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Mondial-2022 au Qatar: “Le blanchiment par le sport, ça marche”

À la Une de la presse, mardi : les réactions à la pendaison publique, lundi, d’un jeune homme de 23 ans à Machhad, dans le nord-est de l’Iran, la deuxième exécution en lien avec les manifestations contre le régime ; une enquête sur l’”écoblanchiment” de TotalEnergies au Congo ; et le succès du “sportwashing” au Qatar.

À la Une de la presse, les réactions à la pendaison publique, lundi, d’un jeune homme de 23 ans à Machhad, dans le nord-est de l’Iran. Il s’agit de la deuxième exécution en lien avec les manifestations contre le régime.

Officiellement, Majid-Reza Rahnavard a été condamné à mort pour avoir tué deux membres des Bassidji, les forces de sécurité iraniennes. Et c’est sa dépouille, suspendue à une corde, attachée à une grue, que l’on voit à la Une de plusieurs journaux à-travers le monde, mardi 13 décembre. Le quotidien espagnol El Pais voit dans cette pendaison publique un moyen, pour le régime, “de terroriser ses opposants”. D’autres quotidiens ont préféré, à cette image macabre, celle de Majid-Reza Rahnavard du temps de son vivant – une photo à la Une du journal italien Il Manifesto, qui présente son exécution et celle, quelques jours auparavant, d’un autre jeune homme de 23 ans, Mohsen Shekari, le premier manifestant à être condamné à mort, comme un “iranicide” – un assassinat commis contre la République d’Iran elle-même. Le journal s’inquiète également du sort de l’ancien footballeur iranien Amir Azadani, qui a pris part, lui aussi, aux manifestations contre le régime et dont le sort “semble scellé, loin des projecteurs de la Coupe du monde”.

Sans surprise, la presse officielle justifie ces assassinats, à l’image de Khorasan Razavi, qui accuse Majid-Reza Rahnavard d’avoir tenté de fuir le pays. Avec beaucoup de détails, le journal raconte la procédure judiciaire qui a précédé sa condamnation, de façon, évidemment, à couper l’herbe sous le pied à ceux qui accusent le régime d’exécuter ses opposants sans autre forme de procès. Le journal ultra-conservateur Javan, réputé proche du pouvoir, affirme que ces exécutions ne seront pas les dernières, et appelle même le pouvoir judiciaire à “punir tous les auteurs de crimes de rue”. Mais ces condamnations à mort, et surtout la rapidité de leur exécution, semblent surprendre une partie de la presse officielle elle-même, comme le journal conservateur Fahrikhtegan, qui prévient que “dans la situation actuelle, l’empressement peut entraîner des troubles et susciter des questions” en Iran.

Dans la presse, également, l’enquête de Mediapart sur les pratiques du géant pétrolier français TotalEnergies au Congo. Le site d’info français dévoile des documents internes au gouvernement congolais et également des témoignages qui prouvent, selon lui, que TotalEnergies s’est approprié des terres d’agriculteurs sans leur libre consentement. Mediapart raconte que le groupe pétrolier a jeté son dévolu, en 2021, sur les plateaux Batéké, une région de savanes au nord de Brazzaville, où ont été plantés des millions d’acacias sur une surface de 40 000 hectares – soit quatre fois la superficie de Paris. Selon le site, TotalEnergies a exproprié, dans ce but, une dizaine de famille de propriétaires fonciers de leurs terres ancestrales, pour une somme globale de 76 000 euros, “soit à peine cinq jours de salaire de Patrick Pouyanné”, selon Mediapart, qui affirme que certains foyers n’ont même pas été indemnisés. Le but de cette opération est de créer, à la place des anciennes cultures – qui ne seront donc plus consacrées à la sécurité alimentaire de la population – une plantation d’arbres industrielle, pour que TotalEnergies puisse poursuivre ses activités par ailleurs, tout en tenant son objectif d’arriver à la neutralité carbone en 2050. Ce qu’on appelle le principe de la “neutralité carbone” consiste à établir des plantations d’arbres en monoculture pour absorber le carbone dans l’atmosphère, CO2 qui est ensuite déduit du bilan carbone des entreprises. Selon Mediapart, qui a sorti la calculette, le problème, c’est que cette forêt artificielle d’acacias ne devrait absorber que 2 % de ce qu’émet TotalEnergies en une seule année. D’où ses accusations de “greenwashing”.

Du “greenwashing” au “sportwashing”. Après trois semaines de compétition, la Coupe du monde au Qatar atteint des audiences record. Jusqu’à 5 milliards de personnes sur les 8 milliards que compte notre planète, connectés, à un moment ou à un autre, sur l’événement. Autant dire que les appels au boycott de ce Mondial auront fait long feu. Le “sportwashing”, l’utilisation d’une compétition pour redorer son image, ça marche, constate The Washington Post, en rappelant qu’il y avait pourtant de bonnes raisons pour que le Qatar n’organise pas le plus grand événement sportif de la planète : le fait que des responsables de la Fifa ont été soudoyés pour sélectionner l’émirat comme pays hôte de la compétition ; le fait que le Qatar a un long passif en matière de violations des droits de l’Homme, à commencer par le traitement horrible des travailleurs migrants sur les chantiers de construction de ce Mondial. “Pourtant, note aussi le quotidien américain, rien de tout cela n’a empêché le tournoi d’offrir des matchs passionnants, des étoiles brillantes, des héros improbables et des scénarios captivants – y compris celui d’une équipe de Cendrillon, le Maroc, dont les joueurs sont portés par les espoirs de tout un continent et toute une culture”. Conclusion du Washington Post : “Le gouvernement qatari a parié que les athlètes produiraient un spectacle auquel même les critiques ne pourraient pas résister, et c’était un bon pari. L’Argentine, la Croatie, la France et le Maroc sont les quatre équipes restantes. Et le monde entier regarde”.

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