07042020Headline:

Ahoussou Jeannot en dans l’Ouest, le fiasco de la campagne du RHDP

L’ex-Premier ministre, actuel président du Sénat, Jeannot Ahoussou-Kouadio, le dernier des hauts cadres du PDCI-RDA à virer au RHDP et l’un de ceux qui s’attaquent le plus au parti qu’ils ont quitté, était à l’ouest dans la région du Cavally du 12 au 14 février. Avec le manteau de président du Senat, il a habilement habillé sa visite politique en une visite républicaine qu’il a effectuée avec les moyens de l’Etat, dont un hélicoptère de la police nationale, des détachements de la police…

Après le passage du Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly du 3 au 4 octobre 2019 dans la région du Cavally où il n’a pu lancer les travaux pour lesquels il y était, c’était au tour de Jeannot Ahoussou, président du Sénat, d’aller dans cette région du Cavally pour battre campagne, à travers une opération de charme mal cousue.

C’était tout sauf une visite républicaine, encore moins une mission d’Etat. C’est pourquoi, n’a été invité aucun élu d’un autre bord en dehors de ceux du RHDP. Mais même beaucoup des élus du RHDP n’étaient pas présents pour des raisons qu’ils donneront un jour. Mme Madeleine Oulai (députée de Bloléquin), Séverin Baillet (maire de Guiglo), Hervé Sérodé (député de Guiglo commune), Kahiba Lambert (député de Toulépleu) étaient absents à l’accueil et à l’accompagnement de Jeannot Ahoussou.

Cette visite politique avait au menu, entre autres : une audience avec les chefs coutumiers Wê, une rencontre avec la communauté Baoulé et les autres communautés, une escale à Tinhou sur la tombe du ministre Dagobert Banzio, une étape à Tuambly pour une cérémonie de réconciliation à travers les masques…

A chacune des étapes, le président du Senat, plutôt membre du directoire du RHDP, a eu à tenir un discours loin des préoccupations des populations mais bien un discours de propagande pour le RHDP, un discours fait de promesses pour essayer de convaincre ces populations affligées de suivre le RHDP et de lui donner leurs voix en octobre 2020. Mais la mayonnaise était loin de prendre.

Il est allé sur la tombe du ministre Dagobert Banzio où il s’est incliné. Cette action a été bien appréciée par les parents du défunt, surtout qu’Ahoussou était déjà à l’enterrement le 14 octobre 2017. Mais c’est le message qu’il a donné qui laisse perplexe. En effet, celui avec qui Banzio aura plus travaillé a dit aux parents de sécher les larmes et que le régime RHDP de Ouattara fera tout pour que cette famille soit …

Alors même qu’après les obsèques, la famille Banzio, en 2017, était allée remercier Ahoussou Jeannot pour sa présence et lui a dit que Banzio n’étant plus là, elle se confiait à lui. Dans sa réponse, il s’est demandé ce qu’il pouvait faire pour cette famille si le pouvoir pour lequel Banzio s’est tant sacrifié n’a pas fait grand-chose quand ce dernier luttait contre la maladie qui l’a finalement emporté. Cette réponse n’a pas manqué de glacer le sang de la famille Banzio.

D’où vient-il que ce même Ahoussou promette aujourd’hui de veiller à sécher les larmes de la famille Banzio ? Certainement l’approche des élections, la campagne pour qui connait l’influence de Banzio dans cette partie du pays. A Tuambly, la réconciliation pour laquelle il est allé avait été déjà faite. Banzio l’a lancée, le délégué Flan Téhé et bien d’autres l’ont parachevée. Aller encore pour la même chose n’est sans doute pas mauvais, mais aussi pas fortuit. A cause de la campagne.

Par ailleurs, l’ex-président des élus et cadres PDCI du grand centre a rencontré la communauté Baoulé à un moment où justement sur recommandation du ministère des Eaux et Forêts (donc du gouvernement RHDP), des dizaines de milliers de paysans Baoulé ont été déguerpis sans ménagement, ni possibilité de recasement de leurs villages et campements en perdant tout.

Mais le président du Sénat n’en dit pas un mot, tout comme il n’a nullement dit un mot sur le coût des produits qui périclite. La question de ces hommes et femmes est simple : seraient-il déguerpis ainsi s’ils avaient ouvertement dit leur adhésion au RHDP ? Une façon de dire que ce sort est réservé à ceux des paysans qui sont soupçonnés d’être des électeurs de l’opposition.

Le numéro 5 du régime RHDP a dit qu’ils allaient donner des moyens aux leaders communautaires Wê, Baoulé et autres pour qu’ils sillonnent les contrées pour parler de paix. « J’ai demandé aux chefs Wê de s’adjoindre les chefs Akan afin que cette tournée soit reprise et amplifiée étant donné qu’avec Madame la ministre, nous allons leur donner les moyens pour aller porter ce message de paix auquel tient le président Alassane Ouattara… », a-t-il dit à la fin.

Il ne s’agit pas de donner les moyens pour faire de simples tournées, mais bien de créer les conditions d’une paix, d’une cohésion entre les communautés. Et Ahoussou n’en a pas fait cas. Pour lui, tout est bien, alors qu’aujourd’hui, les problèmes d’occupations anarchiques des terres par des allochtones qui ne sont pas inquiétés se sont accrus.

Le problème de Goin Débé qu’on avait pris des semaines à chercher à régler, et pour lequel il était allé dans le Cavally en 2017, ressurgit progressivement, mais le patron du Sénat n’en a pas fait cas. Dans l’interview qu’il a donnée à la fin de son séjour, le patron du Senat a dit, en autres :

 « Je veux dire à nos frères du Grand Ouest de demeurer sereins et de regarder positivement la Côte d’Ivoire. Si nous devons aller dans le passé, la rébellion a commencé dans le grand Centre et avec nos frères, Jean Claude Kouassi, Allah Kouadio, nous sommes mis ensemble pour parler à nos parents et leur dire de ne pas répondre aux armes par les armes. Si quelqu’un vient chez vous, s’il est armé, si vous lui donnez la bonne parole, il va laisser tomber son fusil… Pour le Grand Ouest qui a été profondément endeuillé dans ses entrailles, qui a connu les affres de la guerre, qui a connu le déplacement de ses enfants partout sur le territoire national, dans les pays voisins, en Guinée, au Liberia, cette belle région a besoin aujourd’hui de paix… Je veux lancer le message de paix pour leur dire d’aller à la cohésion, d’écouter leurs leaders politiques ».

Le message de Paix, ce sont les fils de l’ouest que l’ont, le premier, donné. Les populations qui ont subi la guerre, qui ont abandonné tout pour fuir, ont été surprises de constater qu’elles ne sont plus maîtres de leurs terres et forêts, une fois revenues. Envahies qu’elles sont par des hommes venus d’ailleurs qui se sont installés de façon anarchique et souvent en défiant l’administration.

Si ces peuples de l’ouest contre mauvaise fortune font bon cœur, et au nom de la Paix, ils prônent et vivent la cohésion, il appartient aux gouvernants de trouver des solutions pour permettre à tout le monde de vivre en harmonie dans le respect des droits et devoir de chacun. Que propose Ahoussou sur ce chapitre ? Absolument rien. Il constate que « des ex-combattants se sont retrouvés convertis en ambassadeurs de la Paix », ce qui est une excellente chose. Par contre, d’autres ex-combattants sont mis aux arrêts sur simple dénonciation et croupissent toujours dans les prisons.

Le discours de Ahoussou est loin d’avoir rassuré ces populations de l’ouest qui, visiblement, ont d’autres préoccupations, dont il n’a même pas parlé. Elles veulent la paix définitive qui passe par le respect des droits de chacun, par la justice équitable, par la fin des conflits fonciers, par la sécurité, par des élections propres… Mais, Ahoussou n’a pas dit mot de tout ceci. De fait, sa campagne n’a pas pris, car il a trouvé des populations qui ont d’autres priorités.

.africanewsquick.net

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