06272022Headline:

L’OMS, une institution éprouvée par deux ans et demi de pandémie, au défi de se réformer

C’est une discrète pancarte, sur les hauteurs de Genève. Siglée « OMS », elle indique un chemin bordé de gravats. Au bout, le vaisseau amiral de l’Organisation mondiale de la santé, un grand rectangle de béton, de verre et d’aluminium, emblématique de l’architecture moderniste des années 1960, a été vidé le temps de se faire désamianter et les quelque 2 500 employés du siège genevois ont déménagé dans une extension attenante. Un chantier qui illustre la rénovation lancée par l’institution.

Plusieurs réformes doivent en effet être abordées lors de la 75e Assemblée mondiale de la santé, qui a débuté dimanche 22 mai. C’est lors de cette grand-messe annuelle que les 194 Etats membres décident de la politique de l’OMS.

L’édition de cette année est particulièrement dense, avec 173 sujets à l’agenda pour la semaine. Outre le renforcement de la préparation et de la réponse aux urgences sanitaires, l’OMS doit établir des stratégies sur la sécurité alimentaire, la santé bucco-dentaire, la tuberculose, mais aussi s’accorder sur des agendas pour lutter contre les maladies non transmissibles, les troubles neurologiques ou encore la poliomyélite.

Parmi les grands moments de la semaine figure l’élection du directeur général, mardi, lors de laquelle le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus sera sans surprise adoubé pour un nouveau mandat de cinq ans. Seul candidat à sa réélection, celui que l’on surnomme « Docteur Tedros » devra mener à bien diverses réformes majeures, notamment sur le financement et la gouvernance d’une institution sous le feu des critiques, mais qui apparaît à tous comme indispensable.

« L’OMS est une agence magnifique, absolument nécessaire dans le domaine de la santé mondiale », témoigne Michel Kazatchkine, médecin immunologiste, membre du Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie (GIPR), mandaté par l’OMS en 2020. Fondée le 7 avril 1948, l’OMS s’est fixé pour mission de conduire tous les peuples du monde au niveau de santé le plus élevé possible. Cela, en vertu du « droit de l’homme à la santé », inscrit dans sa Constitution. Haute et louable ambition.

Retour sur les deux ans et demi d’une pandémie sans précédent qui auront placé l’institution sous tension, et rendu ses réformes d’autant plus urgentes.

Des retards à l’allumage aux débuts de la pandémie
Lorsqu’une flambée de pneumonies atypiques a jailli dans la ville chinoise de Wuhan, fin 2019, elle a mis au défi une OMS au leadership très affaibli, pour au moins deux raisons.

La première résulte des ripostes défaillantes de l’OMS lors de deux précédentes crises sanitaires. « Lors de la pandémie de grippe de 2009-2010, l’OMS a été accusée de surréagir, d’être de mèche avec l’industrie pharmaceutique, raconte Marie-Paule Kieny, virologue et vaccinologiste. A la suite de quoi, cette organisation a vu fondre ses financements consacrés à la gestion des crises sanitaires », ajoute cette experte, qui, entre 2010 et 2017, a été sous-directrice générale de l’OMS sur les systèmes de santé et l’innovation.

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