05262017Headline:

Côte-d’Ivoire :Le cardinal Kutwa autorise une messe d’action de grâce pour l’ex grand-maitre Franc-maçon

La polémique née en Côte-d’Ivoire du refus de l’Eglise catholique d’accorder des obsèques catholiques (messe de requiem) à Magloire Clotaire Coffie, ex grand-maître des francs-maçons et a son frère Michel Georges Ghorayeb, tous deux tués tragiquement dans un accident de voiture le 29 janvier dernier, divisent toujours l’opinion.

Le site français chrétien, La-croix.com qui a pu interroger le chargé de communication du cardinal Kutwa et d’autres responsables catholiques fait le récit suivant.

(…) Le P. Augustin Obrou, chargé de communication du diocèse d’Abidjan confirme le refus du cardinal Kutwa d’autoriser des obsèques catholiques pour les deux francs-maçons : « On ne peut pas être franc-maçon et catholique à la fois. Le fait que les deux défunts allaient à l’église n’y change rien. »

Mgr Ziad Sacre, curé de la Mission libanaise catholique d’Abidjan a suivi le cardinal Kutwa dans cette décision. Seule concession faite par l’Eglise catholique : les prêtres de la paroisse Notre-Dame de Bietry célébreront une messe d’action de grâce pour Magloire Clotaire Coffie, le dimanche 12 février. « Les messes d’action de grâce peuvent être dites pour n’importe qui », explique le P. Serge Lorougnon, jésuite. « Quelle que soit la religion du défunt, sa famille peut demander une telle messe. » (…)

Peut-on être chrétien et franc-maçon?

La récente démission demandée par Rome à l’encontre du curé de Megève (73) appartenant à une loge du Grand Orient de France nous invite à nous interroger. Que dit l’Église à propos de la franc-maçonnerie ? Relisons le cas de conscience rédigé par le jésuite Étienne Perrot.

Sollicité par un ami qui l’invite à entrer dans sa Loge, un chrétien s’interroge : peut-on être chrétien et franc-maçon?

Non ! répondait le cardinal Ratzinger, le 26 novembre 1983, alors qu’il état préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Oui ! répondait le pasteur Claude-Jean Lenoir, membre du Grand Orient de France. Non ! répondait l’épiscopat allemand le 12 mai 1980 au nom d’une différence de doctrine et de symbolisme. Non, avaient déclaré solennellement les papes Clément XII, Benoît XIV, Pie VII, et Léon XIII. Oui, il est possible d’être à la fois chrétien et franc-maçon, disait le Père Riquet, jésuite, dans Le Figaro littéraire du 22 juin 1969, ainsi que le Père Caprile dans La Civilta Cattolica du 10 novembre 1973, à la suite du Père Beyer, jésuite, doyen de la faculté de droit canonique de l’université grégorienne à Rome, qui distingue les Loges maçonniques selon qu’elles militent ou non contre l’Église.

Le récent cas du curé de Genève qui affirmait vivre « sereinement » sa double appartenance – tant pour lui ce débat est dépassé- relance le débat. Ce prêtre, ordonné en 1996 et membre du Grand Orient depuis 2001, a confié au Figaro le 25 mai dernier : « Je ne choisis pas la franc-maçonnerie contre l’Église. Ce geste n’est donc pas un combat franc-maçonnerie contre l’Église catholique. Mais c’est l’expression de ma liberté absolue de conscience dans l’institution catholique. » Devant ces réponses disparates, certains chrétiens, sollicités par un ami maçon, peuvent vivre un cas de conscience .

Le cas de conscience d’un chrétien sollicité par un ami maçon

Imaginons Éric, catholique pratiquant, engagé au Mouvement chrétien des cadres et dirigeants (MCC), marié, deux enfants, apprécié dans son milieu professionnel pour sa compétence en même temps que pour son sens social et politique. Éric est approché par un de ses amis, collègue de travail, membre d’une « association philosophique », qui lui révèle que cette association est une loge maçonnique. « Vu les valeurs dont tu témoignes, tu aurais tout à fait ta place chez les francs-maçons », lui dit-il. Éric est surpris, car la Franc maçonnerie évoque d’emblée pour lui un affairisme contraire à ses valeurs ; il pense aux découvertes du procureur de Mongolfier sur la connivence des juges maçons avec certains prévenus dans le Sud-Est de la France, aux scandales des tribunaux de commerce dans la région Ouest de Paris, et aux pressions de la Fraternelle maçonnique du Parlement concernant les lois sur l’avortement, sur le voile islamique, sur l’euthanasie…

Entre le sectarisme et la liberté de parole

« Certes, il y a des sectaires parmi nous, concède l’ami maçon, mais s’y trouvent également beaucoup de gens qui cherchent à construire une société plus humaine, libérée des a priori dogmatiques qui hypothèquent le monde religieux, et dans une liberté de parole favorisée par un rituel apte à réguler les passions. Éric reste sceptique, pensant que le « dogmatique » est mal interprété. De plus, il se méfie d’un rituel sans transcendance, qui n’est, pense-t-il, que gesticulation. « Tu rencontreras des gens de bonne volonté, très différents de ton milieu catho, des gens qui baignent dans la philosophie des Lumières, misant sur l’autonomie individuelle, écartant les arguments d’autorité, dans une absolue liberté de conscience ». Éric hésite. Ce qui le tente, peut-être avec naïveté reconnaît-il, c’est la dimension politique qui semble se dégager des travaux maçonniques, dimension qu’il regrette de voir s’estomper de son univers religieux.

Selon le Code de droit canonique

« Tout se joue sur l’interprétation de l’article 2335 du Code de droit canonique de 1917, lui explique le curé de sa paroisse. Ceux qui donnent leur nom à une secte maçonnique ou à d’autres associations du même genre qui complotent contre l’Église ou les pouvoirs civils légitimement établis, contractent par le fait même une excommunication simplement réservée au siège apostolique ». La référence à la Franc-maçonnerie a disparu du nouveau code de Droit canonique de 1983. L’ancien article 2335 a été remplacé par l’article 1374 qui stipule : « Que celui qui donne son adhésion à une association qui agit contre l’Église soit puni d’une juste peine ». Une juste peine est une peine proportionnée au délit, précise le curé. Les francs-maçons militent-ils contre l’Église ? demande Éric. C’est la question qui divise, répond le curé. Le cardinal Seper, préfet de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi, prédécesseur du cardinal Ratzinger, reconnaissait que certaines loges échappent à cette condamnation. Son successeur, le cardinal Ratzinger, fut d’un avis opposé  » l’inscription à ces associations reste interdite par l’Église ».

Suivre sa conscience ?

Éric s’affronte ici à un jugement de fait qui appelle autant de discernement qu’un jugement de valeur. À propos des faits, Blaise Pascal soulignait, dans sa 18e lettre provinciale, qu’il fallait s’en remettre aux constats de ceux qui y sont allés voir : « D’où apprendrons- nous la vérité des faits ? Ce sera des yeux, mon Père, qui en sont les légitimes juges » (1). Il faudrait donc que j’aille voir, pense Éric, ou me fier aux témoignages de mon ami, ou des journaux, ou des maçons déçus, car il y en a certainement, ou des autres qui y trouvent ce qu’ils cherchent. Cette pensée fit surgir une nouvelle question : qu’est-ce que j’irais voir parmi les maçons, que je ne trouve pas dans ma religion? A priori rien, puisque la Franc-maçonnerie n’est pas une religion. Éric reste cependant tenté. Car son christianisme marqué par le MCC se vit dans le monde, non pas un monde choisi et séparé, mais le monde tel qu’il est, et qu’il lui faut aimer à la manière du Christ. Et la liberté de conscience prôné par saint Thomas d’Aquin ? Reste l’autorité des pasteurs de l’Église, nécessaire comme dans toute organisation…

En ce qui concerne le curé de Megève, le communiqué de l’évêque d’Annecy, précise qu’il ne tient qu’à lui de « revenir » à l’ Eglise puisque la sanction ne remet pas en cause son état de prêtre, mais juste son droit d’exercer.

1) Blaise Pascal, Lettres provinciales, Ed. Garnier Flammarion 1967, pages 265.

P. Etienne Perrot, jésuite,
Croire.com

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