08192017Headline:

Abidjan-Interview retro de Ta Lou Marie-Josée: « Je veux détrôner Ahouré »

Ta Lou Marie-Josée, vous avez timidement démarré votre parcours en Côte d’Ivoire, à la  Ligue du sud. Vous avez décroché les titres de  championne de Côte d’Ivoire aux 100 et 200m. Aujourd’hui, vous  voilà au sommet de l’Afrique. Que de chemin parcouru… !

Comme vous le savez, le chemin n’a pas été facile. Lorsque j’étais en Chine, c’était un peu difficile. Il y avait les études et la compétition, donc il fallait tâtonner entre les études et le sport. Et ça n’a pas du tout été facile. Je me suis retrouvée finalement cette année à Dakar, où, je peux dire que ma progression a été exceptionnelle. L’année 2013 n’a pas été une bonne année pour moi.  Je n’ai pratiquement pas participé à des compétitions, à part le meeting International Gabriel Tiacoh. Entre 2012, 2013, et 2014, c’est une grande marge. De 11’’53, je réussi un chrono de 11’’20 au 100m, et de 23’’26, je descends  à 22’’87 au 200m. C’est une très belle progression. Mon coach ne s’y attendait pas du tout, parce que lui dans le planning, il a dit 11’’30 cette année, il a dit 23’’00. Et voilà que j’ai fait honneur, en plus avec un pied malade. Donc vraiment, c’est une grâce de DIEU. C’est une grande joie.

Vous avez étonné plus d’un à Marrakech, à quoi peut-on s’attendre dans le futur ?

Dans le futur, nous aimerions représenter dignement la Côte d’Ivoire, comme Murielle (Ahouré) l’a si bien commencée. Et on s’entraîne pour y arriver. Du coup, je suis consciente que l’année prochaine, il me faudra travailler très durement, pour être au niveau mondial, comme les autres athlètes : la Nigériane (Blessing Okagbaré), comme les Jamaïcaines, comme Murielle. Pour aussi apporter des médailles au plan international. Quand je dis international, je veux parler du plan mondial et non africain. Et pourquoi ne pas remporter aussi une médaille aux J.O.

Vous avez indiqué avoir un handicap au pied. Quelle est la nature de votre blessure et comment elle évolue ?

C’est en demi-finale, quand je suis arrivée à Marrakech que j’ai eu un mal au genou et après, une autre douleur à la cuisse s’en est suivie. Mais, les kinés  m’ont permise de courir jusqu’à la finale. C’est vrai que mon coach était inquiet et voulait même me faire arrêter la compétition. Mais j’ai dit non !  Parce que si nous sommes partis au Maroc, c’est pour honorer le pays.  Et même si j’ai mal, je préfère boiter et terminer ma course. Donc, j’ai préféré courir avec le cœur et voilà, ça a porté des fruits. J’ai eu une médaille d’or et une médaille d’argent. Mais rassurez-vous,  ça va à présent. Je pense que d’ici 3 à 4 jours, je pourrais reprendre les entraînements pour la préparation de la Coupe du Monde, afin de représenter dignement l’Afrique.

C’est vrai que vous êtes  très fière de Murielle Ahouré, qui est votre devancière. Votre rêve est pourtant de la détrôner. N’est-ce pas ?

Ah oui !!! Comme tout le monde, on veut être au sommet. On veut aussi avoir la médaille d’or et être la première partout ! Donc, c’est l’un de mes grands rêves. Pourquoi, pas ? (rire…). Tout compte fait, c’est la Côte d’Ivoire qui gagne.

Ta Lou, c’est vrai que tu as un visage rayonnant ! Mais est ce que tu n’as pas un certain pincement au cœur vu que vous n’avez pas encore été récompensés  de vos efforts ?

Si, si  !!! Parce que, nous sommes allés à Marrakech représentés le pays, nous nous sommes donnés à fond malgré tous les petits bobos. Et vraiment, ne rien recevoir ça fait mal !!! On s’entraîne toute une année, nous dépensons énormément d’argent pour faire les compétitions. En plus, nous cherchons les compétitions par nous-mêmes. Moi, j’ai particulièrement eu la chance parce que, j’étais au Centre International de Dakar. De temps en temps, le centre cherchait des compétitions pour nous. Après, j’ai eu l’opportunité d’avoir un club en France qui m’a permise d’avoir le visa et je me suis rendue en France pour les compétitions. J’ai même été championne de France sur 200 m. Mais, si l’Etat de Côte d’Ivoire ne nous aide pas à avoir plus de ressources pour pouvoir rehausser l’image du pays,  ça ne sert à rien de vraiment se donner à fond. Au sein de la délégation, nous sommes presque, tous revenus de Marrakech avec des médailles. Mais lorsque tu reviens, tu ne reviens qu’avec tes médailles. Tu n’as aucune ressource pouvant te motiver ou te permettre de t’entraîner pour  gagner encore plus de médailles.  On espère vivement que tout cela changera. On espère que l’Etat s’occupera vraiment de nous, pour qu’on sente que l’athlétisme n’est pas un sport mineur, mais un sport comme tous les autres.

Etes-vous tenté de courir pour un autre pays vu les difficultés que vous vivez en Côte d’Ivoire ?

Bien sûr !!! Quand tu pars en France et que tu te rends compte de ce que les athlètes français ont, et que tu n’as même pas la moitié, tu es tenté de changer de nationalité. Quand, je suis arrivé là-bas, il y a des athlètes qui m’ont proposé de rester. Mais, je leur ai dit que je suis africaine et que j’étais fière de l’être. Par conséquent, je préférerais rester en Afrique pour m’entrainer et courir pour mon pays. C’est mieux de courir pour ton pays parce que ça fait la fierté de tes parents, ça fait la fierté de tout un peuple.

Concrètement, vas-tu changer  de nationalité ?

Je ne sais pas pour le moment. Mais c’est une option  non-négligeable. Mais, on espère que les choses changeront pour ne pas avoir, à poser un tel acte. Ça dépendra de l’Etat de Côte d’Ivoire !

http://www.sport-ivoire.ci, Mars 2014

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