05242022Headline:

Madagascar: le photographe documentaire Rijasolo récompensé par le World Press Photo

Children lead their herd of zebus near Amboasary Atsimo on the The National Road 13 (RN13), on August 31, 2021. – The RN13 that links the city of Fort-Dauphin on the Southeast coast and the city of Toliara on the Southwest coast. In the South of Madagascar, the national roads are mostly very bad and this is a real obstacle to the economic development of the region. For several decades the South-East of Madagascar has been a victim of the “Kere” phenomenon, as the local population calls it. Kere is the food crisis due to a period of intense drought that causes a sudden stop of the cultivation of crops by the farmers for several months each year. The farmers are left without money and in a situation of “severe malnutrition” or even starvation. (Photo by RIJASOLO / AFP)

À Madagascar, le photographe et photographe documentaire Rijasolo a été récompensé par le jury du World Press Photo dans la catégorie « Africa, long-term projects ». Depuis une dizaine d’années, ce photographe emblématique de Madagascar raconte avec une justesse saisissante son île.

Auteur de récits photographiques, photo-reporter de l’AFP, entre autres, Rijasolo été exposé à travers le monde. Jeudi soir, le jury du World Press Photo l’a récompensé pour sa série de photos intitulée « La Guerre du Zébu ».

Un récit en noir et blanc d’un phénomène qui dure depuis des années dans le Sud et l’Ouest de Madagascar. Le vol de zébu, une tradition qui s’est transformée en trafic dans ces zones pauvres et enclavées.

« J’ai voulu témoigner d’un phénomène social qui fait partie du quotidien des Malgaches qui vivent à la campagne, explique-t-il. On parle quand même d’insécurité de masse, de gens qui sont obligés de fuir leurs villages, de quitter leurs terres et de venir dans les grandes villes, comme Antananarivo, pour pouvoir vivre normalement. C’est presque 10 ans après ma première photo sur ce sujet-là que j’ai commencé à construire l’histoire avec le plus d’honnêteté possible et le plus de pertinence artistique dans mes images (…) En montant cette série d’images, je voulais vraiment que le lecteur des images ne sache pas qui est vraiment le méchant dans l’histoire, qui est le gentil, qui sauve l’autre. Le plus dur, c’est d’aller jusqu’au bout de l’investigation, de creuser l’information pour pouvoir enfin faire la photo qui va illustrer cette information. »

Immensité des paysages, hommes en armes, scènes du quotidien, proximité avec les sujets. Rijasolo offre 29 photos qui retranscrivent la complexité et « l’ambiguité » de ce conflit, souligne le jury du World Press Photo, tantôt aux côtés des militaires en opération spéciale, tantôt aux côtés des dahalo, les voleurs de zébus

« Il était important pour moi d’être dans les deux camps et montrer que finalement, il y a beaucoup de complicité de la part du gouvernement, des députés locaux dans ce trafic-là. Ils laissent un peu faire les choses et, en même temps, les dahalo sont des gens cruels, qui tuent, qui kidnappent des gens.(…) Les photos où je montre de grands paysages, elles font partie de l’histoire de cette problématique sociale. S’il y a des vols de zébus, c’est parce qu’il n’y a pas d’État. Il n’y a pas de forces de l’ordre sur place qui peuvent contrôler. Il n’y a pas d’infrastructure. Il y a le kere (NDLR : sécheresse et famine) dans le Sud, avec des routes en sale état qui empêchent les jeunes de pouvoir cultiver et travailler correctement et donc forcément, à un moment donné, ils se disent “il me faut de l’argent. Je vais intégrer un gang pour voler des zébus”. Les gens en brousse ont juste besoin de gagner de l’argent correctement et légalement. Personne n’est méchant, personne n’est gentil dans l’histoire et j’espère, qu’au moins, ce reportage, ce prix vont pouvoir interpeller certaines personnes. »

« En dépeignant les fractures socio-économiques de l’île, le photographe a créé un travail pertinent pour de nombreux contextes sur le continent africain », explique le jury du World Press Photo. Un prix qui permet aussi de centrer l’attention sur la photographie documentaire malgache. Sa série « rend hommage à une longue tradition de photojournalisme malgache, employant un style visuel épique pour donner de la dignité à une histoire », précise le jury. Rijasolo est le premier photographe de la Grande Île à être récompensé par ce prix prestigieux.

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