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Mali : un responsable politique dit ses vérités à la CEDEAO


Jeamille Bittar, porte-parole du mouvement M5RFP et président du mouvement citoyen pour l’alternance, le travail et la transparence au Mali n’a pas retenu ses coups contre la CEDEAO qui a justifié ses sanctions par l’illégitimité de la junte militaire malienne. « Où était la CEDEAO quand Alassane Ouattara briguait le troisième mandat ? », a-t-il demandé.
Alors que les jeunesses africaines, à l’appel de Kémi Seba, se mobilisent pour le Mali, il ne fallait surtout pas se hasarder à justifier les sanctions économiques, financières et commerciales de la CEDEAO contre Bamako par le fait que la junte militaire au pouvoir est issue d’un coup d’état. Parce qu’en ce moment-là, Jeamille Bittar, le porte-parole du mouvement M5RFP et président du mouvement citoyen pour l’alternance, le travail et la transparence au Mali vous renvoie rapidement dans les cordes en rappelant les trahisons de cette communauté en Côte d’Ivoire où Alassane Ouattara a été, en octobre 2020, candidat à un troisième mandat interdit par la Constitution.
« Qu’est-ce que vous appelez « suffrage populaire » ? Quand Alassane Dramane Ouattara arrive à faire un troisième mandat et qu’il est applaudi par ses pairs complices et même éventuellement la France et qu’il a torpillé, justement, la Constitution… La CEDEAO était où ? Vous pensez qu’on peut nous faire des leçons de démocratie, aujourd’hui ? Quand c’est la France qui vient déloger Laurent Gbagbo pour qu’Alassane puisse venir au pouvoir, vous pensez que c’est cela, la démocratie, également ? », a interrogé le leader malien.
Si tous les exemples sont volontairement ivoiriens, c’est pour dénoncer l’activisme anti-junte du président Alassane Ouattara. Et puisqu’il agace désormais plus que de raison les autorités maliennes, Ben Souk, un proche de Guillaume Soro qui avait été arrêté en exécution du mandat d’arrêt international du gouvernement ivoirien a été libéré sans autre forme de protocole. Si les maîtres du Mali sont élevés sur un piédestal par l’opinion publique africaine, élus ou pas, c’est avant tout parce qu’ils ne peuvent raisonnablement recevoir de leçons de la CEDEAO où il y a soit des mal élus soit des dirigeants qui empêchent l’expression des suffrages et emprisonnent leurs peuples qu’ils tiennent par la crosse d’une arme.
La colère des Africains
C’est aussi parce que l’ombre de la France, en arrière-plan est encore trop voyante dans ces sanctions économiques brutales. Emmanuel Macron ne s’est en effet jamais embarrassé de circonvolutions diplomatiques pour parler des dirigeants maliens qu’il accuse d’être issus de deux coups d’Etat. C’est d’ailleurs son empressement à voir les militaires maliens organiser les élections présidentielles en dépit de la situation sécuritaire du pays encore divisé entre un nord occupé par les terroristes et l’autre par le gouvernement, qui exaspère des millions d’Africains comme le chef de la diplomatie algérienne,Ramtane Lamamra. Ce dernier, dans un langage dépouillé a dit se tenir aux côtés du Mali dans cette épreuve avant de rappeler qu’aucune attitude néocoloniale ne sera tolérée en Afrique.
En tant que pays africain fortement attaché à notre indépendance nationale, nous nous tenons aux côtés du Mali frère et nous rappelons à qui veut bien nous entendre, et entendre la voix de la raison, que l’Afrique, qui est le berceau de l’humanité, est également le tombeau du colonialisme et du racisme.
L’Algérie n’est pas membre de la Communauté des états de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et, pour cette raison, n’est pas concernée par l’exécution des sanctions économiques, financières et commerciales infligées au Mali depuis le dimanche dernier.
Journée internationale de protestation
Dans un communiqué publié à l’issue du sommet extraordinaire sur le Mali qui s’est tenu le 9 janvier à Accra, la CEDEAO a en effet décidé de fermer les frontières terrestres et aériennes entre les pays de la CEDEAO et le Mali ; de suspendre toute transaction commerciale entre les pays de la CEDEAO et le Mali, exception faite des produits pharmaceutiques et médicaux ; le gel des avoirs de la République du Mali dans les banques centrales et commerciales de la CEDEAO ; enfin, de suspendre le Mali de toute assistance financière des institutions financières de la CEDEAO.
Le sommet estime que certaines forces politiques maliennes qu’il n’a pas nommées n’ont pas pris part aux assises populaires au cours desquelles a été votée une nouvelle durée de la transition de 6 mois à 5 ans. La CEDEAO estime que le chronogramme proposé par la junte militaire n’est pas acceptable pour cette raison.
Mais depuis la publication de ces sanctions, le pouvoir malien bénéficie d’un fort courant de sympathie à travers l’Afrique. Le leader d’Urgences panafricanistes, Kémi Séba, a déjà donné le ton en annonçant l’organisation, le 22 janvier prochain, d’une journée internationale de protestation dans les différents pays de l’Union ainsi que dans les diasporas. En attendant, les forces patriotiques maliennes organisent, ce vendredi, un grand mouvement de protestation contre les sanctions de la CEDEAO.
Autre soutien, celui de l’Algérie et de la Mauritanie qui promettent de servir d’ouverture sur la mer aux échanges du pays. Quant à la junte militaire guinéenne, elle a déclaré ne pas se sentir concernée par les sanctions de la CEDEAO auxquelles elle dit n’avoir pas pris part.

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