02022023Headline:

Au Yémen, les attaques des rebelles font craindre une escalade

Deux mois après la fin d’une trêve au Yémen, les combats n’ont pas repris mais une série d’attaques menées par les rebelles Houthis contre des terminaux pétroliers font craindre une nouvelle escalade dans le pays dévasté par la guerre.

Le mouvement rebelle proche de l’Iran a revendiqué des attaques de drones qui ont empêché les pétroliers d’accoster dans les ports contrôlés par le gouvernement, dont les forces sont soutenues par une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite. Ces attaques se sont produites alors que l’ONU tente en vain de relancer la trêve, qui avait duré d’avril à octobre.

Point d’achoppement: les rebelles exigent le paiement par le gouvernement des fonctionnaires et des militaires à la retraite dans les zones dont ils se sont emparées en huit ans de guerre, dont la capitale Sanaa.

L’objectif des Houthis est de «faire pression pour que leurs demandes soient satisfaites», explique Ahmed Nagi, chercheur au centre de réflexion Malcolm H. Kerr Carnegie Middle East Center, à Beyrouth.

Pour ce spécialiste du Yémen, ces attaques révèlent «l’ampleur des défis économiques» auxquels les rebelles sont confrontés dans les territoires qu’ils contrôlent, déplaçant le débat «du partage du pouvoir au partage des ressources».

Selon la Banque centrale d’Aden (Sud), la capitale provisoire où le gouvernement est établi, les exportations de pétrole ont généré environ 1,4 milliard de dollars l’année dernière.

Le pays le plus pauvre de la péninsule arabique produit près de 80.000 barils par jour, majoritairement exportés pour financer 70% des dépenses du gouvernement.

Le conflit a provoqué l’une des pires tragédies humanitaires au monde, tuant des centaines de milliers de personnes et forçant des millions d’autres à se déplacer, selon l’ONU.

Depuis la fin de la trêve, les Houthis ont annoncé avoir lancé trois attaques contre des ports pétroliers. Ces attaques «sapent les efforts de paix», a prévenu à la mi-novembre, Rashad al-Alimi, à la tête d’un conseil présidentiel représentant le pouvoir, lors d’une rencontre avec les ambassadeurs occidentaux.

«Répercussions humanitaires catastrophiques»

Fustigeant l’impact de ces attaques sur l’économie dévastée du pays, Rashad al-Alimi a mis en garde contre les «répercussions humanitaires catastrophiques» d’une baisse des moyens de l’Etat.

Environ 80% de la population de 30 millions d’habitants dépend déjà de l’aide humanitaire pour survivre, une bonne partie se trouvant dans une situation proche de la famine.

Pour Maged al-Madhaji, chercheur au Sanaa Center for Strategic Studies, les Houthis font du «chantage» au gouvernement. «Ils veulent une part de ces ressources sans faire de concessions». Mais «cibler les ports est un pari risqué qui pourrait pousser le gouvernement à des réactions extrêmes», prévient-il.

Fin novembre, l’émissaire de l’ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a déploré les attaques des Houthis, qui «privent le gouvernement yéménite de sa principale source de revenus» et «affectent le bien-être de l’ensemble de la population».

Ces attaques risquent de provoquer «une escalade militaire et économique», a averti le diplomate suédois, devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Pour la chercheuse Elisabeth Kendall, de l’Université de Cambridge, les rebelles ont l’avantage, même s’ils sont militairement plus faibles que les forces de la coalition. «Ils ont peu à perdre et beaucoup à gagner en continuant à se battre pour obtenir de nouvelles concessions», souligne cette spécialiste du Yémen. Selon elle, les Houthis tiennent les ports pétroliers en otage pour obtenir «une rançon».

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