06052020Headline:

Lutte contre le Coronavirus en Côte d’Ivoire: l’ex-ministre de la Santé, Rémi Allah-Kouadio, fait des propositions

Dans une contribution dont Abidjan.net a eu copie, l’ex-ministre de la Santé, Dr Rémi Allah-Kouadio, a décidé de sortir de son silence et de faire des propositions dans la lutte contre l’expansion de la pandémie du coronavirus sur le territoire ivoirien. Ci-dessous, l’intégralité des idées de l’ancien responsable du système sanitaire ivoirien.

’’Pourquoi mettre l’accent sur le dépistage et associer le secteur privé du Système de Santé ivoirien’’

Faire du dépistage un élément important de la stratégie de riposte est pertinent. Cette stratégie a permis à l’Allemagne de limiter ses morts par rapport à ses voisins (France, Italie, Espagne) mais surtout à la Corée du Sud de dominer l’épidémie (250 morts) et de se passer du confinement, tout en imposant le port de masque obligatoire.

En effet, pour lutter efficacement contre cette maladie dont la dangerosité provient de son caractère hautement contagieux et de son évolution foudroyante, il faut identifier le plus rapidement possible le maximum de personnes contaminées, les isoler et les soigner afin d’éviter qu’elles ne contaminent des personnes saines.

Que le gouvernement prévoit un nombre conséquent de centres de prélèvement pour le dépistage est une excellente chose. J’espère seulement qu’il arrive à se procurer en quantité suffisante les kits de dépistage fiables quand on sait que beaucoup de pays ont adopté la même démarche ce qui provoque une tension extrême du marché des kits. Nous avons en mémoire les 600 000 kits défectueux vendus à un pays européen il y a quelques semaines.

Nous savons que dans le secteur public, seuls l’Institut Pasteur et le CEDRES sont capables de mesurer la charge virale d’un malade. Il y a des laboratoires privés à Abidjan qui pourraient, le cas échéant, avec un renforcement de capacité, contribuer à analyser les prélèvements que le Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique effectue sur le Territoire National. Ces laboratoires ont-ils étés invités à participer à l’effort National de lutte contre le COVID-19 ?

Si ce n’est pas le cas, la Côte d’Ivoire gagnerait à les solliciter immédiatement. Nous voyons qu’en Europe, même les laboratoires de biologie vétérinaires sont mis à contribution.

Faire du dépistage un axe important de la stratégie de lutte contre le COVID-19 est très judicieux, mais le gouvernement doit se donner les moyens d’en faire une réalité concrète. La mobilisation de tous nos biologistes, qu’ils soient Pharmaciens, Médecins, Vétérinaires, autour des responsables de l’Institut Pasteur d’Abidjan pour identifier à travers le monde, les tests les plus fiables, les plus rapides, les plus accessibles, adaptés à telle ou telle situation, portera des fruits forcement. Il faut créer le cadre de la discussion avec un cahier de charges précis et le reste suivra.

Dans le cadre de la coopération sud-sud, un pays ami comme le Maroc, qui semble avoir très bien anticipé, peut aider à renforcer nos capacités en la matière. Nous avons eu écho par les media d’un entretien entre les deux chefs d’États sur la question du COVID-19. Au-delà de la coopération sud-sud, la Corée du Sud semble le pays qui a démontré son savoir-faire en la matière. Si ce n’est déjà fait, nous devons solliciter leur assistance technique.

Au-delà du secteur de la biologie, c’est l’implication de tout le secteur privé de notre système de santé qu’il faut enclencher si ce n’est pas déjà fait.

Tous, nous espérons que l’épidémie de COVID-19 sera contenue comme c’est le cas actuellement jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Cependant, fort de l’expérience des autres pays où la maladie a connu une progression mesurée au début avant d’exploser, nous devons anticiper cette explosion en mobilisant par avance tout notre Arsenal de Riposte. Le secteur privé du système de santé est un élément important de cet Arsenal et doit être associé au plus vite. Le retard dans la mobilisation du secteur privé a fait l’objet de vives critiques dans certains pays Européens. Il faut éviter cela.

C’est au vu de tout cela que, si ce n’est déjà fait, une réflexion approfondie, à froid, pendant que la situation semble encore sous contrôle doit se faire pour déterminer le positionnement du secteur privé dans notre stratégie de lutte contre le COVID-19.

Les ordres, les Syndicats, les Sociétés Savantes doivent être sollicités pour cette réflexion.

Tout cela doit aboutir à la mise en ordre de bataille de cette partie importante de notre système de Santé. Ainsi on pourra sélectionner les structures, connaitre leur capacité du moment, leurs insuffisances et les corriger au mieux. Tous les financements que le gouvernement annonce premettront ces renforcements de capacité.

La centralisation actuelle de la gestion du COVID-19, si elle se justifiait dans les premiers moments, doit évoluer vers plus d’ouverture car il y a aussi des effets indésirables.

Il nous revient, qu’avec la centralisation de la prise en charge, des malades asymptomatiques peuvent être reçus et même hospitalisés dans des cliniques avant que l’on ne découvre leur statut quelques jours plus tard avec les risques de contamination que l’on sait. Or ces structures doivent continuer à recevoir les malades souffrants d’autres pathologies. Comment le faire en les préservant du risque au COVID-19 ?

Ce sont toutes ces questions qui seront résolues par l’association et la participation de tout le Secteur Privé.

Le Secteur Privé pharmaceutique doit également être associé afin que les prescripteurs et les dispensateurs renforcent les moyens de juguler totalement l’automédication dans le traitement du COVID-19.

En tout état de cause, le Secteur Privé de notre système de Santé contribue significativement à l’offre de soin en Côte d’Ivoire et surtout à Abidjan qui est l’épicentre de l’Épidémie. Avec toutes les compétences diverses et variées, Infrastructures et plateaux techniques disponibles dans le Secteur Privé, il est absolument nécessaire de l’impliquer.

Que le cadre de discussion soit créé avec des objectifs clairs et le reste suivra : l’articulation Secteur Privé-Secteur Public sera rapidement définie et des solutions concrètes seront trouvées. Il y a trop de compétence, d’expérience et d’intelligence dans ce milieu pour qu’il n’en soit pas ainsi.

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