05212022Headline:

Sénégal :Macky Sall n’a toujours pas nommé son Premier ministre

Plus de deux mois après son rétablissement par l’Assemblée nationale, le poste de chef de gouvernement reste vacant. Si les uns invoquent un souci de timing, des questions demeurent sur le casting.

Qu’attend Macky Sall pour nommer son nouveau chef de gouvernement ? Après avoir été supprimée par le président sénégalais en 2019, cette fonction a été rétablie par l’Assemblée nationale le 10 décembre dernier. Mais plus de deux mois après, si le Landerneau politique dakarois bruisse de rumeurs sur l’identité du possible futur Premier ministre, le siège reste toujours vacant. Au sein de l’entourage présidentiel, plus personne n’ose désormais avancer la moindre date de nomination.

« Tous les cabinets ministériels sont en attente. Et on sent que le stress monte, glisse un diplomate sénégalais. Il y a deux semaines, le président avait demandé aux ministres de gérer les affaires courantes. Mais depuis, plus rien. Cela a un fort impact sur le fonctionnement du pays. » Un cadre de Benno Bokk Yakaar (BBY), la coalition au pouvoir, avoue ne « pas savoir pourquoi la nomination n’a pas été faite ». « C’est certainement lié à l’agenda chargé du président », suppute-t-il.

Depuis le début de l’année, plusieurs dates ont été évoquées. Des sources au sein de l’Alliance pour la République (APR, parti présidentiel) ont d’abord parlé du 9 février, jour de conseil des ministres. Un visiteur du soir de la présidence a ensuite avancé une probable nomination « entre le 13 et le 15 février », au retour de Macky Sall d’Addis-Abeba, où il venait de prendre les rênes de la présidence de l’Union africaine lors du 35ème sommet de l’organisation.

C’est d’ailleurs par les nécessités imposées par cette présidence de l’UA que le chef de l’État a justifié sa décision de revenir sur la suppression du poste de Premier ministre. Un retour « tout à fait rationnel », a-t-il affirmé au micro de RFI et France 24 le 8 décembre. « Ce mandat de l’Union africaine, je compte le prendre à bras-le-corps. Et cela va me prendre beaucoup de temps. Avec toutes ces crises annoncées [sur le continent], je ne pourrai pas m’occuper au quotidien du Sénégal. Or le Sénégal, il faut s’en occuper au quotidien ». En mai 2019, lorsqu’il avait décidé de se passer de la primature, le président avait mis en avant sa volonté de gouverner sur le mode « fast-track ». « Quand on aspire à l’émergence et qu’on est tenu par l’impératif du résultat, l’urgence des tâches à accomplir requiert de la diligence dans le travail. Ce qui doit être fait aujourd’hui ne peut être remis à demain », argumentait-il alors.

Les diverses prédictions autour de la nomination du nouveau chef de gouvernement ne se sont finalement pas vérifiées. Le retour de Macky Sall d’Éthiopie a coïncidé avec la victoire des Lions de la Teranga à la Coupe d’Afrique des nations (CAN), le 6 février dernier. Cette première étoile accrochée au maillot des Sénégalais à l’issue d’une finale âprement disputée face aux Pharaons égyptiens a déclenché une vague d’euphorie inédite dans le pays. Le président sénégalais, qui a décrété le lundi suivant le match « férié, chômé et payé », a bouleversé son agenda, annulant à la dernière minute une visite prévue aux Comores pour accueillir les joueurs à Dakar.

Quelques semaines après les locales, marquée par la défaite de la coalition au pouvoir dans plusieurs grandes villes, le chef de l’État pouvait difficilement se priver de ce rare moment de communion nationale. « Il était prévu que la nomination du Premier ministre intervienne à l’issue du scrutin. Mais les résultats obtenus par le camp présidentiel étaient en deçà des attentes. Cela a tout chamboulé. Le timing n’était pas non plus parfait après la victoire des Lions. Il était difficile d’imaginer procéder à un remaniement, de remercier une partie des ministres, alors que le pays était entier était tout à sa joie », avance notre diplomate.

Dix jours après le sacre de l’équipe nationale, l’émotion est retombée. Mais le Sénégal n’a toujours pas de Premier ministre. En attendant l’annonce, la machine à spéculations et rumeurs s’est donc remise en marche, à plein régime. Parmi les noms cités avec le plus d’insistance, celui d’Aminata Niane. Cette technocrate, qui occupe depuis 2013 un poste de conseillère à la Banque africaine de développement (BAD) après avoir créé et dirigé l’Agence pour la promotion des investissements et grands travaux (APIX), n’est cependant pas la seule personnalité « première-ministrable ».

Macky Sall pourrait en effet choisir, dans la perspective des législatives de juillet prochain, un Premier ministre au profil beaucoup plus politique. Le nom d’Amadou Bâ, ancien ministre de l’Économie et des Finances, puis des Affaires étrangères a ainsi été avancé, tout comme celui d’Amadou Hott, actuel ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale. Mais ce dernier a été défait lors des locales à Yeumbeul-Sud, une commune d’arrondissement de Pikine, dans la banlieue de Dakar.

Macky Sall a-t-il déjà fait son choix ? Si c’est le cas, le futur Premier ministre va tout de même devoir patienter quelques jours avant que sa nomination soit annoncée. Le président sénégalais s’est envolé le 15 février pour Marbourg, en Allemagne, où il a visité l’usine de production de vaccins de la firme pharmaceutique BioNTech. Le président sénégalais est attendu ce mercredi à Paris pour y rencontrer Emmanuel Macron, qui assure la présidence du Conseil de l’Europe, dans le cadre des consultations préparatoires au sommet Union européenne – Union africaine, qui doit se tenir du 17 au 18 février à Bruxelles. À son retour à Dakar, Macky Sall doit en outre inaugurer le stade olympique de Diamniadio, le 22 février. Et beaucoup pensent qu’aucune annonce n’interviendra avant cela…

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