08212018Headline:

Hygiène publique- L’abattoir de Port Bouët insalubre, des travailleurs: « on est tenu au mutisme », le directeur porté disparu

La consommation de viande augmente considérablement en période de fête. Si la volaille est plus prisée dans les casseroles, il n’en demeure pas moins que la viande de bœuf ou de mouton demeure une alternative de taille. Alors pour se faire une idée des conditions du processus d’abattage des animaux jusqu’à la vente, Pôleafrique.info s’est rendu à l’abattoir de Port Bouët. Le constat est alarmant.

 Des tonnes de viandes de boeuf sont transportées sur les marchés abidjanais chaque jour. Loin des camions frigorifiques qui n’existent plus que de nom, ce sont des véhicules non agréés et impropres au transport de la viande qui sont utilisés. Des motos aux taxis ou à de vieux tacots rouillés, tout est bon pour alimenter le marché. Pour ces fêtes de fin d’année, PôleAfrique.info a décidé de se faire une idée. Pas rassurant.

C’est en prospectant l’un des bâtiments de l’abattoir de Port Bouët, dans le district d’Abidjan pour un Facebook live, afin d’informer les internautes ivoiriens des conditions d’abattage des boeufs, que Poleafrique.info a rencontré Assétou Ouattara, en pleine discussion avec un boucher pour l’achat de quelques kilos de viandes.

 La consommatrice reconnaît les conditions insalubres dans lesquelles elle vient chercher sa viande.

« Nous savons les conditions dans lesquelles les bœufs sont tués ici mais on n’y peut rien. L’abattoir est insalubre et c’est de notoriété publique. Cependant nous avons besoin de nourrir nos familles et cette année, j’ai décidé de consommer la viande de bœuf » indique-t-elle.

A peine le téléphone en main pour quelques prises de vue, que notre équipe de reportage est interpellée par un responsable des lieux, qui révèle que toute prise d’image doit préalablement être soumise à l’approbation du directeur de l’abattoir. Nous décidons donc d’aller le rencontrer. Étant absent, ce sont ses collaborateurs qui reçoivent l’équipe dans son bureau pour donner sous anonymat, les raisons de cette interdiction.

« Plusieurs journalistes et hommes de médias sont passés ici et l’image qu’ils ont véhiculé de ce lieu a parfois créé un tollé au plus haut sommet de l’État. La presse préfère montrer l’insalubrité de l’abattoir plutôt que les efforts fournis par les responsables pour une meilleure hygiène. Voilà pourquoi le district d’Abidjan a exigé que toute demande de reportage ou de prise de vue, lui soit transmise avant exécution. Sans quoi vous ne pouvez rien faire » a été ferme, l’un des responsables de ce centre d’abattage des animaux.

Pourquoi reconnaître les conditions alarmantes d’hygiène dans lesquelles sont abattus les boeufs et refuser d’en parler de sorte à pousser les autorités à réagir efficacement ? Et pourtant même les bouchers qui y travaillent, reconnaissent les conditions sanitaires déplorables dans lesquelles, ils sont obligés de cuir et servir leur viande aux clients.

« Franchement l’abattoir est sale. Difficile de circuler quand on n’est pas bien chaussé. Il y a du sang et de l’eau partout. Le principal problème, ce sont les canaux d’évacuation qui sont bouchés. Et cela, les responsables le savent, le gouverneur du district est aussi informé mais jusque là, rien » a lâché S. A., boucher à l’abattoir de Port Bouët.

L’USAID estime la consommation de la viande de bovin en Côte d’Ivoire à plus de 90 000 tonnes, chaque année soit environ plus de 4 kilogrammes par habitant, par an. Ce qui permet de se faire une idée des risques encourus par les consommateurs de viande, surtout en cette période de fête. Et la situation est plus que préoccupante, selon le docteur Cissé Mamadou Lamine, de l’hôpital général de Bingerville.

« De la même façon l’État dresse des barrières de sécurité dans la ville, c’est de cette même manière qu’il faut avoir des barrières sanitaires. Mais en Côte d’Ivoire on s’en fout. On ne fait pas de la santé préventive, mais plutôt curative. On attend que la situation empire avant de chercher à y faire face. La situation de l’abattoir, tout le monde la connaît mais personne ne réagit. Alors qu’un déchet est susceptible de contaminer l’eau, l’air, le sol et même directement les mains. Une personne malade peut aussi transmettre les bactéries à une autre. On sort des fêtes, malade plutôt qu’en bonne santé à cause de la mauvaise hygiène publique que nous subissons à longueur de journée. Les maladies qui nous guettent sont bien connues. La diarrhée, le paludisme, la fièvre typhoïde, et le choléra et bien d’autres, personne n’est à l’abri de cela» déplore et prévient le spécialiste de santé.

A l’Institut National d’Hygiène Publique (INHP), on refuse de parler. Notre reporter envoyé sur place a purement et simplement été éconduit. Pour connaître les raisons de ce laissez- aller préjudiciable et aborder d’autres aspects de la santé publique en Côte d’Ivoire, les interlocuteurs ont vite fait de se réfugier derrière « un courrier ». Dont on connaît le sort, un long couteau pour le silence.  A l’abattoir de Port Bouët, Poleafrique.info, a attendu en vain le directeur, qui n’a jamais pointé du nez, lui pourtant si matinal, depuis le début du mois de décembre. Comme la belle fuite d’un boeuf qui refuse de passer à une casserole. Dommage!

poleafrique.info

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