03262017Headline:

Contraception: bientôt des pilules pour homme !

couple sex

Des chercheurs australiens sont parvenus à rendre des souris mâles infertiles.
Une nouvelle révolution sexuelle est-elle en marche? 61% des hommes se disent prêts à prendre une pilule contraceptive, selon un sondage CSA réalisé en 2012. De bonnes intentions qu’ils devraient pouvoir tourner en réalité d’ici à quelques années. En effet, des chercheurs australiens annoncent dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Scienceavoir franchi une nouvelle étape vers la création de la pilule pour homme, en modifiant chez la souris deux gènes permettant l’éjaculation des spermatozoïdes.

Les chercheurs de l’université Monash ont ainsi inactivé la production de deux protéines: les récepteurs alpha adrénergiques et les récepteurs purinergiques qui permettent au muscle du canal déférent de propulser les spermatozoïdes. Le tout «sans affecter la viabilité à long terme du sperme ou la santé générale et sexuelle du mâle, explique Sabatino Ventura, l’un des chercheurs. Simplement, le muscle ne reçoit pas le message chimique lui indiquant de faire avancer les gamètes».

«Comme une vasectomie»

Résultat: les souris mâles traitées étaient complètement stériles mais en parfaite santé, et pouvaient continuer à s’accoupler normalement. Par ailleurs, lorsque les chercheurs ont prélevé du sperme dans leurs testicules et l’ont injecté dans des ovules de souris femelles, il y avait bien reproduction. «Dans cette expérience, on ne bloque pas la production de spermatozoïdes mais on les empêche de sortir. Comme dans une vasectomie», explique au Figaro le Pr Jacques Young, endocrinologue spécialistes des maladies de la reproduction à l’hôpital Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne).

L’équipe australienne va, à présent, tenter de bloquer de manière chimique ces récepteurs. Cela pourrait, selon eux, déboucher sur la création d’une pilule contraceptive masculine d’ici à dix ans. Un enthousiasme que ne partage pas le professeur Young. «Les récepteurs visés par cette expérimentation ne sont pas spécifiques de l’appareil reproducteur masculin, met-il en garde. Ils sont présents dans tous les muscles lisses du corps. Des molécules qui bloqueraient ces récepteurs auraient sans doute des effets secondaires.»

Alors faut-il abandonner l’idée d’une pilule contraceptive pour l’homme? Pas du tout, explique Jacques Young, qui place beaucoup d’espoirs dans les recherches d’une équipe américaine, publiées il y a un an dans la revue Cell. Martin Matzuk et ses collègues ont ciblé une protéine, la BRDT, présente uniquement dans le testicule et qui joue un rôle essentiel au cours de la spermatogenèse. Comme il a été montré que des mutations du gène codant pour la BRDT étaient associées à une stérilité par absence de spermatozoïdes chez des hommes, ils ont synthétisé une molécule, baptisés JQ1, qui inhibe spécifiquement cette protéine, et l’ont administrée à des rongeurs avec succès. «C’est l’une des études les plus importantes en matière de contraception masculine depuis 15 ans», estime le Pr Young. Mais si la piste est très prometteuse, il faudra également attendre plusieurs années avant qu’elle n’aboutisse.

La crainte de la contraception hormonale

Pourquoi la pilule pour l’homme semble encore relever du défi bien des décennies après l’avènement de la contraception orale féminine? Principalement pour des raisons physiologiques. «Alors que la fertilité féminine est liée à la production d’un ovule par mois, la spermatogénèse est continue et pour éviter toute grossesse, il ne doit pas rester un seul spermatozoïde», explique Jacques. Young.

En outre, bloquer la production de millions de spermatozoïdes par une stratégie hormonale, ce que l’on sait déjà faire en combinant des progestatifs à des dérivés de la testostérone, s’est parfois révélé délicat pour la libido. Aucun essai clinique n’a pour l’instant été réalisé par l’industrie pharmaceutique pour obtenir une autorisation de mise sur le marché. Pour cela, il faudrait que les hommes soient prêts à la prendre. Or la contraception hormonale est souvent vécue comme une castration chimique.

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