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Enquête exclusive – Guerre des clans entre Yaya et Drogba: les origines de la crise

Yaya et Drogba

Guerre d’égos sous les couleurs de la sélection ivoirienne… Retour sur les dix années d’une cohabitation difficile au sein des Éléphants entre Didier Drogba, qui a annoncé en août sa retraite internationale, et Yaya Touré, sacré meilleur joueur africain trois années consécutives.

Les déclarations pleines de bons sentiments et les démentis plus ou moins sincères, distillés par les deux principaux concernés ou leurs proches, n’ont jamais vraiment convaincu.

Didier Drogba et Yaya Touré ne s’apprécient guère, et la rivalité entre eux n’a fait que s’accentuer depuis que le second a rejoint en 2004 une sélection que le premier fréquentait depuis septembre 2002. “Ils n’ont vraiment pas beaucoup d’affinités, c’est le moins que l’on puisse dire.

En tout cas pas assez pour passer leurs vacances ensemble”, ironise Gérard Gili, adjoint d’Henri Michel entre 2004 et 2006 puis sélectionneur des Éléphants lors de la CAN 2008 au Ghana. “Quand Yaya est arrivé en 2006, Didier était déjà le leader, et il voyait d’un bon œil l’arrivée de la nouvelle génération. Mais je crois que petit à petit, les questions d’égo ont pris de l’ampleur.”

Drogba et le brassard

Les derniers épisodes abondamment relayés par la presse remontent à la Coupe du monde brésilienne et à une altercation sur fond de capitanat. “Drogba voulait absolument récupérer le brassard pour jouer face à la Grèce (1-2, le 24 juin), que Lamouchi avait confié à Yaya lors des matches précédents, durant lesquels Didier était remplaçant.

À la base, Yaya s’en moquait un peu, mais voyant que ça énervait Drogba, il est rentré dans le jeu”, explique un fin connaisseur du contexte ivoirien. Yaya n’est pas très intéressé par le lobbying, même s’il a une certaine influence au sein de la sélection.”

Lors de la CAN 2013 en Afrique du Sud, quelques minutes avant le quart de finale face au Nigeria à Rustenburg (1-2), le ton était entre les deux joueurs. “Je me souviens un jour d’une séance vidéo, avant la Coupe du monde 2006 en Allemagne. Cela avait chauffé entre eux, et on avait interrompu la séance”, se souvient Michel Dussuyer, actuel sélectionneur de la Guinée, et qui appartenait au staff ivoirien à l’époque.

Quand certains reprochent à Yaya Touré d’avoir plusieurs fois critiqué son aîné en public, d’avoir rechigné à lui passer le ballon sur le terrain et aux Académiciens d’avoir milité en coulisses pour que le brassard soit retiré à Drogba, d’autres rétorquent que le jeune retraité international a mal vécu l’avènement du milieu de terrain de Manchester City, aujourd’hui considéré comme le meilleur joueur africain.

“Les problèmes d’égo sont toujours difficiles à gérer quand on est en présence de deux stars de cette dimension. Et ils peuvent s’accentuer si un des deux monte en puissance”, poursuit Dussuyer. “Est-ce que Drogba l’a mal vécu ? Peut-être ! Mais on peut aussi alors se demander si Yaya n’était pas contrarié par le fait que Drogba soit beaucoup médiatique que lui”, reprend Gérard Gili.

Jacques Anouma, qui a dirigé la fédération ivoirienne de 2002 à 2011, rappelle toutefois que le Mancunien “est moins people, et qu’il ne recherche pas l’exposition médiatique. Lors de ma présidence, je n’ai jamais rien vu de perceptible, des faits ont été amplifiés. Mais entre les deux hommes, il n’y a pas vraiment d’affinités.”

Le clan des Académiciens

L’ancien président de la FIF, qui ne nie pas l’existence de clans au sein de la sélection – “les Académiciens étaient souvent ensemble” – n’hésite pas à charger l’environnement plus ou moins proche des Éléphants. “Quelqu’un comme Jean-Marc Guillou (fondateur de l’Académie Mimosifcom à Abidjan, d’où sont sortis, outre Yaya Touré, Kolo Touré, Gervinho, Zokora, Dindane), avec quelques déclarations intempestives et en donnant souvent son avis, n’a pas fait que du bien”, tacle Anouma.

Quant à la tentation d’expliquer l’absence de titre au palmarès de cette “génération dorée” par des querelles entre les deux stars est balayée d’un revers de main par Gérard Gili. “La Côte d’Ivoire a perdu deux finales de CAN en 2006 et 2012 aux tirs au but, un exercice assez aléatoire. Si elle avait gagné au moins une de ces deux finales, personne n’évoquerait ces histoires de tensions entre les deux joueurs.

Ils n’étaient pas proches, c’est vrai, mais au sein du groupe, cela ne se ressentait pas vraiment. Car malgré leurs divergences, ils sont très attachés à leur sélection, à leur pays. Et ceux qui prétendent qu’ils viennent parfois en traînant les pieds sont des idiots…”

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