01242017Headline:

Malade depuis 16 ans, voici toute la verité sur la maladie de Adjé Daniel

Adje daniel

Le comité d’organisation de la 36ème édition du Popo carnaval organise une journée- hommage en l’honneur d’Adjé Daniel, ce vendredi 1er avril, à Bonoua. Avant cet événement, le comédien se livre aux Ivoiriens

Adjé Daniel, le Comité d’organisation du Popo Carnaval 2016, vous honore à travers une journée -hommage, vendredi (aujourd’hui). Comment avez-vous accueilli la nouvelle ?

Cette nouvelle m’est bien parvenue et je l’ai bien accueillie. C’est même un étonnement de ma part.

Pourquoi êtes-vous surpris?

J’ai 72 ans. Depuis très longtemps, cela ne s’est jamais passé à Bonoua. Pourquoi maintenant? Nous sommes à la 36ème édition du Popo Carnaval, on n’a jamais honoré quelqu’un ainsi. Et c’est sur moi que c’est tombé. J’en suis très flatté.

Pour vous, que représente cette reconnaissance?

En pays Abouré, c’est surtout ceux qui ont beaucoup étudié. J’ai vu l’hommage fait au professeur Aholi. C’est quand même un sauveur. Il est professeur agrégé. Mais je ne savais pas que l’homme de la rue aussi pouvait recevoir un tel hommage. C’est d’ailleurs pour cette raison que je dis que c’est un étonnement.

Pensez-vous que cet hommage aurait dû être fait un peu plus tôt?

Oui et non. Parce que ça m’étonne. En pays Abouré, on nous appelle les ”Akpassmandi”.

Qui sont les ”Akpassmandi”?

Ce sont les gens qui ne savent pas s’occuper d’eux-mêmes mais qui préfèrent s’occuper des autres.

Selon vous, les ”Akpassmandi” ne méritent pas un tel hommage?

Ah non! Pas du tout. Parce que je n’en ai jamais vu.

Alors depuis l’annonce de cette bonne nouvelle, comment l’attendiez-vous?

C’est comme tous les autres jours. Je n’attends rien, surtout je serai très content de voir des amis des planche être autour de moi ce jour-là.

Voulez-vous dire que depuis que vous être malade, vous vous sentez abandonné?

Ah non! Comme on le voit souvent, vous savez, les hommes des planches, lorsqu’ils sont malades, ils sont abandonnés à eux-mêmes. Par contre moi, j’ai eu la visite de pas mal d’amis. J’ai été toujours dans la foule. C’est pour cela que je vous dis que, si je vois mes amis autour de moi, je serai content.

La foule et les planches vous manquent aujourd’hui?

Ah oui, absolument! Je regrette amèrement ces moments où je faisais rire les populations à travers les pièces de théâtre. Parce que cela me m’envoie pas directement de l’argent dans mes poches, mais les relations valent de l’argent, de l’or pour moi. Partout où je passe, je suis reconnu par quelqu’un. C’est toute ma chance d’être toujours avec des hommes qui me disent que je suis leur idole. D’ailleurs, il y a des coups de téléphone qui me parviennent de partout. Je ne sais même pas comment ils arrivent à avoir mon numéro. Mais ce qui sort de la bouche vient du coeur : « Je suis votre fan, vous êtes mon idole». A tout moment, c’est cela. Donc, je serai content de me retrouver parmi eux.

Depuis combien d’année luttez-vous contre la maladie?

Depuis 16 ans et demi, je suis malade. Le malade ne peut pas aller loin. J’ai ma petite famille autour de moi, c’est tout. Et des amis qui viennent me rendre visite.

Pourtant, des gens ont organisé des spectacles pour vous venir en aide financièrement. Qu’en dites-vous?

Des gens prennent mon nom pour faire des spectacles sans que je sois moi-même averti.

Avez-vous dénoncé ces faits?

Mon frère, moi-même je ne sais pas si demain je vais mourir, je vais prendre combien de temps pour poursuivre quelqu’un? Je ne poursuivrai pas quelqu’un pour ça ?

La maladie vous a éloigné des planches, certes, mais quel regard, l’un des pionniers que vous êtes, peut-il porter sur le théâtre ivoirien d’aujourd’hui?

J’aime parler de moi (il met un moment d’arrêt et demande de reprendre la question, avant de poursuivre…). Ça me fait très mal au cœur, mais c’est aussi très bien fait pour les journalistes ivoiriens qui ont dit, à l’époque, que je ne faisais pas du théâtre, que je faisais plutôt des mises en place. Ils disaient que le théâtre que je faisais était du théâtre populaire, donc du théâtre ”terre à terre”, pour lequel ils n’avaient aucune considération. Maintenant, je suis content qu’ils voient ce qu’est devenu leur théâtre de recherche. Maintenant, je crois qu’ils ont trouvé le vrai théâtre que les Ivoiriens aiment. Donc on les attend à la télé.

Êtes-vous en train de dire que vous avez eu raison trop tôt?

Ah, je ne vous le fais pas dire. Les populations trouvaient ce qu’ils recherchaient dans mes spectacles parce que je traite des problèmes de l’heure, du pays, des coutumes et des générations. Malgré tout ça, c’était avec des flèches que j’étais reçu. Maintenant, ils voient la réalité. Parle-t-on de théâtre encore ? Je n’ai jamais fait le Mali. Je ne connais pas le théâtre malien, mais je connais les chanteurs. Parmi eux, celui que je connais le plus, c’est le rougeaud, Salif Kéita. Quand Salif Kéita chante, il dit que chaque Noir a son Blanc. Mon frère (il reste évasif pendant un moment). En tout cas, on va couper court : le théâtre que les gens voulaient, ils l’ont. Maintenant, ils sont servis. Pour moi, on arrête là. On met une croix dessus.

Laquelle de vos pièces de théâtre vous a le plus marqué?

C’est ”Kouaho Adjoba”. Dans cette pièce de théâtre, on est dans la coutume à cent pour cent. On n’a pas laissé un seul mot, ni une seule phrase. Croyez-vous que c’est facile de voir quelqu’un de votre trempe pleurer pendant un spectacle ? Même le rire est difficile, mais pleurer est encore plus difficile sur une scène où des enfants vous regardent. Est-ce facile? Mais j’arrivais à faire ça. Je conciliais les deux à tous mes spectacles.

D’où tirez-vous cette inspiration?

C’est d’abord un don, et ensuite je tire cela du terroir parce que je suis un bon observateur. Quand je vais à des funérailles, j’observe tous les petits détails. Donc quand je tire sur la corde, les gens se mettent à pleurer.

Adjé Daniel, racontez-nous quelques anecdotes sur cette pièce ”Kouaho Adjoba”…

Pour cette même pièce, j’ai été frappé au Bénin. Sous prétexte qu’une pièce ne peut pas faire pleurer tout un monde, on m’a lancé des oranges sur scène. Tout cela parce que j’ai tellement bien campé mon personnage que les gens se sont retrouvés dans la réalité. C’est une fierté pour moi.

Aujourd’hui, la maladie vous empêche de monter sur scène. Mais vous arrive-t-il de penser à écrire une pièce de théâtre ?

Je ne sais pas écrire un mot, je joue ce que les autres écrivent. Voyez-vous, Pelé le plus grand footballeur du monde n’a pas jamais été cordonnier pour tanner une peau et faire une balle. Mais si on vous dit que Pelé joue à Bonoua, personne ne sera fera conter le match. Tout le monde voudra aller le voir. Est-ce lui qui a tanné la peau ? Je suis comme Pelé, je joue ce que les autres font.

Les populations vous attendent à Bonoua ce vendredi. Que leur réservez-vous comme surprise?

Je sais qu’ils seraient très contents que je parle un peu de ce que j’ai fait pendant ma carrière. Mais, comme j’aime la foule, c’est sûr que je leur raconterai quelques anecdotes pour dire que je suis encore là, debout. Après tout, c’est quand même Adjé Daniel.

Pouvez-vous donner un avant-goût?

Ah ! mais si vous prenez l’avant-goût maintenant, que diront ceux qui seront là vendredi? D’accord, comme vous insistez, je parlerai des hommages rendus. Vous ne pouvez pas vous imaginer ce qui s’est passé. A l’époque, je devais partir à New York, aux Etats-Unis. Dans l’avion, j’entends les jeunes filles-là (les hôtesses) annoncer aux passagers: «On a une personnalité jamais rencontrée, sur le vol». Si c’était aujourd’hui, j’allais dire que c’est une affaire de terroristes. Mon ami, par la suite, le commandant de bord dit aux passagers: «N’ayez pas peur, c’est un homme de tous les jours, mais il est avec nous, vous allez le voir: Adjé Daniel». Et automatiquement, on met mon film. A côté de moi, ma voisine, c’était le commissaire de l’aéroport de Dakar. Quand je suis arrivé là-bas, tout le monde a voulu m’offrir à boire. Il y a des choses qui m’ont marqué personnellement. Hormis ce que j’ai vécu au Bénin, c’est encore une autre histoire qui a pris de la place dans mon cœur (il reprend l’histoire dans l’avion). Madame le commissaire de me dire: «Si vous étiez un mauvais type, moi qui suis à côté de vous, vous ne saviez pas que j’étais le commissaire de l’aéroport, je vous aurais enfermé ici». Je vous assure que mon Bernard a commencé à basculer (rires autour de lui). Ne riez pas, vous avez dit que vous serez à Bonoua. Alors, si vous commencez à rire maintenant…

Réalisé par Alphonse CAMARA

Comments

comments

What Next?

Recent Articles

Leave a Reply

Submit Comment