05232022Headline:

Sénégal: à Louga, les langues se délient sur les violences gynécologiques et obstétricales

Au Sénégal, l’émotion est encore vive suite au décès d’Astou Sokhna. La femme enceinte de 9 mois est décédée après 20 longues heures de souffrance à l’Hôpital régional de Louga – à 200 kilomètres au nord du Sénégal. Sa famille a porté plainte pour « négligence » et « non assistance à personne en danger ». Une affaire révélatrice des violences faites aux femmes dans les établissements de santé.

Assise au milieu de ses sœurs et voisines, Maimouna Ba tient entre ses mains un album rempli de photos de sa fille Astou Sokhna, décédée la semaine passée. C’est elle qui accompagnait la jeune femme enceinte de neuf mois à l’hôpital alors que celle-ci appelait en vain le personnel de santé pour soulager ses fortes douleurs au ventre.

« Ma colère est adressée au personnel soignant de l’hôpital, car ils ont été négligents. Ils n’ont aucune considération envers l’être humain », dit Maimouna. « Astou les avait même menacés : “vous me négligez, quand je vous appelle vous ne me répondez pas. Quand je serai rétablie, j’irai vous dénoncer à la direction”. Les sages-femmes lui ont répondu : “c’est parce que tu souffres que tu es en train de délirer”. Astou ne savait pas qu’elle allait mourir là… » Le personnel de l’hôpital rejette la thèse de la négligence et pointe plutôt du doigt leurs conditions précaires de travail.

Mais à Louga, les langues se délient et d’autres femmes commencent à témoigner. Badiane Diop, 26 ans, vient de perdre son bébé le mois dernier après avoir attendu plus de cinq heures que des sages-femmes se préoccupent de sa situation critique. « Comme toutes les autres, au moment de porter plainte, la famille s’est opposée donc j’ai laissé tomber… mais au fond de moi je ne leur pardonnerai jamais ce qu’ils m’ont fait et ce qu’ils ont fait à mon bébé », affirme Badiane.

Face à ces cas de violences récurrents, Mamyto Nakamura, membre du collectif Justice pour Astou Sokhna, dénonce la sutura, c’est-à-dire la « discrétion » qui empêche les femmes de témoigner. « On a été complices, nous aussi, pendant très longtemps, parce qu’on n’a pas dénoncé les violences, la négligence, le laxisme qui se passait dans cet hôpital et dans pas mal d’hôpitaux du Sénégal. Maintenant, c’est une occasion à ne pas rater pour pouvoir essayer d’avoir gain de cause sur le combat des violences faites aux femmes dans ce pays. »

Ousmane Dia, directeur des établissements publics du Sénégal, assure que le ministère est conscient de cette problématique structurelle.

Le premier point sur lequel nous, nous pensons devoir encore améliorer la situation, c’est sur les formations des personnels de santé, c’est l’éthique, la déontologie, mais aussi il y a une chose sur lequel nous allons mettre l’accent, c’est les sanctions. Il faut faire craindre à ces personnes les mauvais comportements qu’ils peuvent avoir durant leur service, mais aussi voir dans la mesure du possible comment les accompagner.
Une nouvelle manifestation de soutien à Astou Sokhna est prévue le 23 avril prochain à Dakar.

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