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Congo : Pointe-Noire, 100 ans et l’espoir d’un nouveau printemps

Il y a tout juste cent ans, le 11 mai 1922, le gouverneur général Victor Augagneur signait le décret portant création de la ville de Pointe-Noire, dans la baie du même nom. Ce mois de mai 2022 est l’occasion pour les autorités municipales et départementales de fêter dignement le centenaire de leur cité océane. Peut-être les Ponténégrins regrettent-ils les aléas du destin et du calendrier, qui imposent d’organiser ces cérémonies au moment où Pointe-Noire traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire.

Florissante dès les années 1930 grâce à la combinaison de son port et de la célèbre ligne du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO), qui en fait dès sa naissance un point de passage obligé pour toute l’économie sous-régionale, la ville devient flamboyante quelques décennies plus tard, quand les premiers gisements de pétrole découverts au large de la Pointe-Indienne entrent en phase de production. Les crises et la guerre civile qui ont secoué le Congo de 1992 à 1999 ont, elles aussi, provoqué la migration de nombreux Congolais vers Pointe-Noire, épargnée par les turbulences.

Selon les chiffres de la chambre de commerce et de l’industrie (CCI) de Pointe-Noire, la ville aurait perdu 50 000 emplois depuis 2015 : aux employés des compagnies pétrolières et à leurs sous-traitants locaux – qui n’ont plus guère de perspective de redéploiement depuis l’entrée en production du gisement de Moho Nord, en 2017 —, se sont ajoutés les personnels de maison des expatriés, lesquels sont désormais bien moins nombreux que durant les fastes décennies 1970 et 1980 de la ville. Le mois et demi de confinement, au début de 2020, n’a rien arrangé, « à un moment où l’économie de Pointe-Noire connaissait un début de reprise », se souvient Sylvestre Didier Mavouenzela, le président de la CCI.

Deux ans plus tard, la cité océane semble sortir de sa torpeur. « Pointe-Noire est entrée dans une phase de stabilité économique en retrouvant une partie de son activité, mais à un rythme très lent », constate le représentant consulaire d’un secteur privé local en difficulté. Dans cette morosité ambiante, seul le Port autonome de Pointe-Noire (PAPN) – qui, lui, a fêté ses 83 ans le 2 avril —, n’a pas ralenti la cadence. Il a conservé ses tonnages et les a même améliorés, grâce notamment aux extensions et équipements réceptionnés en février 2020, quelques semaines seulement avant le début de la pandémie.

Comme un symbole de cette bonne santé conservée, les autorités portuaires ont inauguré, en janvier, le nouveau siège du PAPN et la salle de conférence de 600 places qui l’accompagne. Unique bâtiment d’envergure réalisé à Pointe-Noire ces dix dernières années, son installation a tout de même été l’occasion d’aménager quelques kilomètres de voirie, qui le relie désormais aux routes fatiguées desservant les quartiers environnants.

Aujourd’hui un peu esseulé, ce vaisseau amiral de verre et de métal domine la ville de ses quinze étages. À ses pieds, il est prévu de construire un nouveau quartier — à demi d’affaires, à demi résidentiel — autour du nouveau port de pêche et d’une marina. Une perspective réjouissante mais lointaine pour la ville et ses autorités, qui scrutent avec attention et une pointe d’espoir retrouvé l’actuelle flambée des cours du pétrole. Si le cours du brut se maintient à plus de 100 dollars le baril, quelques projets jugés trop coûteux pourraient devenir rentables et ressortir des cartons dans lesquels les avaient soigneusement rangés les opérateurs.

« Certains forages reprendront dès cette année », parie Sylvestre Didier Mavouenzela. À commencer, peut-être, par l’énorme projet gazier que ENI Congo envisage de démarrer au large de Pointe-Noire dans les prochains mois, pour une mise en production attendue dès 2023. Un investissement de trois milliards de dollars qui, s’il se concrétise, devrait aider la ville de retrouver un peu de sa superbe.

Au-delà des célébrations, ce centenaire permettra enfin à Pointe-Noire de disposer de sa propre université, ainsi que d’un marché central rénové. Les chantiers doivent en effet être lancés à l’occasion du jour anniversaire de la ville par le président Denis Sassou Nguesso, avec à ses côtés, le « régional de l’étape » : son Premier ministre, Anatole Collinet Makosso. Comme beaucoup de Ponténégrins, celui-ci voit dans sa nomination à la primature, en mai 2021, un alignement des planètes, dont sa ville natale se doit de profiter pour se réinventer. « Il faut la dépoussiérer, la redessiner, pour retrouver “la belle Pointe-Noire” », souligne le chef du gouvernement. « Nous devons aussi diversifier notre économie locale et ne plus dépendre d’un modèle reposant sur l’activité pétrolière, qui ne redeviendra jamais ce qu’elle a été », ajoute Sylvestre Didier Mavouenzela.

Les habitants de « Ponton » auront l’occasion de réfléchir à leur avenir, sans forcément devoir tourner le dos à ce passé ouvert aux vents du grand large qui continue de faire de Pointe-Noire une ville à part. C’est ce patrimoine qu’ont décidé de mettre en avant la municipalité ainsi que les instances départementales et nationales impliquées, réunies autour du maire, Jean-François Kando. Législatives en juillet obligent, les célébrations se dérouleront en deux temps. Si le programme de septembre reste à définir, celui du mois de mai est bien rempli, avec cinq jours de festivités prévus, du 11 au 15. Au menu : des évènements sportifs et gastronomiques, l’embellissement de quartiers, un hommage à cent personnalités marquantes de la ville, des colloques (dont l’un organisé par le ministre en charge de l’Éducation et de l’Alphabétisation, Jean-Luc Mouthou). Le tout enrubanné de soirées culturelles ou dansantes.

Le 11 mai, la cité océane lèvera aussi le voile sur son projet de construction d’une colonne de près de quinze mètres de haut, qu’elle souhaite faire construire au bout de la longue avenue Charles-de-Gaulle, au centre de ce qui deviendra la place du Centenaire. Le long du tube en béton fibré, les Ponténégrins pourront voir les grandes étapes de l’évolution de la ville durant son premier siècle d’existence. Et, en contemplant en arrière-plan l’iconique gare centrale abandonnée à elle-même, mesurer le chemin à (re)parcourir pour que Pointe-Noire retrouve l’éclat de sa jeunesse.

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