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Côte d’Ivoire /Pourquoi le Renouveau charismatique s’essouffle-t-il  ?

Le Renouveau charismatique célèbre ses 50 ans à Rome ce week-end, en présence du pape François.

Plus d’une trentaine de responsables charismatiques ivoiriens ont fait le déplacement.

Le Renouveau charismatique de Côte d’Ivoire est né au début des années 1980 à l’université Félix Houphouët Boigny. Une dizaine d’étudiants se regroupait alors autour d’un couple de coopérants français, professeurs-assistants, les Héron.

À l’époque, le groupe s’était trouvé une petite place au restaurant universitaire pour prier mais sa présence bruyante devient très vite indésirable. « Nous avons alors commencé à prier en plein air, dans un carrefour de l’université », se souvient Clément Tuho, l’un des tout premiers membres.

Une révolution

C’était une révolution : en 1980, en Côte d’Ivoire, la foi catholique en dehors des célébrations eucharistiques, se vivait plutôt en privé. « Je me suis senti libre, de prier, sans cette fausse pudeur que nous catholiques avions d’afficher notre foi », poursuit-il.

Le P. Norbert Eric Abekan, ami de Clément Tuho et du couple Héron rejoignait souvent le groupe « par pure curiosité au début », reconnait-il. Ainsi naquit le groupe « Ephata », premier groupe du Renouveau charismatique en Côte d’Ivoire.

Désireux d’être formés, les membres du Renouveau feront appel aux communautés nouvelles françaises et à des prédicateurs d’autres pays. « Nous nous tournions vers l’extérieur car en Côte d’Ivoire, l’Église se méfiait. Nous étions plutôt ghettoïsés. Nous n’osions pas trop nous montrer en dehors de nos groupes de prière », se souvient Clément Tuho.

Le rayonnement

Progressivement, le mouvement prend de l’ampleur et s’étend dans les paroisses. Alors que les retraites classiques gratuites organisées dans les diocèses ne mobilisaient pas beaucoup de chrétiens, celles du Renouveau charismatique – qui étaient pourtant payantes – refusaient du monde.

Parallèlement, le P. Abekan, déjà célèbre en tant qu’aumônier des jeunes, déplace des milliers de personnes lors de célébrations d’inspiration charismatique  : « Les témoignages de guérison, de miracles avaient fait que les gens venaient de partout pour assister à ces prières. Ils étaient tellement nombreux que ma paroisse de Treichville n’arrivait plus à les contenir. »

Le cardinal Yago, archevêque d’Abidjan à l’époque demanda au P. Abekan d’arrêter ces prières. « Il était assez méfiant par rapport au Renouveau charismatique et certains prêtres nourrissaient cette méfiance », commente le P. Abekan. Mais plus tard, séduit pas les fruits spirituels ce courant, notamment l’engagement de ses membres dans les mouvements d’action catholique, le cardinal Yago leur accordera sa bénédiction.

L’essoufflement

Le constat qui se fait actuellement en Côte d’Ivoire, c’est que le Renouveau charismatique ne se fait plus beaucoup entendre. Ce sont plutôt les communautés nouvelles autochtones qui mobilisent les foules, nées des groupes de prière charismatiques.

Ce mouvement d’éclatement du Renouveau en communautés a commencé à se dessiner vers la fin des années 1980, avec la rupture entre Renouveau ivoirien et communautés nouvelles d’origine française. « La rupture est née d’une incompréhension avec la communauté du Chemin-Neuf, concernant la pastorale des couples », avance Clément Tuho.

À la fin des années 1990, le Renouveau charismatique s’est encore affaibli quand un de ses ténors le P. Abekan est envoyé étudier au Canada, officiellement pour se former en psychologie afin d’améliorer sa pastorale. Des jeunes qui gravitaient autour de lui fondent la première communauté nouvelle ivoirienne : la communauté « Mère du divin amour ».

Actuellement le pays compte une pléthore de communautés et fraternités nouvelles qui organisent des rassemblements réunissant souvent des milliers de personnes. Les groupes charismatiques dans les paroisse, eux, ne suscitent plus l’engouement des débuts.

Lucie Sarr (à Abidjan)

-africa.la-croix

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