05252022Headline:

Violences sexuelles en Côte d’Ivoire: la jeune génération veut en finir avec l’impunité

Comment libérer la parole, pour briser les tabous qui entourent les violences sexuelles en Côte d’Ivoire ? L’omerta reste très présente. Mais, dans les milieux universitaires par exemple, la jeune génération multiplie les actions pour faire bouger les choses. François Hume-Ferkatadji, correspondant de RFI à Abidjan a enquêté à l’université Félix Houphouët-Boigny, il raconte les difficultés qu’il a rencontrées et les réactions après la diffusion de son reportage.

Dans cet épisode de Témoins d’actu, François Hume-Ferkatadji, commence par expliquer ce qui a motivé son envie de travailler sur ce sujet : « J’avais déjà essayé de travailler sur une enquête, il y a deux ans, qui n’a pas abouti parce que les témoins se sont rétractés, et m’ont fait promettre de ne rien publier. J’ai aussi eu beaucoup de discussions avec des amies ici qui me racontent leurs entretiens d’embauche par exemple, au cours desquels, on leur fait clairement comprendre qu’elles seront embauchées si elles s’adonnent à des actes sexuels avec le patron. Et puis, il y a également cette génération de féministes qui est de plus en plus organisée. Elles portent toutes ces questions et donnent envie de travailler sur ce sujet ».

« Ce qui m’a frappé, poursuit François, c’est que les violences sexuelles sont placées comme l’un des problèmes numéro un de l’université et je ne m’attendais pas à avoir de tels témoignages de la part d’hommes comme de femmes ».

Si les violences et les intimidations existent entre étudiants, elles sont aussi très présentes entre étudiants et professeurs : « C’est même devenu un système, raconte François, c’est-à-dire que certaines jeunes filles pensent qu’il faut coucher avec son professeur pour avoir de bonnes notes ».

Recueillir des témoignages peut s’avérer compliqué. « Il y a un certain nombre d’étudiants qui ont refusé catégoriquement de parler publiquement. J’ai essayé de les convaincre en leur expliquant que leur identité serait protégée, que de parler, cela peut faire avancer beaucoup de choses, mais la peur prend le dessus ».

François Hume-Ferkatadji, explique également que la loi en matière de viol a été modifiée en 2019. « Le viol est puni de 5 à 20 ans d’emprisonnement, et même d’emprisonnement à vie s’il a entraîné une mutilation ou une infirmité. Il y a une deuxième étape importante, un arrêté ministériel indique désormais que lors d’un dépôt de plainte, il n’est plus obligatoire de fournir un certificat médical. Ce certificat était payant et beaucoup de femmes n’avaient pas les moyens de se le procurer ».

Les réactions après la diffusion du reportage ont été nombreuses notamment sur les réseaux sociaux. « C’est assez rare de recevoir autant de messages après un reportage, dit François, beaucoup de jeunes militantes m’ont écrit pour me dire que cela leur permettait d’avoir un outil à faire écouter lors de leurs différents ateliers de sensibilisation. D’autres femmes m’ont contacté pour me dire qu’elles avaient été victimes et que cela leur avait donné envie de témoigner ».

Et François conclut : « Il y a une nouvelle génération qui veut faire bouger les lignes au sein de la société ivoirienne. Ces jeunes activistes sont appelées les féministes 2.0. Elles sont très audibles, très efficaces et ont désormais un impact très important dans la société. Demain, elles auront peut-être un rôle politique à jouer en Côte d’Ivoire »

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