03262017Headline:

Pitié, arrêtez de boire de l’eau en bouteille/ce que dit un rapport canadien


L’eau en bouteille est une arnaque. C’est aussi débile que de vendre de l’air en bouteille hors de prix, mais après quelques décennies de commercialisation, un instinct absurde nous pousse parfois à saisir une bonne bouteille de Volvic quand notre bouche devient sèche et notre esprit étourdi par la chaleur. C’est pas de l’eau mon pote, c’est de l’Eau !

Prenez mon pays, le Canada. Ici, l’eau en bouteille prévient des aquifères situés près des Grands Lacs, où elle est pompée pour la modique somme de 3,71$ le million de litres par des compagnies qui la revendent ensuite en réalisant des profits monstrueux. On parle tout de même d’un pays où les peuples autochtones (amérindiens) sont contraints par des décrets à faire bouillir toute l’eau qu’ils consomment, et qui se retrouvent généralement à boire leur propre eau potable après l’avoir rachetée sous forme de bouteilles livrées par des camions. Sans surprise, cette eau appartient alors à Nestlé et à d’autres grandes entreprises.

Des politiciens et des activistes appellent à augmenter le prix réclamé aux entreprises pour pomper l’eau des sources municipales, mais certains experts estiment que cela ne suffit pas. Selon les plus véhéments, il faudrait tout simplement interdire à quiconque de pomper de l’eau dans un but lucratif, pour des raisons aussi bien sociales que scientifiques. Et Nestlé devrait perdre la licence qui l’autorise jusqu’ici à poursuivre cette pratique.

« Si l’eau devenait un bien commun, cela ne signifierait pas que Nestlé ou Coca-Cola ne pourraient pas en pomper pour produire du soda ; il devrait être possible d’obtenir une licence pour utiliser de l’eau pour fabriquer certains produits, mais pas pour en faire un produit en soi« , explique Stephen Scharper, professeur spécialiste du développement durable à l’université de Toronto.

« À terme, cela reviendrait à abolir totalement l’eau en bouteille. »

Un rapport publié en 2016 par Harden Environmental Services, entreprise spécialisée dans l’analyse des eaux souterraines, indiquait que « les prélèvements d’eau effectués par Nestlé entraînent une dépressurisation » de l’aquifère d’où l’eau est pompée, ce qui peut aboutir à la contamination de l’eau, susceptible d’entrer en contact avec des puits ou des fosses septiques avoisinants.

Surtout, nous pourrions un jour nous retrouver face à une pénurie d’eau. Des données diffusées par la NASA l’an dernier montrent qu’ »environ un tiers des plus grands réservoirs d’eau souterraine de la Terre sont en train d’être rapidement épuisés par la consommation humaine. » Si l’on ajoute le réchauffement climatique, source de sécheresses toujours plus fréquentes et toujours plus intenses partout dans le monde, cette eau pourrait bien s’avérer précieuse dans un futur proche.

À ce stade de la discussion, il faut aussi bien garder en tête que l’eau en bouteille n’est pas meilleure que l’eau du robinet, au moins dans les pays où la distribution publique d’eau potable fonctionne correctement ; historiquement, elle est même bien pire. En 1999, l’ONG Natural Resources Defence Council a publié un rapport indiquant que 25% de l’eau en bouteille était exactement la même que l’eau du robinet. En 2006, un test réalisé par la ville de Cleveland a révélé que l’eau en bouteille de la marque Fiji contenait de l’arsenic. En 2008, l’Environmental Working Group a montré que la plupart des marques d’eau en bouteille ne se distinguaient en rien de l’eau du robinet, et dépassaient parfois les seuils légaux de contaminants.

 

« Pas besoin d’intermédiaires du secteur privé »

Les municipalités sont tenues par la loi de publier des rapports annuels sur la qualité de l’eau, mais les entreprises qui vendent de l’eau sont, elles, uniquement surveillées par les associations de consommateurs et non par des agences gouvernementales. Beaucoup d’entre elles publient des rapports sur la qualité de leur eau, mais certains soulignent le fait que ces entreprises ne sont pas soumises aux mêmes standards que les municipalités et que l’industrie s’autorégule.

Aux partisans de l’interdiction de l’eau en bouteille, on pourrait rétorquer que des sources d’eau aisément transportables et stockables peuvent s’avérer vitales en cas de catastrophe ou de problème durable. Les Amérindiens du Canada, par exemple, doivent se contenter d’eau en bouteille tant que leurs problèmes d’eau potable ne sont pas résolus. Mais selon Scharper, il n’y a aucune raison pour que le gouvernement ne puisse pas tenir ce rôle.

« Même si un événement majeur survient et que les services municipaux ne peuvent plus assurer la distribution d’eau, cela ne signifie pas que les entreprises doivent s’engouffrer dans la brèche pour faire des profits, dit-il. Le gouvernement a le devoir de fournir aux citoyens de quoi subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. L’Etat peut fournir de l’eau provenant de sources municipales. Pas besoin d’intermédiaires du secteur privé. »

Historiquement, nous avons déjà eu à prendre des décisions drastiques. Citons l’exemple de l’amiante, qui était très utilisée dans le secteur du bâtiment avant d’être interdite dans de nombreux pays quand on s’est aperçu qu’elle était très dangereuse pour la santé. Cette année, la ville de Paris a interdit la circulation de tous les véhicules produits avant 1997 les jours de semaine, afin de lutter contre la pollution.

Certaines villes ont déjà commencé à interdire l’eau en bouteille. En 2009, la ville de Bundanoon, en Australie, a totalement banni les bouteilles d’eau. En 2014, San Francisco a voté l’interdiction de l’eau en bouteille dans les lieux publics. Autrement dit, c’est possible ; il suffit d’en avoir la volonté politique et d’être motivé.

Alors pitié : arrêtez de boire de l’eau en bouteille.

Poubelles Mer Plage Déchets Ordures

Suite à la publication de cet article (originellement publié sur la version américaine de Motherboard), la Chambre Syndicale des Eaux Minérales a exigé un droit de réponse concernant la spécificité du cas français. Nous reproduisons ici, à sa demande, ce rectificatif:

 

En France l’eau minérale naturelle répond à une réglementation spécifique inscrite dans le Code de la Santé Publique. Le respect de ces spécificités qui sont la pureté, la naturalité, la qualité et la composition constante ont un coût pour les minéraliers. D’importants investissements sont mis en place afin de préserver les sites naturels dont sont issues les sources. C’est au niveau de l’impluvium, zone d’infiltration de l’eau, que les minéraliers conduisent des politiques de protection des sources en collaboration avec les acteurs locaux pour prévenir tout risque de contamination de l’eau minérale naturelle. La surface d’un impluvium peut couvrir plusieurs milliers d’hectares.

Par ailleurs, l’eau minérale naturelle n’est pas une ressource gratuite : une taxe est payée par les embouteilleurs aux communes où se situent les sources. Le prix de l’eau minérale naturelle est donc le reflet de tous ces facteurs.

La quantité d’eau embouteillée n’excède pas ce que la nature renouvelle jour après jour. Les minéraliers sont conscients qu’il faut préserver les ressources en eau. Leur activité autour des sources permet justement de pérenniser ces ressources, en les protégeant de la pollution et en préservant leur écosystème naturel.

Le Code de la Santé Publique définit les spécificités de l’eau minérale naturelle : elle est d’origine souterraine. Elle provient d’une source unique préservée de toute pollution humaine et ne subit aucun traitement de désinfection. L’eau du robinet et les eaux minérales naturelles sont donc totalement différentes et répondent à des réglementations distinctes.

De plus, les eaux minérales françaises sont soumises à une réglementation qui définit également les seuils légaux de contaminants. Or, les eaux minérales françaises ne dépassent pas les seuils légaux de contaminants, sinon elles ne pourraient pas être commercialisées.

Source : motherboard.vice.com

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