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Côte d’Ivoire : les chiffres des viols en milieu scolaire sont connus

Dossier réalisé par le Comité National pour la Sauvegarde de l’École de la République (CNSER).

Le CNSER observe l’exceptionnelle mobilisation populaire contre les violences faites aux femmes, et dont la théâtralisation du viol sur un plateau télé a achevé de nous convaincre du maintien de la vigilance et de la tolérance zéro des viols et de leurs auteurs, repentis ou pas. Le violeur est marqué au fer rouge par son acte ignoble. De la manière, une femme violée porte son traumatisme à vie, de la même façon, il ne saurait y avoir d’ex-violeur : violeur un jour, violeur pour toujours. La carcéralité ne saurait donc fonctionner comme un lieu propitiatoire d’où le violeur y reviendrait, laver de son iniquité.

Aussi, le CNSER condamne-t-il, avec la dernière énergie, la scénarisation du “passage à l’acte” d’un violeur compulsif sur un plateau télé. Cette immersion perverse dans l’univers de ce violeur exaltée par l’orgie langagière et la cocasserie digne de carré rose n’apporte rien à la société ivoirienne; sinon qu’à rendre banal le viol en accordant, au passage, le blanc-seing aux violeurs.

Le CNSER témoigne sa solidarité aux “survivantes” des viols et aux nombreuses familles qui ont perdu des siens pour cause des viols.

Ne nous y trompons pas : ce scandale qui enflamme la toile et choque certaines chancelleries n’a rien de médiatique. Il parle plutôt à notre société qui decouvre, par-là même, l’ampleur de ce crime dont les jeunes écolières, lycéennes et étudiantes portent les stigmates.

Cette scabreuse émission intervient à quelques jours de la rentrée scolaire. L’Ecole de la République est en train de battre le triste record de la violence sexuelle en milieu scolaire et estudiantin. L’indignation collective d’aujourd’hui doit s’inscrire dans un continuum pour, définitivement, en finir avec les violences sexuelles à l’École.

En effet, lors de la présentation des données statistiques scolaires 2017-2018, le jeudi 29 mars 2018, la direction des stratégies, de la planification a révélé que, sur l’année scolaire 2017-2018, 575 élèves ont été victimes de coups et blessures et 33 cas de viols signalés dans le secondaire général, 94 filles ont été victimes de harcèlement, 45 de mutilations génitales et 1.048 élèves d’humiliations.

En 2015, Denis Koménan Dagou, Zamblé Théodore Goin Bi ont publié dans Perspectives Psy 2015/3 (Vol. 54), pages 263 à 274, une étude exploratoire descriptive sur les manifestations des différents types de violences sexuelles dans les écoles ivoiriennes. À l’aide d’un questionnaire autoadmnistré, 2 200 élèves ont été interrogés sur l’ensemble du territoire ivoirien. Pour les enquêteurs, les manifestations des differents types de violence sexuelle sont par ordre d’importance les sollicitations sexuelles sans contact, l’exploitation sexuelle, les attouchements sexuels et le viol.

Au niveau des sollicitations sexuelles sans contact, dans les écoles ivoiriennes, les agressions sexuelles par des plaisanteries à connotation sexuelle et la diffusion d’images pornographiques sont fréquentes. Les victimes sont les élèves les plus âgés des deux sexes. Quant aux plus jeunes, filles comme garçons, ils sont victimes de voyeurisme avec ici une pression pour montrer leurs parties intimes à l’agresseur. Au niveau de l’exploitation sexuelle, ce sont les plus jeunes élèves garçons et surtout les filles, qui sont plus exploités sexuellement par les enseignants.

Pour ce qui concerne, les attouchements sexuels, dans les collèges et lycées plus qu’au primaire, les filles sont plus victime que les garçons. Les résultats de cette étude démontrent que les garçons des écoles primaires ivoiriennes et les élèves des collèges sont plus victimes de viols que les filles.

Cette étude confirme les propos de la ministre de la Femme et de l’enfant, s’exprimant à l’occasion de “la Journée mondiale de la prévention des abus envers les enfants”, célebrée les 19 et 20 novembre: “En Côte d’Ivoire, 18% des élèves sont victimes de viols et environ 38 % d’entre eux sont victimes de harcèlement sexuel à l’école”, Anne-Désirée Ouloto dixit. La ministre a jugé “alarmantes les violences physiques et morales” que subissent les enfants ivoiriens aussi bien dans le cadre de l’institution scolaire qu’au sein des familles. Toujours selon elle, « Plus du tiers des élèves (38%), filles comme garçons, sont victimes de harcèlement sexuel à l’école, 14% des élèves ont fait l’objet de harcèlement sexuel de la part des enseignants, 46% des élèves sont frappés par leurs enseignants, en particulier dans le primaire, et 30% font l’objet de punitions humiliantes.”

En juillet 2016, l’opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) et du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a présenté les résultats de l’observation effectuée par la Division des droits de l’homme (DDH) de l’ONUCI sur la problématique des viols et de leur répression judicaire en République de Côte d’Ivoire entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2015.

Résumé dudit rapport

Ce rapport port s’inscrit dans le cadre de la résolution 1528 (2004) du Conseil de sécurité des Nations Unies et des résolutions subséquentes qui donnent notamment mandat à l’ONUCI de contribuer à la promotion et à la défense des droits de l’homme en Côte d’Ivoire en prêtant une attention particulière aux actes de violence commis contre les femmes et les enfants, et d’aider à enquêter sur les violations des droits de l’homme pour mettre fin à l’impunité.

Dans le cadre de ses activités de suivi de la situation des droits de l’homme, la DDH a pu documenter 1.129 cas de viol affectant 1.146 victimes à travers tout le territoire de la Côte d’Ivoire entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2015. Soixante-six pour cent des victimes étaient des enfants, dont un pour cent étaient des garçons. Près de sept pour cent de l’ensemble des auteurs présumés des cas documentés par la DDH étaient des agents de l’Etat, principalement des éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) et des enseignants.

Ces chiffres ne se réfèrent qu’aux cas de viol documentés par la DDH au cours de la période couverte par ce rapport. En effet, la DDH n’a pas la capacité de documenter tous les cas de viol commis à travers le pays. Par ailleurs, certaines victimes ne dénoncent pas les violences sexuelles dont elles ont fait l’objet en raison notamment du risque ou des craintes de représailles et de stigmatisation par leurs communautés, du manque de confiance dans le système judiciaire et d’une tendance de la société à recourir trop fréquemment aux arrangements à l’amiable.

En ce qui concerne la répression judiciaire des viols, selon les données collectées par la DDH, des enquêtes ont été initiées et des dossiers ouverts dans 1.021 cas, soit 90 pour cent du nombre total des cas documentés par la DDH. Parmi ces cas, 203 – soit près de 18 pour cent du nombre total des cas documentés par la DDH – ont fait l’objet d’un jugement, tous après avoir été correctionnalisés, c’est-à-dire après une requalification des faits en un délit. Trente-huit cas (soit trois pour cent du nombre total des cas) ont fait l’objet d’un règlement à l’amiable et 14 cas (soit un pour cent du nombre total des cas) ont été classés sans suite. Pour 56 cas, soit près de cinq pour cent du nombre total des cas, les victimes ou leurs familles n’ont pas porté plainte.

La répression judiciaire des crimes de viol a connu divers obstacles, notamment en raison de l’absence de tenue de sessions par les Cours d’assises entre 2001 et 2014 et de la tenue irrégulière de telles sessions depuis 2014. Cette situation a créé une congestion des affaires relatives au crime de viol devant la justice. Les autorités judiciaires ont « correctionnalisé » des cas de viol documentés par la DDH et les ont requalifiés, notamment en « attentat à la pudeur », délit pouvant être jugé par les tribunaux de première instance, mais passible dès lors de sanctions moindres que s’il était jugé par une Cour d’assises.

Pour le Comité National pour la Sauvegarde de l’École de la République (CNSER)

Le Président

Professeur Jean-Francis EKOUNGOUN

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