05252022Headline:

Marioupol: le complexe industriel Azovstal, enjeu des combats

Après avoir retiré ses troupes de la région de Kiev et du nord de l’Ukraine, la Russie a fait de la conquête totale du Donbass sa priorité. Avant « l’opération spéciale » lancée le 24 février, les séparatistes pro-russes en contrôlaient un tiers. À Marioupol, la prise de la ville par les forces russes bute notamment sur celle du complexe industriel de plusieurs usines, dont la mythique usine Azovstal, qui donne sur le port, au bord de la mer d’Azov. Notre reporter s’y est rendue accompagnée par les séparatistes pro-russes.

C’est une petite cour d’immeuble à environ un kilomètre de la ligne de front, le dernier endroit sécurisé et relativement calme avant le champ de bataille de la vaste zone du complexe industriel, raconte notre envoyée spéciale à Marioupol, Anissa El Jabri. Les soldats pro-russes viennent y distribuer de la nourriture, des médicaments et répondre aux questions de ceux qui veulent être évacués vers la Russie. Parfois, ils organisent directement leur départ. Dans la cour on bavarde devant un feu de bois improvisé à partir de meubles abîmés débités à la hache ; une seule conversation : ce qui se passe à quelques centaines de mètres, là où les soldats ukrainiens sont retranchés.

« Quand vont-ils se rendre ? mais ils ne prévoient pas de se rendre, ils se battront jusqu’au bout. Ils se sont bien préparés. Leurs tranchées sont remplies de béton. On leur tire dessus et ils s’en fichent », dit un homme. Parmi les usines du gigantesque complexe industriel si près, il y a une usine chimique, mais aussi l’usine d’Azovstal, lancée dans les années trente sous l’Union soviétique, reconstruite après la Seconde Guerre mondiale. C’est l’une des plus grandes usines métallurgiques d’Europe, un des symboles de la ville ; à Marioupol ils sont nombreux à y avoir exercé.

« J’ai travaillé à Azovstal, lance une femme. Juste dans notre section, il y avait un sous-sol à quarante mètres de profondeur. Comme vous pouvez le voir, les avions pilonnent et il ne se passe rien. Ils s’étaient préparés. Il y a là-bas de grandes catacombes. Dès le 24 février ils y ont conduit des tanks. Les gens disent qu’il y a largement la place de les faire passer là-bas. Vous savez Azovstal est comme une ville souterraine ».

Soudain arrive dans la cour une voiture d’où émergent des silhouettes souvent vêtues de noir. Les « Tchétchènes », murmurent les habitants; ils ont pris leurs quartiers dans un appartement d’un des immeubles. Il y a huit jours, Ramzan Khadyrov ayant annoncé lancer un de ses bataillons dans l’assaut contre Azovstal. Édouard Bassourine, représentant des forces séparatistes de Donetsk a prévenu cette semaine dans une interview à la chaîne russe Perviy Kanal : (dans cette zone NDLR), « il y a plusieurs niveaux souterrains datant de la période soviétique, ce n’est pas possible de bombarder d’en haut, il faut nettoyer sous terre. Cela prendra du temps. Ca n’a aucun sens d’évoquer une date ou un calendrier » pour achever la conquête de Marioupol, a-t-il ajouté. Selon lui, les forces russes et séparatistes doivent trouver et bloquer tous les accès aux artères souterraines et attendre la reddition des forces ukrainiennes.

Édouard Bassourine avait estimé cette semaine combattre dans cette zone « 3 000 ou 3 500 » forces ukrainiennes mais aussi un nombre indéterminé d’habitants de Marioupol ayant pris les armes. La prise de ce port est stratégique pour la Russie car elle lui permettrait de faire la jonction entre la Crimée, annexée en 2014, la région sous contrôle séparatiste et le territoire russe.

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