03232017Headline:

Voici comment les réseaux sociaux ont prit le pouvoir en Côte d’Ivoire /Analyse

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En si peu de temps, le gouvernement ivoirien et certaines administrations du pays se sont déculottés vis-à-vis de certaines de leurs décisions, et les réseaux sociaux ont probablement joué un rôle majeur dans ces volte-face. Analyse.

La Douane a dû pondre un communiqué, puis animer une conférence de presse, pour expliquer et se justifier sur le dédouanement des articles contenus dans les bagages personnels des voyageurs. A la suite, le gouvernement ivoirien a décidé de la suspension de la mesure. L’affaire avait fait grand bruit sur les réseaux sociaux après qu’un internaute ait publié sur la page «touchespasamesbagaes» une vidéo dans laquelle il critiquait les mesures de dédouanement. En un laps de temps, ces mesures qui, à en croire l’administration douanière, sont en vigueur depuis 2013, ont été mises en veilleuse.

Le 1er mai 2016, à la face du monde, le président Ouattara a dû désavouer ses propres ministres et revenir sur des décisions pourtant prises de concert avec ces derniers en Conseil des ministres, au sujet du permis de conduire, de l’électricité, de l’eau, etc. Ces décisions ont fait l’objet de décret signé du chef de l’État. Le président ivoirien est allé jusqu’à toucher à un ”interdit”. Il a annoncé la fin du monopole de la Compagnie Ivoirienne d’Électricité (CEI) et de la Sodeci. Des marchés, dit-on, exclusifs à la France. Y toucher pour un chef de l’État ivoirien est synonyme de perte du pouvoir, se convainquent les Ivoiriens.

Claver N’guessan, un internaute, a commenté sur la page Facebook de la présidence de Côte d’Ivoire l’annonce du chef de l’État, en ces termes : «mais je me pose une question. Est-il possible (ndlr : de mettre fin au monopole de la CIE) à l’heure actuelle des choses ? En le faisant le Président ne se met-il pas dans des problèmes concernant ses amis de l’autre coté ?». Et pourtant le Président ivoirien a osé franchir le pas. La grogne sociale amplifiée par les réseaux sociaux l’y ont contraint. Ces décisions saluées par les Ivoiriens, on peut attribuer leur paternité aux internautes. Leur activisme sur les réseaux sociaux ont eu raison du gouvernement avec à sa tête, le numéro 1 des Ivoiriens.

Les choses ne se seraient pas passées ainsi si les réseaux sociaux n’avaient pas été mis à contribution. Ouattara aura compris l’ampleur de la force des réseaux sociaux et du danger qui le guettait. Le ministre des Postes et des Tics, Koné Nabagné Bruno, en a fait les frais. Lui qui, pourtant ”expert” des tics, a tenté de minimiser les internautes ivoiriens en les réduisant à «quelques 200». À peine l’a-t-il dit qu’il a vu la foudre des Ivoiriens par milliers s’abattre sur lui. Lui aussi s’est ravisé en recadrant les choses.

Les exemples sont légion. On pourrait parler, au plan politique, des photos de Blé Goudé et Dibopieu en cellule à la DST, l’affaire des écoutes téléphoniques dans laquelle est empêtré Guillaume Soro qui ont mis l’État en branle. Et ailleurs, la mort du mannequin Awa Fadiga, les enlèvements d’enfants entre fin 2014 et début 2015.

Jamais les organisations de la société civile, encore moins les partis politiques, y compris la presse, ne sont parvenus à faire plier autant le gouvernement et certaines administrations face la cherté de la vie. Là où ils ont échoué, les réseaux sociaux ont réussi. Se présentant ainsi comme le 5e pouvoir. Oui, on peut le dire sans risque de se tromper, les réseaux sociaux ont pris le pouvoir en Côte d’Ivoire. Cela est tellement évident qu’au lendemain du 1er mai, le site du gouvernement a lancé un sondage sur les réseaux sociaux pour interroger les Ivoiriens sur leurs avis au sujet du discours prononcé par le Président Alassane Ouattara.

Utilisés dans un passé récent juste comme des moyens de communication entre amis, de campagne, de promotion d’oeuvre, de distraction, Facebook, Twitter et les autres réseaux sont devenus au fil du temps, de véritables moyens de pression. Les Ivoiriens ont pris conscience de la force que constituent lesdits réseaux et ne peuvent plus s’en passer. Surtout après ces victoires. Ce qui est de bonne augure pour le bonheur des Ivoiriens qui ne cherchent qu’à vivre dans la paix, dans une société de droit où les règles sont respectées de tous.

Le réveil des internautes en Côte d’Ivoire est sans doute suscité par trop de déviance constatée dans la vie courante des Ivoiriens et dans la gestion des affaires de l’État. Mais, plus par ce qu’ils ont vu se faire ailleurs. Il s’agit du rôle des réseaux sociaux dans le Maghreb pendant le printemps arabe, la chute d’Abdoulaye Wade, au Sénégal, grâce au groupe «Y en a marre» et de Blaise Compaoré, au Burkina, à travers «le balai citoyen».

D’où la naissance de plusieurs communautés web ivoiriennes tels que «Police secours», «Marre des chauffards», «Un consommateur averti en vaut deux», «Observatoire démocratique de Côte d’ivoire». Des groupes pour discuter des situations, dénoncer des problèmes, alerter sur des situations ou faire des propositions.

Côté dirigeants, vu les réactions du gouvernement, l’on s’aperçoit qu’ils ont aussi pris conscience de ce que les réseaux sociaux représentent aujourd’hui pour les Ivoiriens. Une arme redoutable à laquelle ils prêteront désormais attention. Certains d’entre les politiciens ont bien compris qu’ils bâtissent des réseaux d’amis et de partisans sur la toile.

Que dire des entreprises. Elles ont envahi les réseaux pour communiquer avec leurs clients, soigner leur image et parfois se livrent une guerre commerciale faite de dénigrement, à l’image de Mtn et Orange, les deux opérateurs mobiles importants du pays, et Cfao et Zino.

Espérons que cette intrusion fulgurante des réseaux sociaux dans les habitudes des Ivoiriens, ne va pas emmener les pouvoirs ivoiriens trop fébriles aux critiques, à emboîter le pas à certains États qui ont décidé de bloquer Facebook, Twitter et autres sur leur territoire.

linfodrome.com

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