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Algérie-Espagne : quelles conséquences après la rupture du traité d’amitié ?

Madrid prépare une riposte ferme pour défendre ses intérêts et ceux des entreprises espagnoles après la décision d’Alger de suspendre le traité d’amitié avec le royaume et de geler toutes les opérations bancaires.


L’Algérie a promis de sanctionner l’Espagne après son revirement sur la question du Sahara
 le 18 mars. El-Mouradia est passé à l’action le 8 juin en annonçant la suspension immédiate du traité d’amitié et de bon voisinage conclu avec l’Espagne en octobre 2002. Deux mois et demi après la décision de Madrid de soutenir le plan d’autonomie marocain, Alger ne digère toujours pas ce qu’il considère comme un lâchage et une trahison.

Dans la foulée de l’annonce, toutes les opérations bancaires depuis et vers l’Espagne ont été suspendues. Le 9 juin, l’Association des banques et des établissements financiers (ABEF) a adressé une note aux directeurs des banques et des établissements financiers pour procéder au gel des domiciliations bancaires des opérations de commerce extérieur de produits et services depuis et vers l’Espagne à compter de ce jour-là. En clair : le commerce entre les deux pays est à l’arrêt. En revanche, les livraisons de gaz vers l’Espagne ne sont pas concernées par cette escalade.

Signé à Madrid le 8 octobre 2002 en présence du Premier ministre espagnol José Maria Aznar et du président Abdelaziz Bouteflika, le traité d’amitié et de bon voisinage vise à renforcer le dialogue politique entre les deux pays, le développement de la coopération dans les domaines économique, financier, éducatif, ainsi que dans celui de la défense.

Il prévoit également le renforcement de la coopération entre les forces armées des deux pays, l’organisation d’exercices et de stages conjoints, et la coopération dans la lutte contre le crime organisé et le terrorisme, conformément aux résolutions des Nations unies.

Lors de sa signature, la question du Sahara occidental a évidemment été abordée. Les propos du président algérien et du chef du gouvernement espagnol ont aujourd’hui une résonance particulière.

Ce jour-là, le chef de l’État algérien affirme que l’Espagne, ancienne puissance coloniale, a un rôle « déterminant » à jouer dans le règlement du conflit, d’autant qu’elle allait siéger au Conseil de sécurité de l’ONU à partir de janvier 2003. Abdelaziz Bouteflika ajoute que l’Algérie et l’Espagne sont pour « l’autodétermination » du peuple sahraoui. Réponse de José Maria Aznar : la position de Madrid sur cette question repose, depuis 1976, sur le respect des décisions de l’ONU.

« Nous analysons la portée et les conséquences nationales et européennes de cette mesure de manière sereine et constructive, mais aussi avec fermeté pour défendre l’Espagne et les intérêts des Espagnols et des entreprises espagnoles », a déclaré le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares.

Bien qu’elle exclut pour le moment que la décision algérienne affecte les accords sur le gaz, Teresa Ribera, ministre de la Transition écologique, menace de recourir aux arbitrages devant les tribunaux internationaux dans le cas où Sonatrach décidait de rompre le contrat qui court jusqu’en 2032.

Une source espagnole citée par le quotidien national El Pais indique que « le gel unilatéral des échanges avec l’Espagne pourrait violer l’accord euro-méditerranéen de 2005 ». La suspension par Alger du traité avec Madrid pourrait donc conduire les autres pays européens à préparer une riposte commune pour amener les Algériens à revenir sur leur décision ou du moins à engager le dialogue.

La Commission européenne demande aux autorités algériennes de reconsidérer leur décision et de privilégier le dialogue avec l’Espagne. « Nous sommes inquiets et nous demandons à l’Algérie de revenir sur cette décision », a déclaré Éric Mamer, porte-parole de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Nabila Massrali, porte-parole de la Commission européenne des Affaires étrangères, souligne elle aussi l’urgence du dialogue. « La décision de l’Algérie de suspendre le traité d’amitié et de bon voisinage signé avec l’Espagne en 2002 est extrêmement préoccupante et nous souhaitons que les autorités algériennes révisent cette décision », a-t-elle martelé.

Les chances d’une concertation entre Alger et Madrid étant à ce stade quasiment nulles, la Commission européenne fait montre de sa disponibilité pour jouer les médiateurs et fournir « toute l’assistance nécessaire » pour renouer les fils du dialogue.

Celui-ci est d’autant plus urgent que la suspension du traité affecte l’ensemble des pays de l’Union européenne (UE). En 2020, les échanges commerciaux entre l’Algérie et l’UE ont atteint 28,52 milliards d’euros (contre 38,16 milliards en 2019, avant la pandémie). L’Algérie est liée à l’UE par un accord d’association signé le 22 avril 2002 et entré en vigueur le 1er septembre 2005. Cet accord peut-il être remis en question par cette suspension ? Il est encore trop tôt pour l’affirmer.

Économiquement, la décision est lourde de conséquences des deux côtés de la Méditerranée. Cinquième fournisseur de l’Algérie, derrière la Chine, la France, l’Italie et l’Allemagne, l’Espagne retire plus de 2 milliards d’euros de ses exportations vers le premier marché maghrébin. L’Espagne est aussi le troisième client mondial de l’Algérie avec 2,3 milliards d’euros, essentiellement consacrés au paiement de la facture de gaz.

Aussitôt annoncée, la décision du gel des domiciliations a créé un vent de panique chez les importateurs algériens. Lourdement impactés par la pandémie et la suspension des liaisons aériennes et maritimes, certains envisagent déjà de mettre la clé sous la porte. Les entreprises espagnoles qui exportent principalement machines, appareils électriques, papiers combustibles et matériaux en plastique redoutent également l’impact financier sur leurs échanges avec les partenaires algériens.

Plus de 4 600 opérateurs espagnols pourraient donc subir de plein fouet les conséquences de cette suspension et du gel des opérations bancaires. La filière espagnole de l’exportation de bétail, par exemple, affiche déjà une perte de 66 millions d’euros à la suite de l’interdiction des importations de viande espagnole décrétée par les autorités algériennes en avril.

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