la Russie: Vladimir Poutine a décidé lui aussi de frapper

La Russie a encore intensifié son offensive en Ukraine, visant les villes dont Kiev et Kharkiv, poussant les Européens, exhortés à agir par le président ukrainien, à durcir encore leurs sanctions. Elles ont déjà des effets sur la psychologie des Russes et sur l’état de l’économie, mais Vladimir Poutine a décidé lui aussi de frapper, rapporte RFI.

Les entreprises russes ont désormais obligation de transférer 80% de leurs devises en roubles, les investisseurs ont interdiction de se retirer du pays par décret présidentiel et le Premier ministre Michoustine a menacé les entreprises étrangères ce mardi. « Ceux qui gagneront à la fin, ce seront ceux qui n’auront pas succombé aux slogans des politiciens étrangers, ceux qui n’auront pas stoppé leurs projets dans notre pays. La pratique l’a démontré, il est facile de quitter un marché, mais il est beaucoup plus difficile de revenir, quand la place a été prise par les concurrents », a-t-il lancé. Le gouvernement ne parle en tout cas pas des taux d’intérêts à 20%, des Russes qui se sont rués, quand ils le pouvaient, sur les euros ou les dollars.

D’autres persistent à dire qu’il ne se passe rien, comme cette femme chef d’entreprise, rencontrée ce mardi matin devant le distributeur de l’une des banques proches de l’État et sanctionnée. La soixantaine élégante et le visage fermé devant le micro de journalistes étrangers, elle avait toutefois l’envie de dire sa vérité. « Non, je ne m’inquiète de rien. La situation économique est normale, tout est normal. Rien n’a changé. Je suis PDG d’une entreprise et tout est stable de notre côté. La Russie survivra grâce à sa puissance économique. Tout ce que la Russie a, cela va rester. La Russie n’est pas une nation dépendante des autres pays », assure-t-elle.

De la tension dans l’air
En réalité, c’est vrai il n’y a pas de panique dans les rues ensoleillées et au ciel bleu étincelant de l’hiver. Mais il y a de la tension dans l’air et parfois même de la nervosité ou de l’angoisse. « La situation est vraiment difficile. Tout va vraiment mal. L’économie s’effondre. Qu’est-ce que vous voulez que je dise, lance un passant désabusé. La guerre n’est pas une réponse en 2022. Bien sûr, la situation s’aggrave chaque jour et en ce moment absolument tout le monde s’inquiète. Mais je ne pense pas que les gens devraient continuer à retirer autant d’argent en espèces. Ça dégrade encore l’atmosphère et ça ne facilite pas la tâche des banques. Je ne suis pas politologue, je suis une personne créative et je travaille dans une sphère totalement différente. Mais comme la plupart des gens ordinaires, je ne peux pas faire de prédictions. Chaque jour, la situation change, chaque jour, il y a quelque chose de nouveau. Même un politicien ne peut pas faire de pronostics sur ce qu’il se passera demain. Nous vivons tous au jour le jour ».

Concrètement, la vie des Russes a déjà changé. C’est Anastasia qui le décrit le mieux. Elle est professeure d’anglais à Moscou et pour elle déjà, les conséquences des sanctions forment une longue liste palpable dans chacun des usages de la vie quotidienne pour cette moscovite habituée à être très connectée. « Je travaille en ligne et parfois la connexion internet est très lente et certains des serveurs avec lesquels nous avons l’habitude de travailler ne travaillent plus avec la Russie, explique-t-elle. Donc nous devons tout changer et travailler avec d’autres plateformes. Aujourd’hui aussi, j ai essayé de payer dans un café avec Apple Pay, et ça n’a pas marché. Ça ne marche plus depuis hier. Instagram aussi est de plus en plus souvent bloqué en Russie. Je regarde également le cours des devises comme le dollar ou l’euro, et maintenant on le voit bien, nous devons en réalité travailler deux fois plus pour gagner la même somme, pour simplement pouvoir aller en Europe, par exemple. Je ne suis pas très sûre qu’il va être possible d’y voyager dans un futur proche à cause des sanctions, et j’ai l’impression qu’absolument tout le monde aujourd’hui déteste les Russes », conclue-t-elle.

L’angoisse d’un monde nouveau
Anastasia est très angoissée, elle a des larmes dans la voix. Elle n’arrive pas à se projeter, dans un nouveau monde qui se dessine et qui lui semble si sombre. Quand Vladimir Poutine a pris les commandes du pays, la Russie était dans le chaos des années 1990 et la chute de l’URSS. C’est lui qui a rétabli la stabilité, fait payer salaires et retraites à temps et de cela la plupart des Russes, surtout ceux qui ont vécu cette période, lui sont encore reconnaissants. C’est aussi pour cela qu’ils sont si nombreux à avoir fermé les yeux sur sa dérive autoritaire en contrepartie d’une stabilité et d’une croissance économique. L’impact des sanctions pourrait donc bien signer la rupture de ce contrat passé avec le pays.

C’est la première fois qu’on applique de telles mesures à un très grand pays qui est une grande puissance militaire et un acteur majeur sur la scène mondiale. On avait eu l’habitude de sanctions prises à l’égard de petits pays ou de puissances moyennes.

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