05292017Headline:

USA face aux ravages d’une nouvelle drogue mortelle, la flakka

bandit

Une nouvelle drogue synthétique, connue sous le nom de flakka, a déjà fait plusieurs dizaines de victimes en Floride. Les experts craignent que cette substance bon marché se répande dans d’autres États.

La première fois que Liz a dû gérer le cas d’une personne sous l’emprise de la flakka, une nouvelle drogue de synthèse, c’était en mai 2014. Face à la jeune femme, auxiliaire médicale à Boynton, dans le sud de la Floride aux États-Unis, un individu attaché à un brancard est alors traîné à l’intérieur de l’hôpital. Nu, l’homme hurle et tente frénétiquement de se libérer.

“Son corps se contractait brutalement avant de se relâcher, sans arrêt, comme s’il avait une crise d’épilepsie très intense. Mais il essayait juste de se lever du brancard”, se rappelle Liz, qui n’a pas souhaité donner son nom de famille. “Il y avait quatre ambulanciers, qui sont souvent costauds, et cinq personnes de l’hôpital, et même à nous tous, nous ne pouvions pas le contrôler. Il a continué de s’agiter après le premier sédatif qu’on lui a donné, on a dû augmenter la dose.”

Ce comportement violent décrit par Liz est tout sauf surprenant chez les consommateurs de flakka, nom usuel de la drogue synthétique alpha-PVP (alpha-pyrrolidinovalerophenone). La température corporelle, le rythme cardiaque et la pression artérielle s’envolent, poussant nombre d’entre eux à arracher leurs vêtements pour se mettre torse nu, voire se dénuder complètement. “Ils sont dans le même état que des marathoniens pendant une course, mais sans courir”, décrit l’auxiliaire médicale.

Force surhumaine et paranoïa

Les consommateurs de flakka imaginent aussi être traqués. C’est ce que le Dr Nabil el-Sanadi, président du réseau d’hôpitaux Broward Health et l’un des premiers spécialistes de cette drogue, appelle des “illusions paranoïaques de persécution”. Certains de ses patients, décrit-il, ont la conviction qu’ils sont poursuivis par des animaux ou que de simples passants incarnent le diable, qui essaie de les tuer.

L’un d’eux a été filmé courant nu dans une rue bondée, un autre en train d’essayer de s’introduire par effraction dans un commissariat. Ils sont, en outre, dotés temporairement d’une force qui semble surhumaine. Pour la police et le personnel médical, les contenir peut s’avérer dangereux. Sous flakka, un individu que l’on tente de maîtriser se débat comme si sa vie en dépendait. “J’ai vu des gens se déboiter l’épaule sans même s’en rendre compte”, raconte le médecin à France 24.

Tout aussi inquiétant, selon lui, sont les effets de la flakka à long terme, pour l’instant inconnus du monde médical. “Peut-elle causer des psychoses aigues ? Des dommages à la moëlle osseuse ? La déficience de certains organes ? Nous avons déjà observé un cas d’insuffisance rénale chez un consommateur de flakka”, s’alarme le Dr El-Sanadi.

Une folie à 5 dollars

Les racines du mal ont commencé à s’implanter en Floride il y a un an, avant que la situation ne devienne critique en juin. “Nous avons déjà eu 30 morts liés à la flakka sur 10 mois, dans le comté de Broward”, précise le médecin.

Les urgences du comté doivent actuellement faire face à 5 à 10 cas de flakka tous les jours. C’est toujours moins que les 20 à 25 cas en mai et juin. Aujourd’hui, près de 90 % des patients qui consultent pour des problèmes liés à la drogue sont sous l’influence de la flakka. Les 10 % restants concernent les méthamphétamines, la cocaïne et l’héroïne.

Le Dr El-Sanadi, qui s’est mis comme beaucoup à parler d’une “folie à 5 dollars”, étant donné le faible coût de la flakka, explique que si cette drogue s’est d’abord répandue parmi les plus démunis, elle a ensuite grimpé l’échelle sociale pour toucher désormais tous les catégories socio-professionnelles.

“Au début, les gens sous flakka que nous recevions étaient souvent très pauvres et sans abri. Nous pensons que les dealers testaient la nouvelle drogue en la bradant aux gens dont ils savaient qu’ils l’essaieraient, pour en connaître les effets”, explique Joseph Moses, de la DEA (le service fédéral de lutte anti-drogue américain). Interrogé par France 24, le porte-parole redoute que les dealers se tournent désormais vers les adolescents, voire les enfants.

Les vendeurs de flakka ajoutent déjà des colorants orange ou jaune aux doses de flakka, en y ajoutant une étiquette “petites bulles”, prévient le Dr El-Sanadi. “Imaginez : cinq dollars, c’est ce qu’une mère donne à ses enfants comme argent de poche ou pour payer le repas du midi.” Nombreux sont ceux qui, comme lui, craignent que l’épidémie de flakka soit loin d’être endiguée.

“Contrôle d’urgence”

Selon Moses, la flakka – qui tire son nom de l’espagnol “flaca”, femme maigre – est produite en majeure partie en Asie du Sud-Est, notamment en Chine. “Les dealers ou les consommateurs l’achètent souvent en ligne. Les substances chimiques sont ensuite emballées, volontairement mal étiquetées et envoyées aux États-Unis.”

Fabriquée à partir d’alpha-PVP, ce stimulant de synthèse est aussi connu dans la rue sous le nom de “gravier”, à cause d’une texture et d’une couleur semblables. Les consommateurs la sniffent ou la vapotent à l’aide de cigarettes électroniques.

Un agent de la police de Fort Lauderdale, Floride, tient une dose de flakka en juint 2015. © Diego Urdaneta, AFP

Le phénomène flakka est pour l’instant resté concentré dans le sud de la Floride, où le réseau préexistant de dealers et de consommateurs a permis de faciliter l’implantation de cette nouvelle drogue, explique le Dr El-Sanadi. Joseph Moses note toutefois que la DEA a identifié des cas de consommation de cette drogue dans l’Ohio ou le Kentucky, bien loin de la péninsule de Floride.

La flakka est illégale aux États-Unis depuis que la DEA l’a mise sous “contrôle d’urgence” en mars 2014. Depuis qu’ellle est apparue dans le pays, elle a été placée sur une liste de substances interdites. Mais les chimistes du monde entier jouent avec ces interdictions en modifiant la structure moléculaire des drogues pour en faire de nouvelles, pas encore interdites, afin d’éviter les poursuites. “Les chimistes essaient de rester dans une zone de flou juridique”, soupire Moses. “Mais heureusement, nous avons des outils légaux qui nous permettent d’engager des poursuites si nous réussissons à montrer, par exemple, qu’une substance produit les mêmes effets physiologiques qu’une autre interdite.”

france24

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