12092021Headline:

Madagascar: la proposition de loi sur l’interruption thérapeutique de grossesse fait débat

La proposition de loi sur la légalisation de l’interruption thérapeutique de grossesse, pas encore discutée au Parlement, fait déjà débat dans les médias et sur les réseaux sociaux malgaches. L’objectif de cette loi est d’autoriser l’arrêt d’une grossesse en cas de mise en danger de la vie de la mère, de fœtus non viable, d’inceste ou de viol. Des images montrant un fœtus, des instruments de curetage avec le slogan « non à l’avortement quelle que soit sa forme », publiées sur Facebook par une députée d’Antananarivo opposée à cette proposition, ont fait réagir de nombreux internautes. Si certains la soutiennent, de nombreux autres dénoncent une position extrême et se déclarent en faveur de l’interruption thérapeutique de grossesse.

Dans la Grande Île, l’interruption de grossesse est un crime, même lorsqu’elle est pratiquée pour sauver la vie de la mère. Une situation qui ne peut plus durer, estime Marie Jeanne d’Arc Masy Goulamaly, la parlementaire qui a proposé cette loi et présidente de la Commission genre à l’Assemblée Nationale.

« Je pense qu’il est plutôt mieux d’arrêter la grossesse à l’état embryonnaire que de voir des femmes victimes de grossesses à risques, de voir naître des enfants avec des malformations ou des enfants non désirés suite à un viol, souligne-t-elle. Pour moi, même étant catholique, croyante, je regarde le côté pratique et je préfère aider les femmes victimes que de suivre à la lettre ce qui est dicté par la religion. Comme dans tout sujet de société, c’est normal qu’il y ait des discussions. J’appelle mes collègues à participer massivement au débat sur cette loi sur l’interruption thérapeutique de grossesse et je souhaiterais qu’ils la votent pour le bien des femmes. »

Dans les faits, les médecins effectuent des interruptions thérapeutiques de grossesse. Pour cela, ils risquent jusqu’à 10 ans de prison. Une loi pour encadrer cette pratique et protéger les patientes et les praticiens est nécessaire, explique le docteur Patrick Ranjohanison, secrétaire général de l’Ordre des Médecins de Madagascar.

« Protéger surtout les mamans et puis protéger aussi les médecins »
« Il y a toujours des appréhensions, même si on doit faire une intervention sur une grossesse extra-utérine, par exemple, pointe-t-il. Il y a une appréhension chez les praticiens, chez les médecins, mais on le fait parce que c’est pour sauver des vies. On n’en parle pas. On le pratique tout simplement, sachant que c’est illégal. C’est un problème moral par rapport à la situation. Il y a aussi un tiraillement interne pour le médecin. “Est-ce qu’on doit le faire ? Est-ce qu’on ne doit pas le faire ?” C’est l’intérêt de cette proposition de loi justement, pour protéger surtout les mamans et puis protéger aussi les médecins, pour qu’ils ne soient pas incarcérés pour des pratiques qui sont vraiment thérapeutiques et qui sauvent des vies. C’est purement technique. Nous ne voulions pas que ce soit un débat passionnel. On voulait juste proposer une loi qui sauve des vies. »

Il y a quatre ans, les articles concernant l’interruption thérapeutique de grossesse avaient été supprimés de la loi sur le planning familial par les parlementaires. Ces derniers estimaient qu’elle serait une porte ouverte à l’interruption volontaire de grossesse.

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