03262017Headline:

Côte d’Ivoire /Une ampoule trempée dans l’eau… et la lumière sera dans les campagnes ivoiriennes/ce qu’elle dit..

Les zones reculées de Côte d’Ivoire sont particulièrement touchées par le manque d’électricité. Afin de pallier ce problème, une Ivoirienne travaille pour développer une ampoule fonctionnant de manière autonome. Et le résultat est plutôt surprenant : pour l’allumer, il suffit de la mettre au contact de l’eau.

En 2012, 55 % de la population seulement avait accès à l’électricité en Côte d’Ivoire, selon la Banque mondiale. Les zones rurales sont particulièrement concernées par ce problème.

Delphine Oulaï, une Ivoirienne de 24 ans originaire de la région du Tonkpi, dans l’ouest du pays, en sait quelque chose. Après avoir étudié le droit à Abidjan, elle s’est impliquée dans diverses ONG, telle qu’Afemira (Action féminine à l’initiative pour la renaissance de l’Afrique), ce qui l’a amenée à se rendre dans différents villages situés dans l’ouest, plongés dans le noir à la nuit tombée.

“Cela prend toujours du temps de raccorder un village au réseau électrique”

Delphine Oulaï

Cela prend toujours du temps de raccorder un village au réseau électrique. Je me suis donc dit qu’il fallait trouver une autre solution. En faisant quelques recherches sur Internet, j’ai découvert qu’il existait des ampoules s’allumant au contact de l’eau. J’en ai alors parlé à Daniel Oulaï, mon frère, qui accompagne notre ONG. [Cet Ivoirien a cofondé un centre d’incubation, qui est un espace de travail collaboratif, à Man, et mis en place une grainotèque à Sagouiné, dans la région du Tonkpi, NDLR.] Il s’est procuré l’une de ces ampoules et nous l’a fournie.

Comment ça marche ?

Il s’agit d’une ampoule à diode électroluminescente (ou ampoule à LED), facilement démontable. L’équipe de Daniel Oulaï a donc pu l’équiper d’une pile, fabriquée à partir d’une tige de carbone recouverte de poudre de magnésium. Il s’agit d’une pile hydro-électrique, c’est-à-dire qu’elle produit de l’électricité au contact de l’eau.

En clair, lorsque les électrodes de la pile entrent en contact avec l’eau (conductrice d’électricité, en particulier lorsqu’elle est salée), une réaction électrochimique se produit à la surface des électrodes, ce qui génère de l’électricité. Celle-ci alimente ensuite l’ampoule à LED, qui s’allume.

Delphine Oulaï montre comment cette ampoule fonctionne.

Pour l’instant, Delphine Oulaï travaille uniquement avec une ampoule. Il s’agit d’un prototype qu’elle souhaite développer afin de pouvoir ensuite proposer ces ampoules particulières aux villageois. Elle recherche donc des financements pour avancer dans ce projet.

“Ce système permet aux villageois d’avoir de la lumière dans les zones où le réseau électrique est inexistant”

Delphine Oulaï

La pile que l’on utilise doit être rechargée régulièrement. Une fois que c’est fait, l’ampoule peut fonctionner durant une semaine environ : comme toutes les ampoules à LED, elle consomme relativement peu d’énergie. Elle peut durer six ans si l’on utilise normalement et trois ans en cas d’utilisation intensive.

L’avantage de ce système est qu’il permet aux villageois d’avoir de la lumière même dans les zones où le réseau électrique est inexistant, puisqu’il suffit d’avoir un peu d’eau. Ils peuvent donc devenir autonomes à ce niveau-là. C’est très important pour le développement : par exemple, les élèves peuvent étudier à la nuit tombée s’ils ont de la lumière pour s’éclairer. Tous les villageois à qui nous avons montré ce système se sont d’ailleurs montrés très intéressés. Nous aimerions le développer d’abord dans l’ouest du pays, dans les campements.

Par ailleurs, l’intérêt de ce système réside dans le fait qu’il permet de recycler les lampes à pétrole utilisées traditionnellement par les populations, comme l’explique Daniel Oulaï : “Les ampoules pourraient être placées dans d’anciennes lampes à pétrole, dont le pétrole aurait été remplacé par l’eau.”

L’équipe de Daniel Oulaï a équipé cette ampoule d’une pile hydro-électrique.

“Une charrette avec des panneaux solaires pourrait circuler entre les villages pour recharger les piles”

Delphine Oulaï

Ce système présente toutegois également des inconvénients :

Il faut de l’électricité pour recharger la pile… Et forcément, c’est compliqué dans les zones où il n’y a pas de réseau électrique. De plus, recharger une pile prend huit heures… Nous envisageons donc d’équiper une charrette avec des panneaux solaires, qui pourrait circuler entre les villages qui utiliseront ces ampoules, pour recharger les piles.

Par ailleurs, il n’existe pas d’ampoules fabriquées en Côte d’Ivoire. Beaucoup viennent de Chine, donc les faire venir coûte de l’argent.

Des ampoules fonctionnant de manière autonome, très similaires, existent déjà dans d’autres pays. Aux Philippines, une ingénieure a ainsi inventé la lampe SALt (“Sustainable Alternative Lighting”, soit “Alternative d’Éclairage Durable”), qui fonctionne grâce à une solution saline. Par ailleurs, il est également possible d’allumer une ampoule en utilisant… une pomme de terre, du cuivre et du zinc.
observers.france24

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