01192022Headline:

Côte d’Ivoire : une institutrice délaissée dans un village par son inspection raconte son enfer

En Côte d’Ivoire, après qu’une institutrice ait été violé dans un village du département de Daoukro, une autre triste histoire défraie la chronique. Une institutrice délaissée dans un village par son inspection raconte son enfer. Les faits.

UNE INSTITUTRICE RACONTE SON CALVAIRE
“Bonjour à tous
Je suis madame YAPO (nom d’emprunt) et je vis une situation depuis maintenant 3 ans à mon lieu de service.
En effet je suis enseignante dans une localité du pays. Lorsque je suis sortie du Cafop, j’ai été affectée dans une localité non loin de la ville chef-lieu de département à 7km de la voie bitumée. Le village possède le réseau électrique et 2 pompes villageoises. Le village a deux EPP. La première EPP est achevée et possède des logements pour instituteurs. La deuxième par contre est inachevée et ne possède pas de logements pour instituteurs. J’ai été affecté là-bas avec 6 autres institutrices stagiaires comme comme moi. Toutes des femmes.
Lorsque je suis arrivé dans le village mon époux m’a accompagné et nous avons visité des logements que le Coges nous a proposé. parmi ces logements il y avait une maison de 3 pièces qui était complètement abîmée mais il y avait une douche et un WC. Mon époux a donc décidé de choisir cette maison juste à cause de ce détail de douche et WC à l’intérieur. Mon époux a de sa propre poche réhabilité la maison et fait installer une fosse septique pour pouvoir utiliser le WC.
J’ai fais ma première année dans cette maison sans aucun soucis. Vers la fin de la première année la propriétaire de la maison qui vit à Abidjan a décidé que je paye désormais un loyer de 15000f pour cette maison. Malgré toutes les dépenses effectuées dans cette maison pour la rendre habitable et qui se chiffrent à plus de 400000f la dame m’a imposé un loyer. J’ai informé le coges qui nous a clairement dit qu’il n’y a avait pas d’argent dans les caisses pour supporter ce loyer. Mon inspecteur a été informé et n’a pas réagi fasse aux Coges. Mon époux s’est donc résolu à payer le loyer.
Pendant la deuxième année, la propriétaire à Abidjan devant venir pour des obsèques dans le village a exigé que je libère momentanément la maison juste pour qu’elle y fasse son séjour. Des gens du village on décidé de la raisonner en lui proposant de l’héberger mais elle n’a rien voulu savoir. Je me suis résolu à libérer la maison le temps de lui permettre de passer son séjour.
4 mois après la propriétaire a encore décidé de revenir pour des obsèques et a demandé que je libère momentanément une fois de plus parce qu’elle vient avec son époux et ses enfants.
Mon époux n’a pas apprécié et l’a fait savoir à la dame en arguant qu’on ne peut imposer une telle foutaise à son locataire qui de surcroît donne le savoir aux enfants du village.
En retour elle a répondu à mon époux qu’elle ne veut plus me voir dans sa maison une fois l’année scolaire terminée.
J’ai informé le Coges et le président de la mutuelle de ce que je n’aurai pas de logement à la rentrée 2021 2022. Ils m’ont rassuré en me disant qu’ils construiront deux logements pendant les vacances et que j’en occuperai une.
Pendant les vacances, j’appelais toujours là-bas pour savoir où en étaient les travaux de la maison en construction et ils me rassuraient que ça avançait bien. À quelques jours de la rentrée scolaire, j’ai appelé pour savoir si je pouvais venir ils m’ont répondu que c’était encore inachevé et qu’ils avaient besoin d’une semaine de plus. J’ai donc informé mon conseiller pédagogique afin qu’il informe mon inspecteur de ce que je viendrai avec une semaine de retard.
Mon conseiller pédagogique en retour m’a dit qu’il appellerait mon ancienne propriétaire pour qu’elle me permette de rester une semaine de plus dans sa maison le temps que la nouvelle maison finisse. La dame a accepté mais à la veille de la rentrée un de mes collègues sur place là bas m’appelle pour m’informer qu’il y a un nouveau directeur qui va récupérer ma maison et que la dame lui a donné son accord. Du coup je me retrouve à nouveau sans logement.
Le nouveau directeur est parti et s’est installé dans la maison. Autant de méchancetés qui m’ont obligé à rester à Abidjan une semaine de plus le temps que la nouvelle maison qui m’avait été attribuée finisse. Le weekend suivant la première semaine de la rentrée j’étais prête à partir quand un responsable de la mutuelle m’appelle pour me dire que la maison n’est toujours pas achevée. J’ai quand même décidé de partir pour ne pas avoir des soucis avec mon inspecteur.
À mon arrivée j’ai constaté qu’effectivement la maison n’avait pas de portes et n’était pas reliée à l’électricité. Mon époux a déboursé plus de 70000f pour faire toutes les installations électriques et la mutuelle à fait mettre les portes. La maison n’était pas totalement achevée mais je me suis vu dans l’obligation d’y vivre grâce aux installations effectuées par mon époux.
Le lendemain je reçois une convocation de mon inspecteur. Je me rend à l’inspection et on me tend une demande d’explication pour mon retard d’une semaine. J’ai répondu à la demande d’explication en expliquant le problème de logement qui m’a fait prendre ce retard. Mon inspecteur a trouvé que mon argument n’était pas valable et a décidé de me punir.
En guise de punition il m’a muté dans un autre village reculé en pleine forêt à 85 km de la voie bitumée. La route pour y aller est une piste villageoise totalement dégradée. Les véhicules évitent de s’aventurer dans ce village. Pour y aller il faut une moto ou un tricycle robuste. J’ai imploré mon inspecteur. Toute en pleurs je lui ai fais comprendre que j’ai un bébé de 7 mois et je suis une femme maladive. Il me sait maladive puisque l’année dernière j’ai été transportée 2 fois de suite en pleine nuit du village où j’étais pour le CHR de la ville où j’ai fais 5 jours d’hospitalisation. Je l’ai supplié, mes parents l’ont appelé pour le supplier, mon époux l’a appelé pour le supplier. Des amis de mon époux (dont des cadres du ministère de l’éducation nationale) l’ont appelé pour le supplier mais il a refusé.
La mort dans l’âme mon époux a dû louer un véhicule bâchée pour déménager de mon ancien poste au nouveau poste. Le chauffeur du véhicule a pris 80000f pour affronter cette piste redoutée par les chauffeurs de la région. Avec mon bébé et mon époux nous sommes arrivés dans ce village où nous avons été logé dans une petite maison inachevée sans connexion au réseau électrique avec la broussaille et le cimetière à côté. Mon époux a encore sorti l’argent pour payer des rouleaux de fils électriques, contacts, douilles, prises et autres pour mettre le courant dans cette maison que vous voyez. Il est déjà à plus de 100000f dépensés dans cette maison.
Voici la triste réalité que je vis actuellement. Je ne sais pas ce que j’ai fais à mon inspecteur pour qu’il me fasse tout ça.
Je suis maladive. Mon bébé est en bas âge. Les collègues que j’ai trouvé dans ce village m’ont dit “ici là on n’envoie pas femme oh. Surtout femme qui a bébé”. Je ne fais que pleurer depuis mon arrivée ici. La maison n’a ni douche ni WC. Il y a un seul WC que voici utilisé par tout le monde et deux douches utilisées par tout le monde. Je me suis renseigné sur comment avoir sa propre douche et son WC. Ils m’ont répondu que le devis atteindra les 200000f parce qu’il faut creuser profondément en plus du ciment, du bois et des tôles.
Je ne suis pas encore payée. Mon époux qui me soutien depuis le Cafop est désemparé. Il m’a promis me faire construire des toilettes le plus rapidement possible mais c’est vraiment injuste. Je suis désemparée. Je pense surtout à mon bébé. La vie dans ces conditions sera comment ici? Tout ce que je veux c’est quitter cette inspection et ne plus avoir affaire à mon inspecteur parce que je ne sais pas qu’est ce qu’il me réserve encore…” dit-elle.

Sapel MONE

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