05302020Headline:

Lutte contre le Coronavirus en Afrique: l’analyse d’ Andre Silver Konan

Le Journaliste écrivain André Silver Konan s’est prononcé sur cette frénésie en Afrique, autour du médecin français Dr Didier Raoult et de la chloroquine.

Ci-dessous ces propos:

“J’avoue que je ne comprends pas cette frénésie en Afrique, autour du médecin français Dr Didier Raoult et de la chloroquine. Pour plusieurs raisons. La première est que nous devons utiliser cette énergie à demander à nos dirigeants, de mieux soutenir et encadrer nos chercheurs ou savants africains à nous. Je reste persuadé qu’avec une forte volonté politique et de faibles moyens financiers et matériels, nos chercheurs et savants africains, tradipraticiens y compris, peuvent opérer des prodiges. Ma pression à moi est constante, elle vise nos dirigeants, qui ont le pouvoir de la décision et qui utilisent très souvent, notre propre argent à des dépenses futiles de prestige personnelle, plutôt qu’au financement de recherches utiles, pertinentes pour la collectivité.
La deuxième raison est que jusque-là, il y a bel et bien moins de 5% de morts parmi ceux qui contractent le coronavirus. Avec ou sans chloroquine, il n’y a pas de morts en masse. Au demeurant, la chloroquine qui est au centre de tous les fantasmes, a été autorisée dans certains de nos pays africains. Et puis après ? On est content ? Mais nous posons-nous les vraies questions ? Sont-ce nos laboratoires qui en produisent en Afrique ? Si oui, est-ce pour le compte d’entreprises africaines ou pour des firmes occidentales ? Sera-t-elle gratuite pour nous, cette chloroquine ? Assurément non. Alors d’où vient cet emballement ?
Ce qui m’amène à développer la troisième raison. Jusque-là, personne ne nous dit que la chloroquine est utilisée à titre préventif. Elle fait donc partie des médicaments qui aideraient notre organisme à lutter contre le virus, et même si vous voulez (pour les fervents défenseurs de cette molécule) à soigner le coronavirus. Ce n’est donc pas un vaccin. Et ce n’est pas un sérum destiné à nous immuniser contre le mal. Ce qui signifie que nous devons arrêter de nous acharner sur les plantes de neem.
En effet, ces feuilles ne nous protègent pas contre la maladie, alors pourquoi s’acharner sur elles, dans l’espoir d’un traitement préventif ? D’une part, tu vas beau boire des litres de décoction contre le fameux “djakouadjo” de notre tendre enfance, si tu n’observes pas les mesures de prévention et que tu entres en contact avec un malade, tu vas attraper le virus. D’autre part, si tu contractes le coronavirus, tu seras bien obligé de te rendre dans un centre de santé et de là, tu seras conduit dans un centre de quarantaine pour un meilleur suivi. L’auto-médication ne fera qu’aggraver ton état et à mettre en danger tes proches. A quoi t’aurait donc servi de dépouiller un pauvre arbre au Plateau, surtout que ni ses feuilles, ni son écorce, ni même son cure-dent, ne soignent contre les difficultés respiratoires, le symptôme fatal du coronavirus ? Bref.
Restons concentrés sur les mesures de prévention et ne minimisons pas les mises en garde de l’OMS et de l’ONU. Dans nos pays africains dominés par le favoritisme et le manque de moyens matériels, un confinement général avec près de 90% de personnes actives, qui vivent de l’informel (donc produisent ou vendent pour la plupart, pour manger le même jour), ultime solution contre le coronavirus, sera catastrophique. Nous ne mourrons pas que du coronavirus, dans ces conditions, nous mourrons alors de maladie et de faim. Que Dieu nous en préserve !” André Silver Konan

AbidjanTV

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