07022022Headline:

Tentative de coup d’État déjouée au Mali, flou total sur la procédure judiciaire

Il y a presque dix jours, les autorités de transition maliennes avaient annoncé avoir déjoué une tentative de coup soutenue par un « État occidental ». Le gouvernement de Bamako s’était alors engagé à mettre les personnes arrêtées à la disposition de la justice. Depuis, plus aucune communication officielle. Le flou le plus total règne autour de cette tentative de putsch présumée et de son traitement judiciaire.

Le 16 mai dernier, par communiqué, les autorités maliennes expliquaient qu’un « groupuscule d’officiers et de sous-officiers anti-progressistes maliens », « soutenus par un État occidental », avait tenté de renverser le régime dans la nuit du 11 au 12 mai. Elles avaient annoncé des interpellations.

Le lieutenant-colonel Amadou Keïta est le plus gradé des présumés putschistes arrêtés. C’est ce qu’ont confirmé plusieurs sources judiciaires, ainsi que des responsables du Conseil national de transition. En tant que membre lui-même du CNT, le lieutenant-colonel Keïta bénéficie d’ailleurs de l’immunité parlementaire habituellement dévolue aux députés.

Le règlement intérieur du CNT prévoit que seule une commission ad hoc, « dont la taille et la composition sont fixées par la plénière », peut lever cette immunité, après audition de l’intéressé. Un élément que devra prendre en compte le juge d’instruction en charge du dossier, s’il en a bien été saisi.

Communiqué publié le 16 mai par les autorités de Bamako, dénonçant une tentative avortée de coup d’État qui aurait été menée par un « groupuscule d’officiers et de sous-officiers anti-progressistes maliens », « soutenus par un État occidental».
Communiqué publié le 16 mai par les autorités de Bamako, dénonçant une tentative avortée de coup d’État qui aurait été menée par un « groupuscule d’officiers et de sous-officiers anti-progressistes maliens », « soutenus par un État occidental». © Facebook / Matdmali

Selon plusieurs sources judiciaires maliennes concordantes, sept officiers et sous-officiers auraient été présentés le mardi 17 mai devant le tribunal de la Commune VI de Bamako, avant d’être placés sous mandat de dépôt.

Le dossier aurait été confié à un juge d’instruction du pôle judiciaire spécialisé antiterroriste, un point que le procureur du tribunal de la Commune VI et le juge d’instruction concerné au pôle antiterroriste démentent respectivement, sans autre forme de précision. Sollicitées par RFI, les institutions judiciaires officielles, dont le ministère de la Justice, n’ont pas donné suite.

À ce jour, depuis le communiqué initial, l’unique précision apportée par les autorités de Bamako est un démenti sur le fait que l’arrestation d’un combattant de la CMA – les ex-rebelles signataires de l’accord de paix de 2015 – serait liée à la tentative de putsch. En dehors de ce démenti, rien depuis l’annonce fracassante faite le lundi 16 au soir sur les ondes de l’ORTM, la télévision d’État au Mali.

Magistrats, politiques, défenseurs des droits humains… Nombreux sont ceux qui questionnent ce silence des autorités : une instruction judiciaire a-t-elle réellement été ouverte ? Si oui, à qui est-elle confiée ?

Il y a dix jours, le communiqué gouvernemental affirmait que la traque d’éventuels complices se poursuivait. Combien de personnes ont-elles finalement été arrêtées, et peut-être inculpées, à ce jour ? Où sont-elles détenues ? Factuellement, les autorités maliennes n’ont toujours rien révélé des actes posés, dans cette mystérieuse nuit du 11 au 12 mai, par les putschistes présumés. Les faits qui leur sont reprochés n’ont jamais été communiqués.

Un silence qui ne manque pas d’alimenter les doutes de nombreuses sources judiciaires et politiques maliennes, qui ne croient pas dans la réalité de cette tentative de coup d’État, et estiment qu’il s’agit essentiellement d’une purge destinée à étouffer des voix dissidentes au sein de l’armée.

Aucune précision n’a d’ailleurs été communiquée non plus sur le rôle qu’aurait joué dans cette tentative de coup, selon le communiqué gouvernemental du 16 mai, un « État occidental ». De quel État s’agit-il ? Quel « soutien » a-t-il apporté ? La France n’a pas été citée, mais elle est la cible récurrente des autorités maliennes de transition. En février dernier, le Premier ministre de transition Choguel Maïga avait d’ailleurs déjà accusé l’ambassadeur de France de planifier le renversement du gouvernement malien, sans fournir davantage d’éléments.

Au total, c’est la quatrième fois que les autorités maliennes de transition dénoncent des tentatives de coup d’État. En décembre 2020, l’ex-Premier ministre Boubou Cissé et l’animateur radio Ras Bath, entre autres, avaient été inculpés pour ce motif avant d’être blanchis, quatre mois plus tard, par la justice malienne.

Le dernier cas concerne l’ancien secrétaire général de la présidence, Kalilou Doumbia, l’ancien chef des services de renseignement, le colonel-major Kassoum Goïta, et quatre autres co-accusés. Tous ont été officiellement inculpés en novembre dernier après avoir, pour certains, passé plusieurs semaines dans les geôles de la Sécurité d’État (les services maliens de renseignement), en dehors de tout cadre légal. Leurs avocats ont dénoncé des actes de torture particulièrement violents. Les six hommes sont toujours en détention et attendent d’être jugés.

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