11012020Headline:

La 5G : une sérieuse dégradation des prévisions météologiques à long terme

La 5G pourrait réduire significativement la qualité des prédictions météo à la fois à court terme et à long terme. Une perspective qui provoque un vent de protestation de la part de la communauté scientifique.

Avec la 5G, les industriels promettent monts et merveilles : un débit spectaculaire, une latence de l’ordre de la milliseconde et une industrie 4.0. Un tableau si lucratif et martelé avec tant d’insistance qu’il devient difficile d’entendre, en fond, les prédictions alarmistes des météorologues. Selon eux, la 5G aura un impact négatif sur notre capacité à prédire la météo. Pire encore, elle nous empêcherait de poursuivre les études sur le réchauffement climatique. Autant d’enjeux cruciaux de notre époque que les industriels semblent balayer d’un revers de main.

D’après Neil Jacobs, l’un des responsables de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, la 5G diminuera la qualité des prédictions météo « de l’ordre de 30 % ». Les observations dites immédiates, dans les trois jours, seront directement concernées. Les intempéries seront repérées avec moins d’avance et, dans la pire des situations, les alertes à la population seront données en retard. Les choses pourraient même aller plus loin. « Certaines mesures ne seront plus possibles, explique Éric Allaix, coordinateur des fréquences à Météo-France. Il y aura un impact sur les relevés à court terme, mais également sur les études à long terme, comme celle liée au réchauffement climatique. Sur ce sujet, nous collectons des données depuis des années. Si nous ne pouvons plus observer l’évolution de la météo, nous perdons l’étude. » De quoi inquiéter.

Les ondes millimétriques et l’effet de bord
Comme souvent quand un problème issu de la 5G apparaît, il est lié aux ondes millimétriques. Situées aux alentours des 26 GHz, ces ondes portent en elles toutes les promesses de la nouvelle génération des télécoms, que se soient les débits de plusieurs Go/s ou la latence de 1 ms. Seulement voilà, ces ondes ne vibrent pas précisément à 26 GHz, mais sur une bande de fréquences allant de 24,25 à 27,5 GHz. Les météorologues, eux, observent la fréquence de vibration de la vapeur d’eau qui se situe entre 23,6 et 24 GHz. La 5G et la vapeur d’eau émettent à des fréquences différentes. Fin de l’histoire ? Eh bien, non. C’est là qu’intervient « le phénomène de bord ».

Quand une antenne projette une onde à 24,25 GHz, il émet également dans les fréquences autour. Et c’est ça que reprochent les météorologues. Quand des millions d’antennes vont émettre en 5G millimétriques, l’accumulation des ondes flirtant avec les 24 GHz va se transformer en bruit, gênant les relevés des stations satellites météo. Malheureusement, il n’existe pas de technologie de remplacement pour obtenir ces données météorologiques. « Notre donnée, c’est la vapeur de l’eau, nous ne pouvons pas déplacer sa fréquence, regrette Éric Allaix. Nous n’avons pas le choix. Il existe peut-être la possibilité d’observer la même chose à des fréquences beaucoup plus hautes, mais nous n’avons pas la technologie qui va avec. Nous l’aurons peut-être dans quelques dizaines d’années. » De la même manière, un bon comportement européen ne suffira pas puisque « pour prévoir le temps en France, il faut connaître le temps aux USA », rappelle Éric Allaix.

« Comme demander à son voisin de baisser le son »
« Notre approche pour négocier n’a pas été de demander l’interdiction de la 5G, assure Éric Allaix. Mais plutôt : vous pouvez l’utiliser, mais, quand vous l’utilisez, vous devez faire en sorte que vos émissions hors bande soient inférieures à tel niveau. C’est comme demander à son voisin de baisser le son. » Pour les Européens, ce « bruit » ne devait pas dépasser les -55 décibels-watts (dBW). Beaucoup plus laxistes, les Américains, eux, acceptaient de monter jusqu’à -20 dBW. Lors de la dernière Conférence mondiale des radiocommunications, qui s’est tenue du 28 octobre au 22 novembre 2019 à Charm el-Cheikh, en Égypte, les experts de la GSMA (une association internationale d’opérateurs de téléphonie mobile ; NDLR) ont positionné le seuil à « -33 dBW jusqu’au 1er septembre 2027 et -39 dBW après ». Une sorte de juste milieu entre les demandes des uns et des autres, mais qui s’avère loin d’être satisfaisant pour les météorologues.

Une communauté scientifique qui s’inquiète
Dans un communiqué, l’Organisation météorologique mondiale « craint que les effets des décisions prises lors de la Conférence mondiale des radiocommunications ne deviennent visibles que lorsqu’il sera trop tard pour revenir en arrière ». Une peur partagée par l’Agence spatiale européenne, mais également par le Centre européen pour les prévisions météorologiques qui semble avoir perdu espoir : « Il est étonnant et décourageant de voir l’histoire se répéter, et la science vaincue par d’autres pressions sociétales. En voyant le coût que la société paie aujourd’hui pour avoir ignoré les avertissements face au réchauffement climatique, on pouvait espérer que la voix de la science atmosphérique aurait été de plus de poids. »

Avec codafrik.com

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