L’ESSENTIEL

• Menacés d’attentats par un message anonyme, les plus grands circuits de salles de cinéma américains ont décidé hier de déprogrammer The Interview, la comédie de Seth Rogen. Sony a suivi en annonçant l’annulation (ou du moins le report) de la sortie américaine du film, prévue pour le 25 décembre.

• Cela fait plus de trois semaines que Sony Pictures Entertainment, la branche cinéma de la major, est la cible de hackers à l’identité encore inconnue. Les pirates ont volé des téraoctets de données sensibles sur leurs serveurs (mots de passe, e-mails, secrets de production, vidéo de films non sortis au cinéma), et les distillent sur le web.

• Les revendications étaient d’abord floues, mais ils demandent maintenant la déprogrammation complète de The Interview, qualifié de «film terroriste». Moquant le dictateur Kim Jong-un, il a fâché la Corée du Nord plus tôt cette année. Les soupçons se portent sur Pyongyang.

 

14h20. Le monde du cinéma n’est pas le seul affecté par le raid des hackers anti-Sony. Dans les e-mails de responsables de la majors, volés et fuités sur le web, se trouvent également quelques correspondances confidentielles avec des personnes extérieures. Ainsi Evan Spiegel, fondateur de l’application de messagerie Snapchat, ultra-populaire chez les ados, a vu dévoiler tous ses plans stratégiques pour les années à venir… Documents financiers, acquisitions secrètes de start-ups spécialisées dans les QR codes ou les lunettes connectées façon Google Glass… «J’ai eu envie de pleurer toute la matinée», raconte Evan Spiegel à BBC News.

13h. Steve Carrell ne semble pas approuver la décision d’annuler son filmPyongyang, intialement prévu pour mars 2015. «Triste jour pour l’expression créative», a-t-il tweeté, suivi de «La peur dévore l’âme», en référence au titre original du film Tous les autres s’appellent Ali.

Joint par le site Deadline, le réalisateur Gore Verbinski n’est pas de meilleure humeur : «On m’a dit très clairement qu’à cause des problèmes de Sony, la Fox ne distribuerait pas mon film. Et sans distributeur, New Regency doit arrêter la production. Ce que j’en pense : il est ironique que la peur brise une opportunité de raconter une histoire sur notre capacité à surmonter la peur.»

11h40. Et si les premiers spectateurs à découvrir The Interview étaient… les Nord-Coréens ? Selon The Hollywood Reporter, des militants pour les droits de l’Homme comptent envoyer dans le pays la comédie satirique sur DVD, transportée par ballons d’hydrogène. La technique est éprouvée pour envoyer en Corée des postes radio et d’autres objets hautement subversifs. Seul bémol : si le film ne sort pas en salle, le DVD n’est pas près de voir le jour non plus.

10h55. Il reste encore quelques exploitants n’ayant pas froid aux yeux… Le programmateur du cinéma Alamo Drafthouse, à Richardson au Texas, remplaceraThe Interview par un autre film sur la Corée du Nord sur ses écrans. Et l’heureux élu risque d’être encore plus corrosif, puisqu’il s’agit de Team America, police du monde, un long-métrage en marionnettes par les créateurs de South Park. «On essaye juste de tirer le meilleur parti de cette situation fâcheuse», explique l’exploitant, James Wallace.

10h. Peu considérée jusqu’à présent, la piste nord-coréenne reprend du poil de la bête. Mercredi soir, de nombreuses chaînes d’info américaines (NBC, CNN…) annonçaient avoir confirmation que Pyongyang se cache derrière l’attaque informatique de Sony et les menaces autour du film. Le New York Times embraye ce jeudi matin : «Les autorités ont conclu que la Corée du Nord occupe une place centrale dans le hacking de Sony Pictures.» Après enquête de la division cybersécurité du FBI, il s’avérerait donc que Pyongyang a piloté l’attaque, peut-être à défaut d’en être l’exécutant. «Il y a toujours débat sur une éventuelle complicité interne à Sony, qui aurait eu accès au parc informatique.» Une autre question épineuse porte sur la future réaction officielle de l’administration américaine.

9h30. La psychose se répand dans l’industrie du cinéma. Bien qu’épargnée par les menaces d’attentats, la société de production New Regency a mis en pause son propre projet de film sur la Corée du Nord, révèle The Warp. Pyongyang est une adaptation de la bande dessinée de Guy Delisle, réalisée par Gore Verbinski et dont Steve Carrell aurait eu le rôle principal. Autobiographique, la BD raconte le bref séjour de Guy Delisle dans la capitale nord-coréenne, où il avait pour mission de superviser la réalisation sous-traitée de dessins animés. La sortie du film était prévue pour mars 2015.