11182017Headline:

Laurent Pokou :meilleur footballeur…de tous les temps

laurent pokou

Il a été footballeur professionnel pendant 13 années. Il n’a jamais remporté de trophée continental majeur avec la sélection ivoirienne. Pourtant Laurent Pokou est une légende vivante du football. Fin dribbleur, rapide, physique, et doté d’une « grande » intelligence tactique, son nom restera à jamais inscrit dans les mémoires du football africain pour un exploit inédit. Retour sur la vie de cet attaquant mythique.
Laurent ‘‘N’dri’’ Pokou a marqué de son emprunte indélébile le monde du football ivoirien. Footballeur accompli, ce buteur hors-pair a enflammé les stades entre 1966 et 1979.
Déjà très jeune, il se faisait remarquer par un talent précoce, en maniant avec dextérité dans la cour de la maison de ses parents, des fruits aux formes arrondies ou des balles qu’il se confectionnait à l’aide de chiffons. Mais cette passion naissante n’est pas du goût de son père Edouard, qui prévoyait plutôt un avenir radieux pour son fils dans les études.
A 10 ans, il est repéré par un dirigeant de l’Association sportive des employés de commerce (Asec d’Abidjan), qui va favoriser son intégration dans l’équipe juniors du club. Il commence à y jouer à l’insu de son père, toujours figé sur sa position.
En septembre 1963, Pokou doit quitter Abidjan pour rejoindre son père affecté à Bouaké (centre du pays). Deux ans plus tard, il signe son premier contrat professionnel à l’USFRAN de Bouaké, qui lui offre à l’occasion, sa première paire de crampons. Avec ce club, il va disputer sa première finale du championnat national. Le 3 octobre 1965, face au Stade d’Abidjan, dans l’enceinte du stage Géo André rebaptisé Félix Houphouët-Boigny. L’USFRAN s’incline largement (8-0). Mais Pokou tire son épingle du jeu malgré la défaite, et séduit des recruteurs.
L’année suivante, il est de retour chez les « Jaunes et noirs » de l’Asec, son club formateur. Pokou est aligné pour la première fois le 20 novembre 1966, lors de la rencontre de championnat contre le Réveil Club de Daloa, et réalise un triplé. L’entraineur Ignace Wognin, impressionné par la qualité de son joueur, finit par le positionner comme deuxième attaquant derrière le véloce Eustache Manglé. Ce qui ne l’empêche pas de marquer treize buts lors de ses sept premiers matchs. Une réussite qui rend désormais Édouard Pokou fier des talents de son fils. Un grand attaquant est né.

Débuts en sélection nationale

Le sélectionneur français de l’équipe nationale Paul Gévaudan convaincu de son immense talent, fait appel à Pokou pour participer à la CAN 1968 en Ethiopie. Et c’est lors de cette compétition que l’attaquant de race va se révéler au monde entier. Titularisé pour la première rencontre contre l’Algérie, il score par deux fois et assure la victoire ivoirienne (3-0). Le second match se solde par une défaite face à l’Éthiopie, pays organisateur. Mais la Côte d’Ivoire parvient toutefois à passer le premier tour en s’imposant face à l’Ouganda (2-1). En demi-finale, à Asmara, les Ivoiriens sont rapidement menés (2-0) par le Ghana, mais Henri Konan réduit l’écart sur penalty au quart d’heure de jeu. En début de seconde mi-temps, Pokou malmène la défense adverse et inscrit un doublé en l’espace de cinq minutes. La Côte d’Ivoire prend l’avantage au score, mais deux erreurs défensives lui font finalement perdre la rencontre (3-4).

laurent pokou 2  Laurent Pokou a inscrit 14 buts en quatre phases finales de Coupe d’Afrique (6 en 1968 et 8 en 1970)

Les Ivoiriens doivent se contenter de la troisième place, acquise en battant l’Éthiopie (1-0). À cette occasion, Pokou inscrit sa sixième réalisation en phase finale de la CAN, ce qui lui permet de devenir le meilleur buteur de la compétition. Grâce à ses performances remarquables, l’homme acquiert une reconnaissance nationale. Il est désormais surnommé « L’homme d’Asmara » pour ses exploits en Ethiopie.
A la CAN suivante qui se tient au Soudan en 1970, Laurent Pokou toujours égal à lui-même fait trembler les filets adverses en inscrivant les deux premiers buts de la première rencontre, mais la Côte d’Ivoire finira par s’incliner face au Cameroun (2-3). Dans l’obligation de réagir pour ne pas être éliminés, les Ivoiriens battent le Soudan sur la plus petite des marges (1-0) au second match. Lors du dernier match de poule, contre l’Éthiopie, la Côte d’Ivoire doit l’emporter sur le plus large score possible, pour s’assurer l’une des deux premières places qualificatives et c’est à cette occasion que Pokou rentrera à jamais dans l’histoire. L’infatigable joueur pétri de talent, trouve cinq fois le chemin des filets (dont quatre inscrits en 30 minutes). Il qualifie son pays sur le score (6-1). Il venait d’établir un record. Celui du plus grand nombre de buts marqués par un joueur lors d’un match de phase finale de la Coupe d’Afrique. Ce record reste encore inégalé.
Eliminée en demi-finale par le Ghana, la Côte d’Ivoire termine à la quatrième place de la compétition, après sa nouvelle défaite, cette fois face à l’Egypte (3-1). Laurent Pokou, qui a inscrit l’unique but ivoirien, décroche pour la deuxième fois de suite le titre de meilleur buteur de la CAN, avec 8 réalisations. En seulement deux phases finales, l’attaquant a inscrit 14 buts. Il devient ainsi le recordman du nombre de buts inscrits, toutes phases finales de la CAN confondues. Un record qui aura tenu 38 ans avant d’être battu par le Camerounais Samuel Eto’o (18 buts) en 5 CAN.
Aventure européenne puis carrière d’entraineur
Avec toutes ces performances qui font de lui un attaquant hors pair, Laurent Pokou est pisté par plusieurs grands clubs européens qui tentent de l’enrôler dans leur effectif. Mais malgré le refus du Président de la République Félix Houphouët-Boigny qui ne voulait pas se séparer de sa « perle rare », Laurent Pokou va finalement rejoindre la France. Il va évoluer au Stade Rennais de 1974 à 1977 avant un passage d’un an à l’AS Nancy (saison 1977-1978). Puis, il retourne jouer à Rennes jusqu’en 1979. Dans l’hexagone, les journalistes sportifs de l’époque le présentent comme un « joueur explosif » et cela à juste titre puisque Pokou totalisera 52 buts en 82 matches avec les « rouges et noirs ».

laurent pokou 4

Laurent Pokou avec le Stade rennais lors de la saison 1973-1944

Après cette carrière internationale, le joueur retourne à ses premiers amours, l’ASEC en 1980. Il devient la même année entraineur du club et remporte la Coupe Félix-Houphouët-Boigny aux dépends du Réveil club de Daloa. Plus tard il posera successivement ses valises dans les vestiaires du Rio Sport d’Anyama (1982-1983), de la Manufacture africaine d’Abidjan (1985) et de l’Union sportive de Yamoussoukro (1988).
Durant toute sa carrière de joueur, Laurent Pokou a laissé des traces partout où il est passé. En Côte d’Ivoire et d’ailleurs son nom est resté sur toutes les lèvres surtout sur celles de personnalités sportives.

laurent pokou 3

Laurent Pokou aux côtés du légendaire Michel Platini (à sa gauche) à l’AS Nancy lors de la saison 1977-1978

Citations à propos de Pokou
L’ancien arbitre international Michel Vautrot dira « Les joueurs qui m’ont le plus impressionné ? Je ne vais pas faire dans l’originalité et citer Platini, Beckenbauer, Pelé, Giresse bien sûr, mais je n’ai jamais vu rien de tel que Pokou lors d’un Rennes – Saint-Étienne le 16 Mars 1974.»
Le gardien de but ghanéen Robert Mensah compare Laurent Pokou à « un lion affamé fonçant sur sa proie » lorsqu’il s’avance vers le but.
Quant à Bertrand Marchand, son ancien coéquipier de Rennes et entraineur de Drogba à Guingamp, il affirme : « Autant à l’entraînement Pokou était normal, autant lors des matchs, il était anormal et sublime. ». Même le légendaire footballeur malien Salif Kéita couvre d’éloges celui que la Confédération africaine de football (CAF) a désigné meilleur attaquant de l’histoire de la CAN. « Pokou avait toutes mes qualités, mais je n’avais pas toutes les siennes ».

pele -pokou

                                                                      Pelé affirme être l’un des plus grands admirateurs de Laurent Pokou

Le ‘‘Roi’’ Pelé, lui-même, a reconnu les exploits de celui dont il disait être l’idole. « J’ai trouvé le successeur de Pelé (ndlr, parlant de lui-même), mais il a un seul problème, il n’est pas Brésilien. Son nom est Laurent Pokou ».
L’homme d’Asmara est aussi surnommé « L’Empereur Baoulé » par ses compatriotes ivoiriens. En France, les journalistes du magazine France Football, initiateur du ballon d’or, le considèrent comme le « Duc de Bretagne ».

Payne Kouadio

Comments

comments

What Next?

Recent Articles

Leave a Reply

Submit Comment