06212024Headline:

Détournement: Les graves accusations d’un cadre du RHDP contre son propre camp

Dans les arcanes du pouvoir ivoirien, les tensions internes et les conflits de loyauté ne cessent d’alimenter les polémiques. Dernier épisode en date : les accusations explosives portées par Joël N’Guessan, ancien ministre des Droits de l’Homme et membre éminent du Conseil politique du RHDP, le parti au pouvoir, à l’encontre de certains de ses propres compagnons de route.

Lors d’une interview accordée à une Web Tv le 18 avril 2024, l’ancien ministre n’a pas hésité à pointer du doigt ses propres compagnons politiques, accusant ouvertement certains cadres influents au sein du gouvernement de complicité dans des actes répréhensibles.

L’histoire remonte à quelques années, lorsque Joël N’Guessan, alors président du Comité de gestion du Fonds de Développement de la Formation Professionnelle (FDFP), a décidé de suspendre Ange Léonid Barry Battesti, ex-secrétaire général du même fonds. Cette décision intervenait à la suite d’un rapport d’audit mettant en lumière des pratiques de mal gouvernance et des dysfonctionnements alarmants au sein de l’organisation.

« Ange Barry-Battesti a été nommé sur ma recommandation d’ailleurs, a révélé Joël N’Guessan. Mais qu’est-ce que j’ai vu et constaté ? C’est que sa nomination a été accompagnée du fait que c’est lui qui avait le pouvoir des signatures sur les comptes. Et en un temps record, en moins de deux ans, l’inspection générale d’État vient faire un audit. Il y a près de quatre milliards qui sont partis. Alors, j’ai dit non, il ne peut pas rester. Je l’ai suspendu ».
Une décision qui aurait déplu aux « mentors » de M. Barry-Battesti, notamment l’ex-Premier ministre Achi Patrick et le ministre du Patrimoine, du Portefeuille de l’État et des Entreprises publiques, Moussa Sanogo. Ces derniers auraient, selon M. N’Guessan, fait pression sur le président de la République pour obtenir sa suspension ainsi que celle de Battesti.

« Je ne leur en veux pas, mais seulement ce que je fais remarquer, c’est que quelqu’un dit : ‘’au voleur !’’, et on lui répond : ‘’non, vous deux, puisque tu as crié aux voleurs, on vous suspend’’. (…) J’ai porté plainte au niveau de la police économique et financière. J’ai même tous les rapports. Mais malheureusement, ça n’a pas donné de suites », a regretté Joël N’Guessan, déplorant l’absence de réaction des autorités compétentes face aux preuves tangibles de corruption. « Quand les gens ont volé, et qu’on a les preuves palpables, et qu’on ne les traduit pas en justice, c’est comme si on encourageait la corruption », a-t-il martelé.
« Cette affaire de corruption, c’est ça qui ternit un peu notre image (l’image du parti au pouvoir) », a aussi admis N’Guessan, citant les chiffres alarmants avancés par le ministre Zoro Bi Épiphane sur l’ampleur des détournements de fonds en Côte d’Ivoire. « C’est près de 1200 milliards, voire 1400 milliards, qui sont liés à la corruption chaque année en Côte d’Ivoire. Ça veut dire pratiquement le 10ᵉ de notre budget ».

Le ministre Moussa Sanogo a de son côté réagi avec fermeté aux accusations portées contre lui dans une déclaration publique le 14 mai. Il a souligné les progrès réalisés par le pays dans la lutte contre la corruption, rappelant que la Côte d’Ivoire a gagné 31 places sur l’indice de perception de la corruption de Transparency International.

Concernant les accusations spécifiques, Sanogo a nié toute connaissance préalable d’Ange Léonid Barry Battesti avant sa nomination au FDFP. Il a également souligné que les nominations et cessations des activités des responsables de structures publiques suivent des règles strictes, régies par la loi. Il a déploré les décisions unilatérales de Joël N’Guessan, président du Conseil de Gestion du FDFP, qui auraient enfreint les procédures en vigueur.

Le ministre a par ailleurs rappelé le devoir de réserve des hautes fonctions publiques, soulignant l’importance de respecter ce principe pour préserver l’image du pays.

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