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Violences sexuelles dans l’Église : les chiffres « choc » du rapport Sauvé

Au terme de trois ans d’enquête, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église dévoile des chiffres terrifiants. Son rapport conclut que 330 000 mineurs ont été sexuellement agressés entre 1950 et 2020. Un « choc dévastateur ».

« Je crains que, le 5 octobre, le rapport ne rende des chiffres considérables, effrayants », a récemment déclaré Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort. Au terme de trois ans d’enquête, les chiffres avancés par le rapport sur les violences sexuelles commises sur des mineurs au sein de l’Église catholique, de 1950 à nos jours, rendu public ce mardi 5 octobre 2021, confirment les pires craintes du président de la Conférence des évêques de France (CEF). Ce document de 2 500 pages, annexes comprises, met au jour un « véritable désastre ». Il constitue un « choc » qui constituera un tournant dans l’histoire de l’Église.

« Je vous remercie d’avoir accepté de faire le sale boulot, de ne pas vous dérober et de mener à bien ce travail», déclare Jean-Marc Sauvé, à la tribune, lisant un message lui ayant été adressé lundi 4 octobre, en soirée. « Ce travail est fondamental pour les victimes. Enfin nos histoires singulières, blessées, vont être réunies sous une même reliure pour faire histoire. Quelque-chose grâce à vous se clos. Et un autre rapport avec cette histoire personnelle blessée peut commencer.»

330 000 mineurs agressés dans l’Église
La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, formée, le 8 février 2019, à la demande de la Conférence des évêques de France (CEF) et de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), estime à 216 000 le nombre de mineurs sexuellement agressés par un diacre, un prêtre ou un religieux et à 330 000 le nombre total de victimes en ajoutant les agressions par des laïcs, bénévoles ou salariés missionnés par l’Église.

Pour l’ensemble de la société, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui a mené une enquête auprès d’un échantillon de 28 010 personnes représentatives de la population française, estime à 5,5 millions le nombre des majeurs, vivants aujourd’hui, ayant subi des violences sexuelles dans l’enfance, soit 14,5 % des femmes et 6,4 % des hommes «ou encore 10,7 % du total des personnes majeures. C’est dans les familles et les cercles amicaux que les violences sont les plus nombreuses.»

Un taux de prévalence plus élevé dans l’Église
Selon les observations de l’Inserm, figurant en annexe du rapport, le nombre de violences commises au sein de l’école publique (internats compris) est estimé à 190 000. Il s’élève à 103 000 au sein des clubs sportifs et à 103 000 au sein des colonies et centres de vacances.

Le taux de prévalence (rapport entre le nombre de victimes dans un milieu déterminé par rapport au nombre de personnes ayant fréquenté ce milieu) est de 3,7 % dans le cadre familial. Au sein et en lien avec l’Église, il est de 1,16 %, un taux significativement plus élevé que ceux calculés pour d’autres milieux : 0,36 % en colonies de vacances, 0,34 % à l’école publique, 0,28 % au sein d’un club sportif. Le taux de prévalence doit toutefois être relié à la durée d’exposition d’un enfant à un milieu donné. On passe, par exemple, beaucoup plus de temps en famille qu’en colonie de vacances.

Un sujet toujours actuel
La majorité des abus dans l’Église (56 %) ont eu lieu entre 1950 et 1970 puis ils ont régressé entre 1970 et 1990 (22 %). Durant les trente dernières années, les abus ont encore baissé, sans disparaître. La Ciase en a identifié 47 500, dont plus de la moitié dans les années 1990.

Le rapport conclut qu’il ne s’agit pas d’un sujet du passé, contrairement à ce que pensait l’Église, et les violences sexuelles commises en son sein ne sont pas moins graves que dans le reste de la société. La proportion de viols y est de 32 %. Ces abus ne sont ni ponctuels, ni occasionnels. Ils se sont souvent déroulés pendant plusieurs mois, parfois plusieurs années.

Des victimes identifiées
Totalement indépendante, la Commission, composée de 22 membres, ne comprend ni clercs, ni religieux, ni victimes. Les études confiées à l’Inserm et à l’École pratique des hautes études, et l’analyse des archives des diocèses ont permis d’identifier 4 800 victimes de violences sexuelles. 2 700 l’ont été à la suite de l’appel à témoignages lancé par la Ciase. L’Église a financé le travail de la Ciase pour un montant de 2,6 millions d’euros de dépenses auxquels la Ciase a fait ajouter 26 000 heures de bénévolat valorisées à 1,2 million d’euros.

Le rapport de la Commission intitulé Les violences sexuelles dans l’Église catholique, formule 45 préconisations afin de fournir à l’Église des armes pour lutter contre ces violences qualifiées « d’abominables » et « d’abus spirituel » et « de pouvoir » par le pape François lui-même. Devant les évêques français, reçus au Vatican le 23 septembre, le souverain pontife a invité à regarder la vérité en face et à faire la lumière sur ce qui, au sein de l’Église, a pu mener à de telles dérives.

oF

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