03302017Headline:

CHU de Yopougon/Mort d’une fillette de 3 ans:Comment en est-on arrivé au pire?

raymonde goudou

CHU de Yopougon/Mort d’une fillette de 3 ans: Un diagnostic approximatif, un manque d’infrastructures d’accueil, et c’est la catastrophe!

Souvent, il suffit d’une mauvaise appréciation médicale pour que le pire arrive…

Comment en est-on arrivé au pire?

M. Yapo Médard Landry a sa fillette de 3 ans qui est malade, le 15/4. Son nom, Yapo Agnès, une fillette qu’il a eue avec dame Aménan Béatrice. Elle avait le corps chaud, et on la transfère à la PMI de Yopougon – maintenant Hôpital général de Yopougon Attié -. Le verdict des médecins, c’est un paludisme. On lui fait une transfusion, et on lui demande de revenir le lendemain, c’est-à-dire 16/4. On découvre alors que la fillette a une défaillance respiratoire. L’Hôpital général de YopougonAttié joint donc le CHU de Yopougon pour accueillir l’enfant en réanimation. C’est précisément le docteur Dénouman Hyacinthe, du service de pédiatrie, qui donne son accord pour ce transfèrement. Vite un taxi est emprunté par les parents avec leur enfant malade dans les bras, et direction CHU de Yopougon. Après avoir consulté la fillette, l’on estime que l’enfant peut être interné en pédiatrie. Les parents n’entendent pas cela de cette oreille, et font savoir qu’ils sont venus en ces lieux pour se rendre au service de réanimation. Que nenni! Du samedi au dimanche, lundi et mardi, la fillette a continué à recevoir des soins en pédiatrie alors qu’elle devait être admise au service de réanimation. La mardi 19/4, lors de sa visite au pied des malades, le chef de service pédiatrie, le professeur Adonis, en regardant le dossier médical de la malade, estime qu’elle n’est pas à sa place, et qu’il faille la transférer dare-dare en réanimation.

Retour donc, à la case départ!

Elle part ensuite… Le médecin de service va donc prendre langue avec le service de réanimation, pour qu’on y transfère l’enfant. Ces derniers se disent désolés, parce qu’ils n’ont plus de places, et qu’il va falloir transférer l’enfant ailleurs en réanimation, en attendant de renforcer son protocole de traitement. Selon des indiscrétions, le père Yapo Médard Landry n’aurait pas eu cette information. On lui tend dont une ordonnance sur laquelle figurent des médicaments qu’il se doit d’acheter, pour sauver sa fille malade.  Entre temps, les soins ordinaires continuent, jusqu’à midi. Le mercredi, la sage femme, Mme Sanogo Mariam, du service de pédiatrie, vient racler la gorge de la fillette. Le père lui fait savoir que cela a déjà été fait, et qu’il faut plutôt admettre l’enfant en réanimation. La sage-femme, très inconvenante, dit au père que ce n’est pas à lui de lui apprendre son travail. Elle racle donc la gorge de la malade, et elle commence à saigner. Après cela, elle l’abandonne et vaque à ses occupations; pendant ce temps, l’enfant respirait par saccades. Le père retourne donc voir les sages femmes qui discutaillaient avec des écouteurs dans les oreilles et jouaient avec leurs téléphones. Il les interpelle pour leur faire savoir que son enfant est en train de mourir. De 19 heures à 22 heures 30 minutes, rien n’est fait. Alors, il se rend en personne au service de réanimation, et on lui dit qu’il n’a pas accès, et que c’est plutôt le service de pédiatrie qu’il devrait saisir. C’est en retournant au chevet de sa fille que l’enfant rend l’âme, aux environs de 23 heures 30 minutes.

La colère du père

Le père, envahi par l’émotion, défonce la porte de la salle de garde qui n’est pas fermée à clé, et met tout sens dessus, dessous. La sage femme qui y était, prend la poudre d’escampettes. C’est que le service de pédiatrie est au second étage; elle est donc descendue au premier étage. Le père, dans sa colère suite à la perte de son enfant, la saisit aux collets, et la traîne jusqu’au deuxième étage pour lui dire: «Il faut que tu ressuscites mon enfant.» La mère, quant à elle, s’est saisie de la potence qui permet de faire les infusions de ballons, et brise trois vitres. Les vigiles accourus, se saisissent de M. Yapo Médard Landry, et l’envoient au poste qui est à l’entrée de l’hôpital. Après, il est conduit dans la salle où se trouve le surveillant général, quand la police vient faire le constat d’usage.

Des témoignages discordants…

La sage-femme, Mme Sanogo Mariam, après ces incidents, s’est fait établir un certificat médical. Sur ce document élaboré par le professeur agrégé Traoré Alidou du service de Traumatologie Orthopédie et de Chirurgie réparatrice, on peut lire: «Je soussigné, Dr Traoré Alidou, Maître de Conférences Agrégé, en service au CHU de Yopougon, service de Traumatologie Orthopédie et de Chirurgie réparatrice, certifie avoir examiné, Mlle Sanogo Mariam, née le … qui dit avoir été victime de coups et blessures volontaires le 21/4 2016 et déclare qu’elle a présenté:

-Un traumatisme crânien sans perte de connaissance avec une tuméfaction pariétale gauche associée à des céphalées. Le scanner n’a pas révélé de lésions.

-Une contusion du rachis cervical sans signes neurologiques et sans lésions osseuses.

  • Une contusion de l’épaule gauche sans lésions osseuses.

-Une contusion du coude gauche sans lésions osseuses.

En conséquence, j’estime que ces faits ci-dessus relatés, nécessitent une incapacité temporaire de travail de 21 (Vingt-un) jours, à dater du 21 avril 2016, sauf complications ultérieures.»

Selon un témoin oculaire présent sur les lieux, «à aucun moment, M. Yapo Médard Landry n’a donné des coups à la sage-femme. J’ai vu qu’il a saisi la sage femme aux collets, et l’a traînée jusqu’au lit de l’enfant. Le monsieur ne lui a pas porté main, il n’a pas brisé de vitres, il n’a rien cassé. Il voulait simplement qu’on soigne sa fille». M. Yapo Médard Landry s’en serait particulièrement pris aux filles de salle, puisque dès qu’on sort du service pédiatrie précisément à la chambre 275, où était interné l’enfant, on trouve un couloir, et avec cette proximité, personne n’a daigné venir au chevet de son enfant…Visiblement donc, il n’y avait aucune enflure ni blessure, alors que ladite sage femme affirme mordicus avoir eu la tête cognée et reçu des coups de poings…Trouvez l’erreur!

 

Un constat de décès qui en dit long…

Au décès de la fillette de trois ans, Yapo Agnès, à 1heure 35 minutes du matin, le constat est fait par le médecin légiste. Mais chose bizarre, le document de constat du constat n’aurait pas été signé par lui, mais plutôt, quelques jours plus tard, par le chef du service pédiatrie qui n’est pas là habituellement les nuits. Vous y comprenez quelque chose?

 

Une grève, et, au parquet!

Dans les coulisses du CHU, il se susurrerait que ce serait l’erreur d’appréciation médicale qui a envoyé l’enfant ad-patrès. Mais en pareille situation, il faille prendre les devants. Dès le lundi donc, un piquet de grève est organisé au CHU de Yopougon. Les points de revendication sont les suivants:

-Que le ministre fasse une déclaration pour condamner l’acte du père.

-Qu’elle fasse une déclaration pour soutenir le personnel.

-Que l’Etat mette en place un dispositif sécuritaire pour protéger le personnel médical du CHU de Yopougon dans l’exercice de ses fonctions. Il était dit que si jusqu’au vendredi 29/4 rien n’était fait, allant dans le sens de l’arrestation du père fautif qui venait de perdre son enfant et son déferrement devant le parquet, le personnel médical de tous les hôpitaux entrerait en grève. Ne fallait-il pas donc pour raison d’Etat taire cette affaire et trouver un bouc émissaire? Une chose est sûre, c’est que le vendredi 29/4, M. Yapo Médard Landry, qui a été interpellé le jour d’avant, est déféré au parquet.

 

Au tribunal de Yopougon, le 5 mai 2016

  1. Yapo Médard Landry est poursuivi pour violences et voies de fait, dégâts volontaires à la propriété mobilière d’une personne morale de droit public commis le 20 avril 2016 au CHU de Yopougon; Assemien Edmond et Sanogo Mariam sont les témoins des victimes; Me Blessy Jean Chrysostome, avocat du CHU de Yopougon et de Sanogo Mariam.

-Le juge: Lorsque le procureur de la République vous a interrogé, vous avez dit: «Je ne reconnais pas les faits.» Qu’est-ce que vous avez à dire, aujourd’hui, devant nous?

-Merci monsieur le président. Le vendredi 15 avril 2016, ma fille avait le corps chaud. Donc, je l’ai envoyée à l’hôpital de YopougonAttié. Les médecins ont fait les soins, et ils ont dit que ma fille manquait de sang.

-Ta fille avait quel âge?

-Ma fille avait 3 ans. Ils m’ont dit d’aller acheter des poches de sang pour la transfuser. On a cherché et on ne trouvait pas de sang. Finalement, c’est au CHU de Yopougon que nous en avons trouvé, et le sang lui a été transfusé, et des soins lui ont été, par la suite, administrés. On est rentrés à la maison et le lendemain, on est revenu pour continuer les soins. Pendant son traitement, ils ont dit que la respiration de ma fille montait et qu’ils n’avaient pas les équipements adéquats pour la traiter.

-Qui a diagnostiqué cela?

-C’est le docteur Kouakou.

-Il est en service où?

-A YopougonAttié.

-Dans un centre médical?

  • A l’hôpital de YopougonAttié.

-Donc, votre enfant a été envoyé au centre médical de YopougonAttié. C’est ça?

-Oui, c’est le centre de santé le plus proche de la maison. Elle est asthmatique. Ils nous ont demandé, puisqu’ils n’avaient pas les équipements adéquats pour la traiter, de nous rendre au service de réanimation du CHU de Yopougon.  Ils nous ont délivré un papier et c’est ainsi que nous sommes allés au CHU de Yopougon dans un taxi, puisque l’ambulance n’était pas disponible. Arrivés aux urgences, les médecins nous ont demandé de faire une radio. On a fait la radio et nous avons été conduits au service de pédiatrie, précisément dans la chambre 275 sur le lit n°3. Ils sont venus nous saluer et puis ils sont partis.

-Qui est venu vous saluer?

-Les médecins du CHU de Yopougon. Ils ont pris le carnet de ma fille et ils sont partis. Ils ont prescrit de nouveaux médicaments et nous sommes allés les acheter, bien que je leur ai dit qu’à l’hôpital de YopougonAttié, les médecins nous ont déjà fait acheter des médicaments. Je leur ai même fait savoir qu’on nous a demandé  d’envoyer notre fille au service de réanimation parce qu’elle avait du mal à respirer. Ils m’ont dit: «Monsieur Yapo, il n’y a pas de places. Soyez patient.» Samedi, dimanche, lundi, je ne fais que patienter. La respiration de ma fille s’accélérait et je ne comprenais rien.

-Calmez-vous! Monsieur Yapo, calmez-vous. Quand vous quittiez le centre de YopougonAttié, on vous a donné un billet pour le transfèrement de votre fille au CHU de Yopougon. Sur le billet de transfèrement de l’enfant malade au CHU de Yopougon, qu’est-ce que le médecin traitant du centre de YopougonAttié a écrit? Il a écrit destination réanimation ou pédiatrie?

-Il a écrit destination réanimation.

-Quand vous êtes allés au CHU de Yopougon, le premier service dans lequel vous êtes allés, c’est où?

-Aux urgences.

-Vous leur avez montré le billet?

-Oui, le billet et le carnet de l’enfant.

-Donc, c’est des urgences qu’on vous a envoyés à la pédiatrie? On ne vous a pas envoyés au service réanimation?

-Non monsieur!

-Donc, quand vous êtes arrivés à la pédiatrie, on vous a installés dans une chambre. C’est ça?

-Oui!

-Ils ont commencé à prodiguer des soins à l’enfant?

-Les ordonnances, on payait. Je disais que c’était des médicaments de palu. Ils ont dit que cela peut provoquer la respiration aussi, et que comme je ne connais pas, de payer les médicaments seulement. Le vendredi, ils nous ont donné un reçu pour aller faire un scanner. On a fait le scanner, et j’ai demandé à ce qu’on m’interprète le résultat du scanner pour voir de quoi ma fille souffre. Ils m’ont dit: «Celui qui interprète le scanner n’est pas là, c’est le lendemain il sera là.» C’est ainsi que le mardi, il y a un professeur du nom de Adoni Sophie, elle passe de salle en salle pour visiter les enfants malades. Quand elle est arrivée dans la salle où se trouvait ma fille, elle a jeté un coup d’œil sur ma fille et elle a dit: «L’enfant a une dépression respiratoire. Pourquoi on garde l’enfant ici? L’enfant devait être en salle de réanimation, ce n’est pas ici sa place.» Je lui ai dit: «Madame le professeur, depuis je suis arrivé ici, je ne fais que dire c’est au service réanimation on nous a envoyés, mais on me dit qu’il n’y a pas de place.» Elle m’a ensuite dit: «Monsieur Yapo, calmez-vous. Cela va se régler tout de suite, je vais régler votre situation.» Elle a poursuivi sa visite et elle est sortie. Quelques temps après, il y a deux messieurs du service réanimation qui sont arrivés. Ils ont approché ma fille, ils ont commencé à l’examiner et ils sont sortis après. Je les ai suivis pour leur demandé si ma fille allait être conduite au service de réanimation. Ils m’ont répondu qu’il n’y avait toujours pas de place. J’ai répliqué pour leur dire que le professeur a demandé qu’on envoie ma fille en réanimation. Ils ont de nouveau répondu qu’il n’y avait pas de place. C’est ainsi que le mercredi, alors qu’on était toujours au service de pédiatrie, une sage-femme du nom de Sanogo Mariam est arrivée dans la salle où se trouvait ma fille. Elle est venue avec une machine et un tuyau fin, un tuyau très fin et elle dit qu’elle est «venue pour racler dans la gorge de ma fille». Je lui ai fait savoir qu’«il ne s’agissait pas de racler dans la gorge de ma fille mais plutôt de l’envoyer au service de réanimation.» Elle m’a dit: «Monsieur, ce n’est pas vous qui allez m’apprendre mon travail! C’est ce que vous faites et puis on vous met dehors.» Je lui ai présenté mes excuses et je l’ai avertie de ce qu’un de ses collègues est déjà passé pour racler la gorge de ma fille. Elle m’a dit que si je continue de parler, elle va me mettre dehors, car ce n’est pas mon travail. Elle a donc commencé à racler la gorge de ma fille. Elle a fait une première fois et la seconde fois, quand elle a débuté, le liquide qui a commencé à sortir était sanglant. Quand elle a vu cela, elle a arrêté et elle est partie dans leur salle de garde qui fait face à la chambre de ma fille. Après son départ, j’ai constaté que ma fille qui me répondait quand je lui parlais, ne répondait plus. Je crie: «Agnès», elle ne répond pas. C’est ainsi que je me suis mis à courir pour aller alerter les femmes de garde.

-(Le procureur): Président, nous allons demander encore à monsieur Yapo de se calmer. Parce que ce que nous voulons, c’est la vérité. Qu’il nous dise la vérité calmement, tranquillement. Hein?

-Le président: Monsieur Yapo, vous avez entendu ce que le procureur a dit? Parce que, pour emboîter le pas au procureur, malgré la douleur que vous ressentez, le tribunal juge les faits et non les émotions.

-J’ai compris, monsieur le président.

 

L’audience suspendue pour 30 minutes

Le président: Monsieur Yapo, ça va mieux? Vous vous êtes calmé?

-Oui, acquiesce-t-il, en remuant la tête.

-On s’est arrêté où?

  • Au moment où on a commencé à racler dans la gorge de ma fille. C’est là, on s’est arrêté.

-La sage-femme?

-Oui, la sage-femme. Quand elle a raclé la deuxième fois, le liquide qui sortait était sanglant. Elle a arrêté et elle est allée dans la salle de garde. J’ai commencé à causer avec ma fille mais elle ne réagissait plus et sa respiration a commencé à s’accélérer.

-Tout ça, c’est dans sa chambre d’hospitalisation que ça s’est passé? La chambre du service pédiatrie?

-Oui, monsieur. C’est dans la chambre de pédiatrie que ça s’est passé. Il y avait les voisins de chambre qui étaient présents. Je suis allé les appeler, elles étaient dans leur salle de garde et elles ne venaient pas porter assistance à l’enfant. Elles étaient couchées dans la salle de garde avec les écouteurs à l’oreille et elles manipulaient leurs téléphones. Je courrais de gauche à droite pour les appeler en disant: «Venez voir l’enfant! Venez voir l’enfant!» Mais personne ne venait porter assistance à ma fille. C’est ainsi que je suis descendu pour me rendre au service de réanimation. Je suis rentré dans la salle et il y a une dame qui m’a interpellé: «Monsieur, vous êtes en civil, vous n’êtes pas habilité à entrer à la réanimation, vous n’êtes pas médecin.» Je lui ai répondu: «Oui, c’est vrai, mais je suis dans un cas urgent. Ma fille est en train de mourir, son état est grave. J’appelle, on ne vient pas lui porter assistance, c’est la raison pour laquelle je viens moi-même au service de réanimation.» Elle m’a dit: «Monsieur attendez, je vais rentrer voir.»  Comme elle est médecin, elle est rentrée et vingt minutes après, elle est ressortie pour me dire qu’: «il y a un seul agent à la réanimation. Quand son collègue va arriver, il ira voir ma fille.» J’ai insisté pour lui dire que l’état de mon enfant est grave, car elle respire très mal. Je suis retourné dans la chambre de ma fille. Une fois là-bas, ma femme m’a dit: «Ça ne va pas! Ça ne va pas! Elle bave, il y a de la salive qui sort de sa bouche.» De nouveau, je me suis rendu dans la salle de garde pour alerter les femmes de garde, mais elles ne sont pas venues apporter assistance à notre enfant jusqu’à ce qu’elle décède dans les bras de sa mère. Je suis allé à nouveau à la salle de garde. Et quand j’ai ouvert la porte, il y avait trois dames présentes dans la salle de garde. Et c’est Sanogo Mariam qui s’est levée. Je lui ai dit: «Madame, venez voir ce que vous avez fait. Ça ne va pas se passer comme ça. Il faut venir voir ce que vous avez fait. Quand je vous prévenais d’arrêter, vous m’avez répondu que c’est votre travail, ce n’est pas à moi de vous apprendre votre travail et si je continue de parler, je vais sortir de la chambre.» Elle a pris les escaliers de l’issue de secours pour s’enfuir et j’ai couru après elle pour la rattraper au premier étage. Je lui ai demandé: «Vous allez où? Je vous ai prévenue.»

-Le service pédiatrie est à quel niveau?

-Au deuxième étage.

-Et la salle de garde où se trouvaient les dames?

-La salle se trouve au deuxième étage sur le même palier, en face de la chambre de mon enfant.

-Donc, elle a pris l’issue de secours et elle descendait jusqu’au premier étage?

-Oui!

-Vous l’avez rattrapée au premier étage?

-Oui! Quand je l’ai rattrapée, je lui ai demandé: «Mais vous allez où? Vous vous reprochez quoi et puis vous fuyez? Vous êtes trois, les autres n’ont pas bougé, pourquoi vous fuyez? Donc c’est vous qui avez tué ma fille!» Elle a répondu: «Je ne l’ai pas tuée, je ne tue pas!» J’ai insisté pour lui demander de venir voir le corps de ma fille car on les a appelées à plusieurs reprises, elles ne sont pas venues. Je l’ai donc attrapée au niveau de l’épaule et nous sommes montés par les escaliers. En montant, elle criait: «Au secours! Au secours! Il va me tuer!»

 

Débat du juge avec Sanogo Mariam, la plaignante

-Le juge: Qui a cassé les vitres de la salle de pédiatrie? Qui a détruit les installations médicales qui se trouvaient dans la salle de garde?

-Sanogo Mariam: Je peux dire simplement pour la salle de garde parce que ce qui s’est passé hors de la salle, je n’ai pas vu. Pour la salle de garde, c’est lui.

-Il a cassé quoi dans la salle de garde?

-Dès qu’on rentre dans la salle de garde, le matériel électrique se trouve à gauche.

-Quel matériel électrique

-La seringue électrique, le tensiomètre, la balance, il y a une lampe qu’on utilise en cas de coupure d’électricité.

-C’est tout ça, dans son élan de colère, il a détruit?

-Il a jeté tout ça d’un coup.

-D’après vous, qui a traité l’enfant ce jour-là?

-Ce sont mes deux collègues. Une infirmière et une sage-femme.

-Qui a mis le tuyau dans la gorge de l’enfant?

-Elles ont fait une aspiration.

-C’est qui?

-Je ne sais pas entre les deux c’était qui, parce que je n’étais pas présente. C’est les deux qui étaient au chevet de l’enfant, mais je ne sais pas qui a mis le tuyau dans sa gorge.

-Les deux-là, c’est qui?

-Madame Obrou et madame Boka.

-Les deux qui étaient dans le bureau avec vous?

-Oui.

-c’est une parmi elles qui fait ce traitement à l’enfant? Oui ou non?

-Ça, je ne peux pas le dire, laisse-t-elle entendre tremblotante. Parce que je n’étais pas là au moment où on mettait le tuyau dans la gorge de l’enfant.

-Monsieur le procureur, des questions?

-Ce n’est pas elle qu’on est en train de juger. Donc, qu’elle nous dise ce qui s’est passé.

-Ne donnez pas l’impression que vous êtes en train de protéger des personnes. Vous savez qui a fait le traitement ce jour-là! Vous dites que ce n’est pas vous qui avez prodigué les soins à l’enfant ce jour-là. Vous êtes donc surprise que le monsieur s’en prenne à vous.

-Oui!

-Mais nous, on veut savoir pourquoi c’est à vous, il s’en prend? Vous, vous savez qui a fait les soins ce jour-là?

-C’est madame Boka et madame Obrou.

-Ça ne peut pas être deux personnes. C’est une seule personne qui a prodigué les soins.

-Le fait de mettre le tuyau?

-Oui!

-Les deux étaient au même moment dans la salle.

-C’est l’une des deux qui a mis le tuyau?

-Oui!

-Donc lui, il se trompe sur la personne qui a mis le tuyau dans la gorge de sa fille. Il pensait que c’était vous alors que ce n’est pas vous?

-Oui.

-Et il vous a pris en chasse pour vous violenter alors que ce n’est pas vous?

-Oui!

-On ne dit pas que c’est le tuyau qui est la cause de la mort de la fillette, parce que nous, on n’est pas des médecins, on ne connaît rien dans votre science. Hein? D’après ce que vous dites, il a dû vous confondre avec la personne qui a eu à prodiguer le dernier soin à son enfant.

-Peut-être!

-Voilà!

 

La version des responsables du CHU de Yopougon

Dans l’attente du verdict du tribunal correctionnel, le président a demandé la suspension de l’audience afin que les juges délibèrent sur le dossier. «L’Eléphant», présent à cette audience, a approché les responsables du CHU de Yopougon, en l’occurrence Assemien Edmond, Administrateur des Services financiers et directeur général du CHU, et Topé Rémi, Sous-directeur au CHU de Yopougon. Topé Remi: «Il voulait absolument que son enfant aille en réanimation. Tout est occupé là-bas. Qu’est-ce qu’on pouvait faire? On fait sortir un malade pour lui dire: «Monsieur envoyez votre enfant.» On ne peut pas, on est limité. Pendant ce temps, on lui apportait les soins appropriés. Mieux, la maladie qu’avait son enfant, il ne pouvait pas s’en sortir. C’est parce que je ne peux pas vous dire ici…», a-t-il confié à «L’Eléphant» sous le regard approbateur de Assemien Edmond, son supérieur. L’enfant aurait une maladie incurable et on lui a caché cette réalité?

 

Le verdict du tribunal

Alors que le procureur a requis 15 jours d’emprisonnement et 100 mille francs Cfa d’amende, voici la décision du tribunal: «Monsieur Yapo, le procès a été suffisamment long, des explications ont été données, l’avocat a posé des questions et il a plaidé. Le procureur en a fait autant et il a requis à la fin. Il faut pouvoir tirer des leçons de cette situation. Comme l’a dit l’avocat du CHU de Yopougon, la situation que vous vivez, personne ne peut rester indifférent à la souffrance que vous endurez. C’est une situation délicate qui amène tout un chacun à compatir à la douleur que vous traversez. C’est vrai, vous traversez un deuil et surtout j’imagine quand on perd un fils, la douleur est encore plus énorme… Mais est-ce que cette douleur doit nous autoriser à des excès? Voilà la question qui se pose. Vous êtes d’accord avec moi que cette douleur ne doit pas nous autoriser à des excès. Et la grandeur d’un homme, c’est de pouvoir supporter aussi les situations qui se présentent à lui. Vous auriez été encore plus fort, si malgré cette triste nouvelle, vous réussissiez à canaliser votre épouse et vous-même, vous réussissiez à vous mobiliser. Vous auriez alors interpellé les uns et les autres sur les responsabilités à engager dans le cadre du décès de votre fille. Mais aujourd’hui le CHU de Yopougon et vous, vous êtes des adversaires… Le comportement que vous avez eu ne peut pas être encouragé. Pour nous, suite au décès constaté de votre fille, vous avez commis des excès dans votre attitude. Et c’est cette attitude, que nous jugeons aujourd’hui. Après délibération, nous allons vous déclarer coupable. Coupable des violences et voies de fait que vous avez exercées sur la personne de dame Sanogo. Elles ne sont pas discutables. Parce que comme le procureur l’a dit, le fait même de l’avoir tirée du premier jusqu’à son bureau, au second étage, c’est déjà manifeste de violences et voies de fait. Coupable également de la destruction volontaire des propriétés mobilières d’une personne morale publique. Les deux infractions étant avérées à votre endroit, le tribunal vous déclare coupable, mais vous accorde de larges circonstances atténuantes prévues à l’article 117 du code Pénal. Suivant la réquisition du  procureur de la République, le tribunal vous condamne à 15 jours d’emprisonnement, à 100 mille francs Cfa d’amende, reçoit la constitution de partie civile du CHU de Yopougon, lui dit bien fondée. Condamne monsieur Yapo à lui payer la somme de 4 millions 860 mille francs CFA à titre de dommages-intérêts pour le préjudice matériel occasionné, condamne à un franc symbolique pour le préjudice moral. Reçoit également la constitution de partie civile en ce qui concerne dame Sanogo Mariam. Lui dit cependant partiellement fondée, condamne monsieur Yapo à lui payer la somme de 100 mille à titre de dommages-intérêts…» 100 mille FCFA pour tous les dommages qu’elle dit avoir subis! Force est de rappeler que M. Yapo Médard Landry, a, à son tour, décidé de porter plainte contre le CHU de Yopougon, et la sage-femme, en question. Chaudes empoignades en perspective, donc! On espère aussi que les débats de ce second procès n’auront pas lieu en chambre du conseil comme voudraient le faire certains magistrats, mais publiquement, pour qu’éclate la vérité, au grand jour!

CHARLES ANIMAN et AIME GONTRAND, in L’Eléphant déchaîné n°444

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