
2005 aura été un coup de force. En 2025, l’enfant terrible de « Afangnan » rebelote dans une autre dynamique plus solennelle qu’il y 20 ans. Le cap est franchi mais nombre de Togolais stresse de voir le déroulement inamovible de la chose publique. Faure Gnassingbé entame un nouveau cycle politique, vingt ans après une accession contestée à la tête de l’État.
Si les institutions ont changé de forme, le fond, lui, semble immobile. Et les Togolais, notamment les plus jeunes, le font savoir. Chirurgie d’un nouveau pouvoir renforcé qui entend redessiner un Togo viable, compétitif et à la hauteur des ambitions de quelques 8 millions de populations.
La République selon Faure
Depuis l’adoption de la nouvelle Constitution togolaise, le paysage politique du pays s’est subtilement redessiné. L’équilibre des pouvoirs a glissé, en apparence, vers le Parlement, désormais chargé de désigner le président de la République. Une évolution que le pouvoir qualifie de transition institutionnelle. Mais pour beaucoup, cette réforme n’est qu’un habillage de continuité.
Dans les rues de Lomé et dans les quartiers populaires, les discussions tournent en boucle. « On nous fait croire à un changement, mais rien ne bouge. » Faure Gnassingbé, fils du général Eyadéma, est arrivé au pouvoir en 2005 dans un contexte de crise. Vingt ans plus tard, il se retrouve à nouveau au centre d’une reconfiguration politique dont les contours interrogent.
En 2005, son accession à la magistrature suprême avait été précédée de troubles violents. En 2025, le décor est plus feutré, mais la scène reste tendue. Le pouvoir joue la carte du renouveau constitutionnel, sans pour autant convaincre une frange importante de la population.
Une jeunesse sur le pavé
Les 5 et 6 juin, des centaines de jeunes sont descendus dans la rue pour exprimer leur opposition à cette nouvelle étape du régime. Selon eux, la réforme ne fait que consolider la position du président, qui pourra désormais rester en poste sans véritable concurrence électorale directe. Les slogans dénonçaient autant la réforme que la cherté de la vie, le chômage de masse ou l’absence de perspectives. Ces mobilisations ont été rapidement contenues.
Plusieurs manifestants ont été arrêtés puis relâchés. Mais au moins dix d’entre eux, selon Amnesty International, ont affirmé avoir été victimes de traitements dégradants ou de violences lors de leur détention. L’organisation de défense des droits humains a demandé à l’État togolais d’ouvrir une enquête sur ces allégations.
Le gouvernement, lui, a répondu qu’aucune plainte officielle ne lui était parvenue et qu’il n’avait connaissance d’aucun abus. Ce décalage entre les récits renforce la défiance déjà palpable entre l’État et une partie de la société. Ces manifestations ne sont pas isolées. De nouveaux appels à la mobilisation ont été lancés sur les réseaux sociaux pour les 26, 27 et 28 juin. Les organisateurs veulent maintenir la pression, espérant une prise de conscience au sommet de l’État.
Un changement en trompe-l’œil ?
La nouvelle configuration politique du Togo soulève autant de questions qu’elle en résout. Le passage à un régime parlementaire est censé symboliser une évolution démocratique. Mais le processus reste verrouillé. Les principales décisions émanent toujours du cercle présidentiel. Et malgré la façade de dialogue, les espaces d’expression se réduisent.
Dans cette République remodelée, les lois sont votées sans grand débat public, et les voix discordantes ont peu d’échos dans les médias. Les opposants peinent à exister dans l’arène politique, et beaucoup de jeunes n’attendent plus rien du jeu institutionnel. Le désintérêt pour les partis, l’abstention massive, et la multiplication des revendications sur les réseaux sociaux traduisent un éloignement croissant entre les gouvernants et les gouvernés.
Pour Faure Gnassingbé, cette transition vers une présidence « désignée » par les députés est une manière d’assurer la continuité, tout en donnant l’image d’un changement d’architecture. Mais cette stratégie, si elle peut garantir la stabilité immédiate, ne répond pas aux attentes d’une population jeune, connectée, et de plus en plus impatiente. Le Togo d’aujourd’hui ressemble à celui d’hier, avec des institutions plus modernes mais une pratique du pouvoir inchangée.


